robin-woodard

Vol à l’étalage : regards croisés

par collectif rto
mardi 21 juin 2011 par anik

Voler, c’est mal ?

Travailler, entreprendre, investir, c’est bien ? Créer des emplois, c’est encore mieux ?

Voyages dans un monde de miroirs inversés : la parole d’abord à de méchants voleurs à la petite semaine venus d’Espagne dont l’ambition n’est rien moins que politiser la délinquance.

Puis parole d’un membre parmi d’autre du monde réenchanté de l’Entreprise : une qui fabrique un objet hautement Honnête, des anti vols pour grands magasins crée des emplois et favorise le Développement avec un grand D, en Chine.

Et que celui qui n’a jamais volé choisisse sur qui jeter la première pierre...

Le côté obscur de la Force : les voleurs

YOMANGO :POLITISER LA DELINQUANCE

Arriva le moment ou un petit groupe de militants "éclairés" et de bureaucraties syndicales , s’étant appropriés les luttes traditionnelles , les mongols, les pauvres, les illettrés, les inadaptés de tout poils , les racailles devinrent "mal venus" au sein de l’action collective, et n’eurent , comme ultime arme pour manifester leurs mécontentements que la délinquance,

Bien sûr il arrive que certaines formes de délinquance soient dégueulasses ( un peu de morale quand même). Toutefois certaines formes de délinquance sont des moyens de survie pour celui qui refuse de perdre sa vie à la gagner, même si il prend le risque de perdre sa vie en taule ( surtout depuis les nouvelles lois sur la récidive de rachida dati), Et puis après tout peut être peut que voler un DVD à la Fnac est moins immoral que de bosser dans une usine d’armement ?

L’idée longuement developpée par les situationnistes, par Mesrine , par l’écrivain Jean Genet , ce fut alors de politiser la délinquance pour arriver à plusieurs objectifs :

- pouvoir agir en groupe ( moins de chances de se faire choper) , en évitant les rapports de pouvoir pour éviter que cela devienne un truc aussi chiant que le boulot .

- développer une certaine morale ( du type pas voler les sacs à mains des veilles mamies qui rament avec 600 euros par mois ) histoire d’éviter de détruire encore plus la vie de ceux qui sont le plus dans la merde.

- comprendre les différents mécanismes politiques à l’oeuvre dans le système répressif social , pour mieux le contourner ( par exemple , si vous savez que tel vigile va plus faire chier celui qui est basané que le bon blanc, alors envoyer un beur au rayon picole faire le zouave pour détourner l’attention , pendant que votre pote le normand ou polonais de souche va chourer au rayon foie gras)

- les faire chier : si on les fait chier suffisamment peut être qu’on nous baisera moins , et puis de toute façon avec les tunes qu’ils se font sur notre dos, on leur a déjà tout payé.

En 1999 à Madrid eu lieu cette jonction sous forme d’une association de malfaiteurs cherchant désespérément à se justifier et à justifier le vol à l’étalage au yeux du grand public à qui des années de propagande intensive avait mis dans la tête que si les prix étaient si chers c’est parce que les pauvres petits supermarchés étaient obligés de répercuter le vol dans leurs prix : La franchise Yomango etait née

Le manifeste

http://www.yomango.org

8 CLés de vie pour un style YOMANGO ,

1) YOMANGO EST UNE FRANCHISE QUE TU MONTES OU TU VEUX QUAND TU VEUX AVEC QUI TU VEUX ( TES POTES , TES CAMARADES , TES COLLEGUES , TES VOISINS, TES AMANT-E-S) :toutefois, certains proposent des plateformes centralisées d’outils techniques, juridiques sociaux théoriques et autres pour aider les groupes décentralisés du Yomango

2)Jusqu’aux années 50 , la société fordiste prônait la respectabilité, puis dans les années 60, vint un temps ou le bizarre , le rare fut rebelle.Mais ces styles de vie inventés par l’intelligence collective furent confisqués par la machine et revendus sous la forme de marchandise pour laquelle nous devons donner notre temps de travail : le cow boy rebelle de la pub qui nous vend des jeans à 50 euros, le Cd de musique rock à 20 euros, soit 6 heures de travail pour un bout de tissu et 3 pour un bout de plastique.

3) Le capitalisme sous toutes ces formes s’est toujours nourri de notre travail matériel , mais le capitalisme actuel se nourrit aussi de l’intelligence et de la créativité collective du travail non matériel , créateur, relationnel, ( par exemple avec la musique hip-hop ou punk) ils nous exproprient 3 fois, sur notre production matérielle sur notre production culturelle et sur notre production sociale.

C’est pour cela qu’il est encore plus justifié de ce réappropier ce que nous avons fait collectivement, tant ce qui est matériel que ce qui est culturel , se réapproprier collectivement et directement ce qui a été directement produit du collectif .

4)Le marché veut te proposer des fausses alternatives , entre tel ou tel mode de vie avec les fringues et CDs chers qui vont avec , donc en ils te font accepter ta soumission pour pouvoir te vendre en échange de ton travail , un mode de vie qu’ils ont exproprié à la création collective.

L’alternative n’est pas entre le style punk et hip-hop, l’alternative est entre l’acceptation de la domination par le travail et la volonté de réappropriation directe ( vol, récup, gruge, bidouilles) et si possible collective.

