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Le crash de l’industrie nucléaire française ?

Par Stéphane Lhomme porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire.
samedi 30 janvier 2010 par anik

Les anti-nucléaires voient dans les derniers revers de la filière nucléaire française les prémisses d’un crash.

En France, les réacteurs arrivent à 30 ans d’âge, durée de vie prévue au départ par EDF (le quotidien Le Monde du 15 mai 2003 a ainsi rappelé que "les décrets d’autorisation ne précisaient pas la durée de vie des centrales" mais que "les dossiers d’autorisation présentés par EDF avançaient une durée d’exploitation de trente ans".)
Les réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin), Bugey (Ain) et Tricastin (Drôme) ont déjà atteint cet âge, et la majorité du parc français l’atteindra très vite, d’ici 2014.

Scandales et mauvaises nouvelles : ils se sont multipliés en 2009, dans la suite de la fameuse fuite d’uranium du Tricastin (été 2008)

- Toute l’année 2009 : révélations sur les nouveaux retards, surcoûts, déboires des chantiers EPR de Finlande (Areva) et Flamanville (EDF)

- Janvier 2009 : le Réseau "Sortir du nucléaire" révèle que les laboratoires de toutes les centrales française ont perdu leur agrément pour s’être montrés incapable de mesurer correctement la radioactivité.

- Février : émission choc "Le scandale de la France contaminée" sur France 3

- Mars : révélation de l’espionnage par EDF de Greenpeace et du Réseau "Sortir du nucléaire"

- Mai : diffusion par Arte du documentaire choc "RAS nucléaire", sur les précaires de l’atome

- Juin : élections européennes, percée d’Europe écologie

- Juillet : le PDG d’EDF demande une augmentation de 20% du prix de l’électricité

- Octobre : - scandale des déchets nucléaires expédiés par EDF en Sibérie
- 30 kg de plutonium "en trop" retrouvés à Cadarache
- la France est importatrice nette d’électricité sur un mois, pour la première
fois depuis plus de 20 ans

- Novembre : - faille du "contrôle-commande" de l’EPR révélée par 3 autorités de sûreté
- la France est importatrice d’électricité pendant quelques jours

- Décembre : - échec tonitruant de l’EPR à Abou Dhabi
- la France est importatrice nette d’électricité pendant plusieurs jours

D’autres affaires graves (même si elles ont été moins médiatisées) :

- EDF et Areva condamnés pour leurs "vraies-fausses" publicités dans la presse pour jeunes, suite à des procédures menées par le Réseau "Sortir du nucléaire". (Mai)
- barres de combustible suspendues à Gravelines (août) puis au Tricastin (décembre)
- perte de refroidissement à Cruas (décembre)
- Grève historique des précaires exploités dans les centrales nucléaires EDF (été)

Révolte contre les projets d’enfouissement des déchets nucléaires

Malgré un processus soigneusement pensé et élaboré, lancé en juin 2008 par l’Andra avec la présélection de 3115 communes et aboutissant un an plus tard avec la sélection de deux communes "candidates", les projets d’enfouissement ont été frontalement repoussés par les populations locales et les associations. Ainsi, les communes pressenties dans l’Aube pour recevoir le déchets "FAVL" on retiré leurs candidatures. Mieux : cette dynamique semble gagner la Meuse où le projet de "laboratoire" de Bure devait laisser place au choix réel d’un site. Or les communes, à commencer par Bonnet, commencent à prendre position contre le projet. C’est une affaire d’une immense importance, et un grave problème pour le lobby nucléaire, confronté à un problème comparable aux USA avec l’annulation par Obama du projet de Yuca Mountain.

Autres dossiers :

- ITER et le Mégajoule : ces deux installations gigantesques, dédiées à la fusion nucléaire, accumulent les retards, surcoûts, remises en cause des programmes, etc.

- Projet de réacteur dit "de 4ème génération" : en réalité, il s’agit d’une nouvelle tentative de faire Superphénix... sous un autre nom. Des milliards sont hélas attribués à ce projet prévu sur le site nucléaire de Marcoule (Gard)

- Georges Besse II : usine d’enrichissement de l’uranium en construction au Tricastin. Le Réseau "Sortir du nucléaire" travaille inlassablement à faire savoir que les centrifugeuses qui vont être utilisées sont louées (très cher) par Areva à son concurrent Urenco : une fois de plus, la "maestria" française dans le nucléaire n’est pas au rendez-vous. Par ailleurs, les accords de désarmement USA-Russie pourraient mettre sur le marché de grandes quantités d’uranium enrichi, concurrençant sévèrement GBII.

- Imouraren : Areva et l’Etat du Niger ont annoncé en mai le début des travaux pour la mise en service de cette mine qui est prévue pour être une des plus grandes du monde. Mais, là aussi, la mise sur le marché d’uranium militaire déclassé pourrait s’avérer catastrophique pour Areva.

Que va-t-il se passer en 2010 et au-delà ?

En France

M. Sarkozy a annoncé en janvier 2009 la construction à Penly (Seine-Maritime) d’un second EPR après celui de Flamanville. Le chantier devant commencer en 2012, année d’élection présidentielle, ce projet est de toute évidence directement lié à l’avenir politique de M. Sarkozium
A suivre de près : la suite des projets d’enfouissement des déchets, les réacteurs ayant dépassé ou arrivant à 30 ans d’âge (sans oublier… les autres réacteurs) , les risques de pénurie avec l’augmentation continue du chauffage électrique ; Etc.

Dans le monde

Le déclin net de l’industrie nucléaire devrait d’autant plus continuer que, comme l’expliquait Le Monde dans son édition du 1er décembre 2009 ("Une révolution sur le gaz"), l’avènement des "gaz non conventionnels" (par exemple stockés dans les roches) entraîne une chute très importante du prix du gaz et augmente nettement les réserves disponibles. Du coup, le gaz devient un concurrent encore plus redoutable pour le nucléaire dont les coûts, au contraire, augmentent de façon exponentielle.

Il n’est donc pas surprenant que, le 15 décembre, la Pologne (qui prétendait construire une centrale nucléaire) ait annoncé la construction d’une centrale électrique au gaz de 900 MW, le tout pour 480 millions, c’est-à-dire 10 fois moins cher qu’un EPR. Mieux : la construction doit durer 2 ans seulement, contre 7 à 10 ans pour un réacteur nucléaire…
Pendant ce temps, les énergies renouvelables progressent de façon fulgurante. A plusieurs reprises, les éoliennes ont produit plus de 50% de l’électricité consommée en Espagne. La Chine, les USA et de nombreux autres pays ont d’ores et déjà lancé des plans géants de développement des énergies éolienne, solaire, biomasse, etc.

En résumé, l’industrie nucléaire, archaïque et issue du siècle dernier, est mourante... mais hélas à petit feu : comme nous l’avons signalé plus haut, la prolongation du fonctionnement des réacteurs actuels augmente clairement le risque de catastrophe nucléaire.

Stéphane Lhomme


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