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L’auto-entrepreneur et la fin du salariat

Par Jean Zin
vendredi 13 mars 2009 par anik

Le nouveau statut d’auto-entrepreneur est une véritable révolution en ce qu’il supprime toute "barrière d’entrée" pour le travail autonome, contrairement aux professions libérales exigeant des revenus conséquents pour payer charges sociales et impôts, avec un décalage d’un an souvent, ce qui rendait dramatique l’arrêt de l’expérience réservée aux classes moyennes supérieures. Paradoxalement les charges sociales sensées protéger les travailleurs empêchaient donc de travailler les plus modestes, condamnés au travail au noir ou au chômage. La suppression de cette barrière d’entrée va amener une concurrence nouvelle pour les professions libérales qu’elle protégeait, réduisant leurs revenus en participant à la déqualification générale. On s’étonne qu’il n’y ait pas eu de réaction de ce côté pour concurrence déloyale. Mais, c’est que les effets ne sont pas encore visibles, puisque l’expérience commence à peine...

Ce n’est pourtant pas de ce côté que la montée en puissance des auto-entrepreneurs sera le plus dévastateur puisqu’il pourrait sonner la fin du salariat, rien de moins, dans une précarité généralisée sans aucune protection sociale pour l’instant. Il ne semble pas qu’il y ait une limite au nombre d’auto-entrepreneurs qu’une entreprise peut employer et les cotisations sociales étant plus que divisée par 2 (23%), on ne voit pas pourquoi l’employeur ne préférerait pas des auto-entrepreneurs qui coûtent moins cher et qui n’obligent à rien, ne bénéficiant d’aucuns droits sociaux.

Il semble bien qu’il faudra compléter et améliorer la loi mais il est indéniable qu’il y a une contradiction entre les salariés (donc les syndicats) et les futurs auto-entrepreneurs. Il est significatif que les appels de la gauche traditionnelle à l’unité restent enfermés dans la défense du système et les revendications salariales, refusant d’admettre la légitimité de droits attachés à la personne et non plus à l’entreprise, ce qui sort de la logique des luttes syndicales dans l’entreprise. Ainsi, j’ai souligné depuis longtemps l’opposition entre réduction du temps de travail et revenu garanti qui ne sont effectivement pas compatibles et divisent le mouvement social, division qui ne peut être surmontée en l’ignorant tout simplement.

Les syndicats et la vieille gauche ont donc lutté contre le revenu garanti, ce qui est un comble, et ils pourraient vouloir remettre en cause ce statut d’auto-entrepreneur mais ce ne serait que peine perdu et un combat d’arrière garde alors que le succès semble bien au rendez-vous de répondre à un véritable besoin, du fait que le travail manque, sans doute, mais surtout du fait d’un travail devenu plus autonome à mesure qu’il est devenu plus qualifié et créatif. Il faut absolument encourager le travail autonome à l’ère de l’information, le passage de la subordination salariale au travail choisi, non seulement en créant ce statut mais en le dotant de protections et d’institutions appropriées (revenu garanti et coopératives municipales) qui le rende viable. Il n’est par contre de l’intérêt de personne de tirer les salaires à la baisse, ce qu’un revenu garanti suffisant pourrait empêcher, ni que la précarité se généralise.

S’il doit y avoir unité, indispensable, avec les salariés, ce ne peut être qu’en limitant le recours aux auto-entrepreneurs par les entreprises de main-d’oeuvre (sachant qu’au-delà de 2000€ par mois, on ne peut plus être auto-entrepreneur), mais surtout en dotant le travailleur autonome de nouveaux droits attachés à la personne, ainsi qu’un certain engagement sur la durée pour les employeurs réguliers permettant de se rapprocher du statut de salarié. On n’a pas encore atteint la masse critique pour ce changement de stratégie pourtant incontournable. Il n’y a aucune raison de défendre le salariat comme temps de subordination du travailleur dépossédé de son propre produit. Il n’y en a pas plus de faire dépendre nos droits de l’entreprise qui nous emploie. Nous avons besoin de plus d’égalité, de droits universels attachées à la personne, véritable reconnaissance d’un droit à l’existence pour toute personne humaine. Surtout, c’est ce que les no uvelles forces productives exigent à l’ère de l’information où la productivité n’est plus linéaire ni individualisable, le développement humain étant devenu la principale base productive.

Des pays comme le Japon distribuent actuellement de l’argent à toute leur population, selon la théorie qui veut qu’en jetant de l’argent par hélicoptère on arrête n’importe quelle déflation (sauf qu’il faudrait pouvoir tout retirer ensuite, sinon on n’a fait que produire l’hyperinflation qui nous pend au nez). C’est quand même quelque chose qui ressemble à un revenu d’existence, du moins qui montre ce que pourrait avoir de stabilisateur un revenu d’existence et rendre son hypothèse moins absurde. Car, il faut bien dire que toutes ces propositions qui paraissaient il y a 10 ans tellement fragiles et improbables (revenu garanti, monnaies locales, coopératives municipales) le sont simplement de moins en moins avec le temps, ce qui est déjà étonnant...

Le statut d’auto-entrepreneur que personne n’attendait y participe en donnant une visibilité soudaine au travail autonome, ce qui est véritablement révolutionnaire et qui pourtant n’a pas grand chose à voir apparemment avec la crise qui bouleverse toutes les institutions. C’est juste comme si la situation chaotique permettait à des phénomènes nouveaux de se manifester, s’introduisant par la bande avant de provoquer une reconfiguration générale de l’ensemble.

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Voir sur ce sujet le site officiel d’auto entrepreneur


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