robin-woodard

Gandhi - une non violence active au service du politique

samedi 9 août 2008 par anik

L’une des figures emblématiques de la non violence active , le Mahatma Gandhi consacre sa vie à la mettre en pratique, considérant qu’elle est à la fois une façon d’être de penser et d’agir accessible à tous à des degrés divers, et dont le champ d’action reste d’abord celui du politique.

Mohandas Karamchand Gandhi est né le 2 octobre 1869 à Porbandar dans l’état du Gujarat. Issu de la caste des Vayshia d’une famille relativement aisée, il est élevée dans les valeurs hindouistes mais il apprend aussi à connaître les autres religions et la tolérance à leur égard. Il fait ses études à Ahmadãbãd puis à Londres, où il devient avocat. Si Gandhi nourrit sa réflexion aux sources de la sagesse hindoue, il considère que la vie contemplative ne peut, à elle seule, suffire pour incarner « l’esprit de vérité ». Il est convaincu que la politique demeure le lieu où les hommes peuvent matérialiser efficacement celui ci.

C’est plus particulièrement la lecture des ouvrages du russe Tolstoï, de l’anglais Ruskin et de l’américain Thoreau qui lui fournissent les bases de sa pensée politique, dont la non-violence active constitue le socle. Tolstoï (avec qui il correspond ), est certainement l’auteur qui l’influence le plus. Ses écrits sur le christianisme, la violence de l’État, le devoir de désobéissance le marque profondemment dans la quête d’une sagesse universelle et la mise en pratique de la non-violence active. Chez Ruskin, il trouve une nouvelle vision de la vie économique, basée sur la justice sociale, l’égalité, la répartition des richesses, le bien public. Avec Thoreau, c’est la théorie de la non-coopération et de la désobéissance civile en réaction à l’injustice qu’il découvre et qu’il met en pratique.

Confrontation avec les lois ségrégationnistes d’Afrique du Sud- Début de son engagement politique actif non violent

En 1893 une entreprise indienne lui propose de se rendre en Afrique du Sud pour y défendre ses intérêts lors d’un procès. Gandhi accepte. Dès son arrivée là-bas il est confronté à la discrimination raciale. Expulsé d’un train à cause de sa couleur de peau, il s’aperçoit très vite que les britanniques et les boers dominent les populations noires et immigrées (à cette époque 100 000 hindous vivent en Afrique du Sud).

En 1894 Gandhi décide de lutter contre une loi visant à interdire aux hindous le droit d’élire des représentants à l’assemblée de l’état du Natal. Il fait signer une pétition à 10 000 personnes et obtient le retrait du projet de loi. Gandhi réussit à faire prendre conscience aux hindous qu’il faut s’unir. Devenu populaire, Gandhi décide de poursuivre le combat.

En 1906 une nouvelle loi ségrégationniste est votée au Transvall. Elle oblige les asiatiques à se faire inscrire sur des listes destinées à contrôler leurs activités. Gandhi réussit à convaincre 3000 délégués de ne pas se soumettre à la nouvelle loi et de résister quel qu’en soit le coût, mais sans violence. Gandhi est arrêté et incarcéré pendant six mois.
Pendant huit ans, Gandhi ne cesse de s’opposer aux lois ségrégationnistes et au Général Smuts ce qui lui vaut d’autres séjours en prison.

Finalement, le 30 juin 1914, Smuts et Gandhi signent un accord sur l’abrogation d’une grande partie des lois raciales. Le 18 juillet 1914 Gandhi quitte l’Afrique du Sud pour toujours et rentre en Inde.

Retour au pays - Confrontation non violente active avec l’occupant - exploitant britannique - Sejours en prison pour désobéissance civile

A son retour, il parcourt son pays durant un an à l’issue duquel il s’établit près d’Ahmedabad. Son nom est désormais associé à la lutte contre l’injustice. Début 1917 Gandhi se rend au Bihar à l’appel des cultivateurs de l’indigo exploités sans vergogne par les industriels anglais. Devant les risques d’émeutes, le gouvernement donne satisfaction aux planteurs.

À peine rentré à Ahmedabad, Gandhi soutient un mouvement de grève des ouvriers textiles et utilise, pour la première fois, le jeûne pour faire pression sur les patrons et pour marquer son entière solidarité avec les grévistes. À la fin de la première guerre mondiale, il présente aux britanniques ses premières revendications d’autonomie pour l’Inde.

Le 6 avril 1919 Gandhi appelle le peuple à manifester publiquement dans tout le pays et à cesser toute activité. La manifestation est un énorme succès. Le 13 avril, à Amritsar, la population manifeste de nouveau malgré l’interdiction. Le général anglais Dyer ordonne alors à ses hommes de tirer sur la foule pacifique. Le bilan est effroyable : plus de 300 morts et plus de 1000 blessés. Horrifié, Gandhi suspend immédiatement les actions de protestations non violentes.

En 1920 il repense ses moyens d’action. Soutenu par le parti du Congrès et par les musulmans, il appelle à la non coopération avec l’administration britannique et se prononce pour le boycott des produits textiles d’origine européenne et demande aux hindous de filer et tisser leurs propres vêtements. L’Inde tout entière bouge et la tension ne cesse de monter, de nombreux leaders sont emprisonnés et des affrontements ont lieu.

En janvier 1931 le Vice-Roi Lord Irving le fait libérer. Il échange la libération des prisonniers politiques et la fin des lois sur le sel contre la fin de la désobéissance civile et la participation de Gandhi à une conférence organisée à Londres, mais celle ci est sans lendemain. Churchill arrive au pouvoir avec l’intention d’écraser le Parti du Congrès. Des milliers de militants sont bientôt arrêtés.

