robin-woodard

Une réflexion sur la non violence

Par l’équipe de la Canva
vendredi 17 août 2012 par anik

Une action modifiant l’intégrité des biens d’une personne ou d’une institution peut-elle être non-violente ?

Une lettre d’un ami de l’Arche de St. Antoine qui demandait si «  une action modifiant l’intégrité des biens d’une personne ou d’une institution peut-elle être non-violente ?  » a poussé l’équipe de la Canva à se pencher sur la question. Il faut dire que depuis l’action du démontage du Mac Do de Millau et les fauchages d‘OGM les avis sont divers et souvent passionnés et que l’opinion publique et les médias ont du mal à reconnaître la non-violence dans ces actions. Nos recherches auprès d’autres mouvements non-violents ayant abouti à la non-existence d’ouvrages sur la question, nous avons essayé des approches qui ont nous conduits aux réflexions que nous vous partageons. Toute contribution de votre part sera la bienvenue.

Procédons par étapes :

Petite historique des actions de destruction ou d’altération des biens (liste non exhaustive) :

par l’Arche :
· destruction de livrets militaires
· destruction des actes de propriété de l’armée au Larzac lors du rachat de terres à des paysans en vue de l’extension du camp militaire
· découpe d’un morceau du grillage de clôture de la centrale nucléaire « Superphénix » à Malville, cisaillé par Lanza del Vasto
· démontage des repères de tir militaires au Larzac
· tentative d’endommagement des ailes d’avions militaires au salon du Bourget

par Gandhi :
· tentative de vol de sel aux Anglais
· destruction par le feu de stocks de vêtements en coton fabriqués en Angleterre
aux USA :
· destruction de pièces de sous-marin à propulsion nucléaire
· destruction des registres d’appelés pour la guerre du Vietnam par les frères Pleugher, en les maculant de sang

par le Christ :
· renversement des tables des financiers et des marchands du Temple

par Moïse :
· renversement et tentative de destruction du veau d’or

par Mahomet :
· destruction des idoles

Quelles sont les causes qui peuvent nous amener à une action modifiant des biens d’une personnes ou d’une institution ? C’est la première question que nous nous sommes posés :

En premier lieu, l’absence de tout recours démocratique, après avoir épuisé toutes les voies légales d’interpellation des responsables et des pouvoirs publics et avoir fait connaître les raisons d’opposition.
En suite, lorsque un dialogue constructif, avec des propositions de remplacement, est interrompu, rendant inexistante la possibilité d’une conciliation.
Et enfin : la mise en émergence de la vérité, avec justificatifs incontestables, vérité souvent contraire aux discours officiels et à une désinformation par des médias, propriétés de trusts industrio-financiers ; la mise en émergence de risques potentiels non reconnus par le pouvoir en place, en s’appuyant sur les résultats d’études indispensables d’experts indépendants ; la remise en cause de la toute puissance des scientifiques ainsi que celle des idéologies dominantes (militaires, technocratiques, industrio-financières, scientifiques, politiques ) ; la dénonciation du non-respect du principe de précaution ; le constat et la dénonciation de l’usage d’un bien au profit d’un intérêt privé et au détriment d’un intérêt général.

Quelques remarques :

- Toutes les attitudes irrégulières concernant les biens (mal acquis, venant d’argent sale, etc...) ne changent pas le fond du problème, mais sont des éléments aggravants.
- Les lois ne sont jamais des absolus ; elles sont parfois nuançables. Par exemple :
dans le code de la route, la ligne blanche continue ne doit jamais être franchie, mais si un véhicule est arrêté sur la bande de roulement, on peut franchir la ligne blanche pour dégager la circulation.
je peux faire les travaux que je veux dans ma maison, mais je ne peux ouvrir une fenêtre qui donnerait chez un voisin
je ne peux pas faire tout ce que je veux de l’eau d’une rivière qui passe sur mon terrain.

En résumé, nous pouvons énoncer que « Le droit d’une loi s’arrête où commencent les droits humains. »
Si l’on nous objecte que nous nous faisons justice nous-mêmes, notre réponse est que notre action n’est que symbolique pour exprimer la force de notre indignation devant la gravité de la situation, l’immobilisme des pouvoirs concernés et dire « Ça suffit ».

Il nous faut maintenant déterminer les objectifs, les intensions et l’éthique de l’action :

Les objectifs :

- interpeller la conscience des dirigeants et des concitoyens
- interpeller la loi ; attirer la conscience des législateurs sur les besoins impératifs d’un changement de la loi concernée, leur dire « Halte là ! la légalité n’est plus légitime ! »]
- interpeller le gouvernement pour l’amener à changer sa politique concernant l’objet du litige.

Les intentions de l’action :

Quels que soient l’objet et la gravité du litige, il est indispensable de toujours se situer dans le cadre d’un Etat de Droit avec une légalité existante au service du bien commun.
Dans le Coran aussi, une sourate dit : « montrez-moi vos intentions ».
Les intentions d’une action non-violente demeurent toujours les mêmes :
- n’en tirer aucun bénéfice personnel
- n’en tirer aucun profit
- bien cibler l’objet à altérer ou à détruire, afin que l’action soit expressément limitée au bien concerné
- absence totale de haine (travail de connaissance de soi, savoir reconnaître sa propre violence, d’où vient-elle et comment la convertir)
- action généralement symbolique, puisque destinée à interpeller la conscience des décideurs et non à résoudre le problème
- pas de prise de pouvoir
- pas de subversion de l’Etat, mais faire savoir haut et fort que l’Etat ne remplit pas ses fonctions et / ou qu’il est lié à des intérêts autres que publics et généraux (financiers, politiques,..)
- cela peut aller jusqu’à démontrer éventuellement que l’Etat est impuissant, voire corrompu.