5 )Les grugeurs, les voleurs ont leurs grâces et leurs techniques, leurs créativité collective, et créent de nouveaux moyens de luttes.YOMANGO, est un style de vie qui propose des outils techniques, juridiques, gestuels pour vivre YOMANGO , c’est à dire pour reprendre le fruit de son travail sans devoir travailler plus ; il n’est pas question de petit secrets ni de prétentions techniques, mais d’effectuer un sabotage quotidien du capital.

6)YOMANGO n’est pas la réapropriation de la propriété privé par d’autres moyens, pas l’accumulation individuelle du camenbert ou du champagne , il est la libération des marchandises pour tous, plus de propriété ( ou à la limite la propriété d’usage dans certains cas ) .Réaproprie et fais circuler , invite à manger avec le caviar que tu viens de piquer au Carrefour !!!

Partageons et faisons circuler les richesses communes.

7) Mères de familles, adolescents, précaires, retraités,jeunes ... sont ceux qui grugent le plus depuis longtemps, YOMANGO doit proposer une alliance entre tous les secteurs de la précarité sans que untel vienne critiquer le travesti qui choure une robe , ou la mamie qui choure un exemplaire de Voici .Sans quoi , ça merde.

8) YOMANGO c’est être devant un dilemne moral insurmontable : certes les pauvres n’ont aucune obligation morale de se serrer la ceinture et le droit de bien manger , d’avoir des logements confortables, de voyager, de s’habiller comme ça nous chante.

Toutefois la gruge reste de la consommation, avec ses couts environnementaux et sociaux ( la petite chinoise esclave qui a fait tes godasses, se fout pas mal que tu les aies volé ou acheté du moment qu’elle doit faire des heures sups pour en fabriquer une autre paire vu que le rayon doit toujours rester plein ,

Et en même temps on va pas se balader pieds nus, ni avec des shooes de nazes alors que la pub et la société nous foutent la pression.

A chacun de placer ses limites.

Les Jedi de l’Entreprise : histoire d’anti vols, de cadres licenciés et d’ouvrières chinoises

Le témoignage d’un ex commercial, rencontré lors d’une action anti-radiations à l’ANPE

Check point , une entreprise anti-vol

Témoignage recueilli lors d’une action anti-radiations.

Je suis chômeur depuis deux ans. Avant j’étais commercial. Mon boulot, c’était de vendre des antivol magnétiques pour les grandes enseignes.

Ma boite au départ était spécialisée dans la fabrication de pinces pour les vêtements. C’était son principal savoir faire, les anti vol étant une activité secondaire.

Et puis, on a été rachetés par le plus gros fabricant mondial d’anti-vols, une boite américaine côtée en bourse.

Très vite les actionnaires ont voulu rentabiliser l’activité.

Donc toutes les activités de production, ont soit été supprimées , soit délocalisées en Chine, ou la boite avait déjà des sous traitants.

La fabrication d’anti vols est un truc assez simple mais qui nécessite une très bonne vue. Donc, là bas, chez les sous traitants , dans les usines que j’ai pu visiter, on n’emploie que des femmes, très jeunes, jusqu’à vingt et un an. Après, de fait leurs yeux sont bousillés, donc elles ne peuvent plus bosser assez vite et bien. Il y a un bruit incroyable dans ces usines.

Donc les ouvriers qui bossaient en France ont été licenciés, je n’ai pas trop suivi l’histoire. Ensuite, ils ont également fermé pas mal d’unités en Espagne, puis, enfin, ils ont décidé de s’attaquer à nous, les commerciaux.

En fait, ils n’avaient pas tellement besoin d’un service commercial, car ils sont en situation de quasi monopole sur le marché, toutes les grandes enseignes s’adressent à eux. Du coup, ils peuvent se permettre de dégager des marges hallucinantes, la fabrication d’un antivol en Chine leur coûte environ 8 centimes, et ils le revendent ici à environ 36 centimes.

Nous les commerciaux, même si on a senti le vent venir, on n’a rien fait. C’est un monde à part, on gagnait beaucoup de fric, tous diplomés des grandes écoles de commerce. La partie la plus importante de notre salaire était composée des primes, donc évidemment, il y avait une atmosphère de concurrence, on ne se parlait pas beaucoup des problèmes de la boite.

Ils n’ont pas licencié tout le monde en même temps, et en fait ce n’était pas vraiment des licenciements mais des accords entre nous et eux sur certaines bases. On te faisait comprendre qu’il était temps de partir. En fait, comme le salaire est composé en grande partie de primes, c’est à partir de ces primes qu’est ensuite calculé le montant de tes indemnités ASSEDIC. Donc soit tu partais quand ils te le demandaient, soit tu restais, mais tes primes diminuaient peu à peu et à la fin , tu étais quand même licencié mais avec un salaire beaucoup plus bas et donc moins de chômage.

Donc l’ambiance était complètement pourrie , avec une vraie violence dans les rapports. Moi, un jour, j’ai eu un gros conflit à propos du montant d’une prime semestrielle. On me reprochait de ne pas en avoir fait assez, alors qu’évidemment tout avait été organisé pour que je n’obtienne pas de bons résultats. Alors, je me suis retrouvé dans le bureau d’un des chefs , et là il m’a balancé son bureau en pleine figure. Je n’ai pas porté plainte, j’ai juste exigé une trace écrite de l’incident. J’ai accepté de partir peu de temps après

D’autres histoires de gendarmes et de voleurs, ici, ou , et le lundi au soleil, une chronologie du mouvement des chômeurs, avec plein d’exemples de réappropriations collectives dans les supermarchés et ailleurs....


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