En août 1932 Gandhi est de nouveau jeté en prison. Les dissensions entre les communautés hindoues et musulmanes s’aggravent et les droits des intouchables sont menacés. Le 20 septembre le Mahatma entreprend une nouvelle grève de la faim. Le gouvernement britannique plie devant la menace de la mort de Gandhi devenu très populaire en Europe.

En 1934 Gandhi se met en retrait, laisse aux jeunes leaders du parti du Congrès dont Nehru la direction politique du combat pour l’indépendance. Il continue son combat pour la cohésion entre les communautés et pour l’éducation des masses, ce qui lui vaudra l’inimitié des extrémistes hindous. Cette année là, Gandhi échappe à la première des cinq tentatives d’assassinat dont il fera l’objet.

La voie non violente vers l’indépendance

En 1937, lors des élections le parti du Congrès obtient la majorité écrasante au parlement. Dès lors la marche vers l’autonomie et l’indépendance semble inéluctable.
Lorsqu’éclate la seconde guerre mondiale en 1939, Gandhi refuse de s’engager aux côtés des anglais. Il affirme que seule une Inde indépendante pourrait contribuer à la lutte contre les nazis. En 1942 il lance même son fameux slogan "Quit India". Il enjoint les britanniques à partir au plus vite et relance le mouvement de désobéissance civile. Lui et les dirigeants du Congrès sont arrêtés après que des émeutes aient éclaté. En 1944 Churchill le fait libérer.

Après la guerre les travaillistes arrivent au pouvoir en Angleterre. Le Premier Ministre britannique est bien décidé à mener le processus d’indépendance à son terme. Lord Mountbatten est nommé Vice-roi avec cette mission. C’est alors que les communautés musulmane et hindoue se déchirent. La Ligue Musulmane de Mohammed Ali Jinnah ne cesse en effet de réclamer la création d’un état indépendant à majorité musulmane.

Gandhi, lui, reste attaché plus que tout à l’unité de l’Inde. Jinnah refuse de participer au gouvernement provisoire de Nehru et appelle à une journée d’insurrection le 16 août 1946. Elle se solde par des milliers de morts dont au moins 5000 à Calcutta.
Gandhi use de toute son influence pour éviter la partition mais le 15 août 1947 Lord Mountbatten annonce l’indépendance de deux nouvelles nations : le Pakistan et l’Inde.

On assiste alors à l’exode meurtrier de plusieurs millions de personnes. Les affrontements interethniques font entre un et deux millions de victimes. Épouvanté par la situation, notamment à Calcutta, Gandhi décide de jeûner jusqu’à la mort. Nehru fait alors tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin aux massacres. Il y parvient d’extrême justesse et Gandhi se nourrit à nouveau. Pourtant la colère des extrémistes n’est pas retombée. Ceux du côté hindou notamment tiennent rigueur à Gandhi de sa trop grande mansuétude à l’égard des musulmans

Le 30 janvier 1948, l’un d’eux, Nathuram Godse, l’abat à Delhi.

Non violence bouclier protecteur de la démocratie et de la paix internationale

Gandhi voit la non-violence comme un moyen puissant en politique pour défendre la démocratie et la paix internationale. Ces reflexions sonnent on ne peut plus justes aujourd’hui dans le contexte international d’extrème violence que l’on connaît.

"D’après l’idée que je m’en fais, la démocratie est le régime sous lequel les plus faibles ont les mêmes droits que les plus forts. Ce résultat ne peut s’obtenir que par la non-violence. La désobéissance civile est un droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme." (Mahatma, la vie de M. K. Gandhi, par D. G. Tendulkar, V, 343)

"Je n’hésite pas à soutenir que la doctrine de la non-violence vaut également dans le cadre des relations entre États. Je sais fort bien que je me risque sur un terrain délicat si on garde présent à l’esprit ce qui s’est passé au cours de la dernière guerre. Mais je crois devoir le faire pour dissiper toute équivoque. Si j’ai bien compris, il s’agissait de part et d’autre d’une guerre d’annexion, destinée à se partager les dépouilles résultant de l’exploitation des races les plus faibles, ce qu’on appelle, en d’autres termes et pour reprendre un euphémisme : le commerce mondial...
Si, comme il se doit (à moins d’accepter de courir au suicide), on veut voir s’amorcer en Europe un processus de désarmement général, il faut tout d’abord qu’une nation prenne l’initiative hardie de se désarmer elle-même et accepte d’en supporter tous les risques. Si cet heureux événement se produisait, le degré de non-violence atteint par cette nation serait naturellement si élevé qu’elle commanderait un respect universel. Ses jugements ne connaîtraient aucune hésitation. Ses décisions seraient sans appel. Grande serait son aptitude à se sacrifier de manière héroïque. Et sa volonté de vivre s’exercerait aussi bien au profit des autres nations que d’elle-même.
Une chose est certaine. Si cette course folle aux armements doit se poursuivre, il ne peut y avoir d’autre issue qu’un massacre sans précédent dans l’Histoire. S’il en sort une nation victorieuse, sa victoire même lui permettra d’assister vivant à sa propre mort. Le seul moyen d’échapper à cette épée de Damocles est d’accepter hardiment et sans réserve la méthode non-violente de résolution des conflits avec tout ce que cela comporte de glorieux." (La pensée du Mahatma Gandhi, compilé par R.K. Prabhu, 60-61-63.)

Mahatma est un titre qui signifie grande âme.

Sources : http://www.planetenonviolence.org/


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1023 / 447701

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers, alternatives, politiques et réflexions  Suivre la vie du site Politiques, philosophiques et syndicales  Suivre la vie du site Non violence   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License