L’éthique :

L’éthique que l’on se donne est une sorte de charte à laquelle doivent adhérer tous les participants à l’action :
- l’éthique de responsabilité ne peut être opposée à l’éthique de conviction, aussi l’impératif est d’avoir une éthique de conviction responsable
- être en état de nécessité (François Roux) qui renverse les règles de morale ordinaire
- être en état d’assistance à personne en danger. ( si les pouvoirs publics avaient écouté la Confédération Paysanne pour les farines animales, il n’y aurait pas eu l’épidémie de la vache folle dans les proportions que l’on a connue ; si "ceux qui savaient" avaient détruit des flacons de sang contaminé pour se faire entendre des pouvoirs publics et de leurs électeurs, le drame des contaminés aurait été évité).
- se trouver en état de légitime défense, entre autre lorsque le principe de précaution n’est pas respecté
- ne plus avoir de possibilité de recours démocratique
- absence d’autorité responsable qui puisse être à l’écoute et prendre des décisions
- volonté de mettre en place un programme constructif
- prise en compte des critères de la vie sociale et politique et ne pas se limiter au seul critère de la morale, car «  ce qui fait le droit, c’est la Vie  »
- s’appuyer sur le critère d’objectivité grâce aux études de scientifiques indépendants, à une enquête préalable et à une conscience publique large.

Remarque : ces actions doivent être considérées comme des contre-feux (définition du contre-feu : feu allumé volontairement, qui détruit quelques arbres, en vue de préserver toute la forêt de l’incendie) ; on peut également considérer ces actions comme des abcès de fixation, qui drainent en un "bobo" toute l’infection pour éviter qu’elle ne s’étende.

Les modalités d’action : TRES IMPORTANT ! C’est ce qui fait la différence du sabotage et de la destruction gratuite !

· pas de clandestinité
· agir à visage découvert et en plein jour
· accepter les risques, leurs conséquences et les peines, montrant ainsi que nous reconnaissons la valeur de la loi.

Similitudes et différences entre actions violentes et actions non-violentes :

Ici nous ne considérons que les actions violentes parce que les organisateurs ne sont pas adeptes de la non-violence et ne prenons pas en compte les actions dont le litige n’est qu’un argument. Nous ne pouvons comparer nos actions à celles qui ont comme objectif une déstabilisation des pouvoirs publics.

Les similitudes :

- les causes sont les mêmes
- les objectifs peuvent être les mêmes, mais sont rarement une interpellation des consciences, car toute violence a pour conséquence un repli sur soi et sur leurs certitudes, des personnes qui se sentent ainsi agressées
- certains points de l’éthique peuvent être les mêmes, à savoir la légitime défense, l’état de nécessité, l’assistance à personne en danger
- les modalités d’action peuvent être également semblables : agir à visage découvert et en plein jour, pas de clandestinité

Les différences :

Actions violentes Actions non-violentes

Destruction parfois incontrôlée avec Destruction ciblée, limitée et contrôlée
débordement Action symbolique
Refus de destruction totale
Respect total des biens ne concernant pas l’objet de l’action
Respect des personnes difficile ou absent, Respect des personnes

Haine Refus de la haine
Forcer, acculer les pouvoirs publics Appel à la conscience des décideurs

Souvent recherche de prise de pouvoir
Absence de prise de pouvoir
Dénonciation des conséquences Acceptation des peines, comme et des peines reconnaissance de la loi
Pas de dialogue
Dialogue constructif
Volonté de mettre en place un programme constructif de remplacement
Dénonciation accentuée des situations
Considération du problème de fond particulières (biens mal acquis, argent sale) Ne vise jamais une déstabilisation du pouvoir en place

Quelques remarques reçues par Anna sur le sujet « action » :
- d’Hervé Hott : «  Bien entendu, de nombreuses personnes estiment que s’attaquer aux biens d’une personne c’est s’attaquer à elle. Il faudrait distinguer si c’est une personne morale ou une personne physique ou l’Etat. En tout cas, c’est à la justice de trancher si c’est « violent » ou pas, compte tenu de l’état de l’opinion, des rapports de force, du sujet en question etc.. ».

- de Christian Mellon : « Je définis personnellement la violence par l’atteinte à la vie et/ou la dignité des êtres humains ; mais je crois qu’en matière d’action publique, la perception par l’opinion publique de ce qui est violent ou non-violent est très important. Détruire du matériel en pensant que c’est non-violent puisque aucune personne humaine n’est atteinte ni menacée me paraît une vue un peu abstraite. Il faut juger au cas par cas...Cela fait partie des « zones grises » dans la définition de ce qui est violence on non-violence ».

En guise de conclusion, nous rappellerons simplement cette affirmation de Gandhi :
«  Retirer la désobéissance civile, c’est mettre la conscience en prison.  »

Sources : http://www.canva-ass.org/


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 354 / 618745

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers, alternatives, politiques et réflexions  Suivre la vie du site Politiques, philosophiques et syndicales  Suivre la vie du site Non violence   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.21 + AHUNTSIC

Creative Commons License