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Dans la mire d’Hypervisor

par Frédéric Gaillard

mardi 2 février 2010 par anik

C’est un fait connu – et vanté par les chercheurs - que les nanotechnologies, en favorisant la miniaturisation des composants électroniques, contribuent à l’invasion de nos vies par des nuées de mouchards de plus en plus performants : capteurs de mouvements, de bruits, de température corporelle, de rythme de la démarche ; "nez électroniques" pour la reconnaissance d’odeurs ; oculomètres pour le suivi du regard ; puces communicantes (RFID) ; outils de géolocalisation ; caméras intelligentes (à reconnaissance faciale, à détection de mouvements "suspects") ; drones de surveillance ; lecteurs biométriques.

Ce filet de plus en plus serré de mailles électroniques ramasse des quantités astronomiques de données sur nos habitudes, nos comportements, nos relations, nos déplacements, notre santé, nos modes de vie, notre intimité. A quoi peuvent bien servir tant de données ? A la statistique. La statistique, c’est l’Etat, et sans elle, pas de police des populations efficace. Pas de capacité d’action à échelle industrielle, qu’on traite des marchandises, des fluides ou des populations.

Les esprits forts nous assurent que nous alertons pour rien, et que la surveillance totale n’est pas d’actualité, pour la simple raison que cette collecte massive de données ne peut qu’étouffer le système, incapable de traiter tant d’informations.

Le texte de Frédéric Gaillard que nous publions démontre le contraire. Connaissez-vous Hypervisor ? Comme son nom l’indique, cette architecture informatique révolutionnaire développée et vendue par le groupe Thales, permet d’intégrer tous les mouchards au sein d’un système unique, de collecter leurs milliards de données, de générer des alertes automatiques et d’agir en fonction de la situation.

En attendant de crever l’oeil du cyclope, découvrons Hypervisor, l’hyper-système global.

Dans la mire d’Hypervisor

Alors que s’accélère le quadrillage de la planète par un arsenal sécuritaire toujours plus performant – caméras, capteurs, puces RFID, drones – certains esprits forts se rassurent encore en dénonçant le gâchis que représentent de tels investissements. "Trop d’images tuent l’image", entend-on : ces mouchards pléthoriques, simple élément de conditionnement de la population, seraient en réalité inopérants du fait même de la gigantesque quantité de données qu’ils génèrent.
C’est sous-estimer le lobby militaro-industriel, qui au demeurant ne demande rien d’autre. Dans le secret des centres R&D, on investit sur le véritable enjeu de demain : la mise en oeuvre de systèmes centraux intelligents, capables d’analyser les énormes flux générés par les différents équipements, d’en tirer l’information utile et de déclencher automatiquement la réponse adaptée. Faisons connaissance avec Hypervisor, dernière avancée majeure de la multinationale Thales, lequel annonce en toute simplicité son ambition : donner aux décideurs les moyens d’un contrôle sans faille sur tout et sur tous, et faire entrer le monde dans une nouvelle ère de domination durable.

"Nous allons tripler le nombre de caméras de surveillance en France d’ici 2011" : personne n’a pu échapper au martial mot d’ordre matraqué depuis des mois par Hortefeux et Alliot-Marie, relayés par l’ensemble des trompettes médiatiques du gouvernement. Le Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance a notamment prévu de consacrer en 2009 une enveloppe de 28 millions d’euros (sur un budget de 37) à cette "priorité absolue", qui fera passer de 20 000 à 40 000 le nombre des équipements de vidéosurveillance dans l’Hexagone – encore loin derrière le Royaume-Uni, qui en compterait déjà plus de quatre millions. Ces réalités assommantes suscitent de bien compréhensibles réflexes de déni dans la population, jusqu’à sa frange la mieux informée. Nouvelle manifestation de la corruption de nos élus par le lobby industriel, le développement vertigineux de la vidéosurveillance ne serait qu’un énième bluff sécuritaire à l’intention du gogo moyen, la gigantesque quantité de données générée rendant impossible toute exploitation opérationnelle des images. Le lecture du site internet du groupe Thales suffit à infirmer cette croyance. La multinationale militaro-sécuritaire vient d’y publier une longue et effarante série de textes (1), consacrés à une toute nouvelle architecture informatique. Appelée à révolutionner la surveillance, celle-ci est aimablement baptisée Hypervisor. Dans ce qui suit et sauf indication contraire, toutes les citations en italique sont issues dudit site, dont on ne peut que conseiller la lecture intégrale (pas motivés et âmes sensibles s’abstenir).

lire la totalité de l’article sur le pdf.


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