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Violence et sabotage : pendant les « affaires », le débat continue

De Claude Guillon
jeudi 12 février 2009 par anik

La proposition de débattre de ces questions avait été faite à l’intérieur du comité de Paris de sabotage de l’antiterrorisme, réuni après les arrestations du 11 novembre 2008.

Le texte ci-dessous a été mis à disposition lors de la réunion publique tenue le 10 janvier 2009, à Montreuil, par ledit comité, sous le titre Pages arrachées à un carnet de notes...

Ça n’est pas parce que les journalistes du Figaro magazine se donnent des frissons avec la question de la violence révolutionnaire (rendez-vous compte ma bonne dame : ils refusent le meurtre pour des raisons tactiques ! Et s’ils changeaient de tactique ?...) que nous devons nous priver de la reposer.

Ça n’est pas parce que des révolutionnaires sont en prison que nous devons geler les débats sur la révolution (on n’en parlerait jamais !).

Ça n’est pas parce qu’Onfray-mieux-d’se-taire donne des leçons de sabotage entre deux crachats que nous pouvons faire l’économie de la question.

Donc, symboliquement, quelques idées jetées sur le papier, pour alimenter les débats amorcés ou à venir.

...la violence

...La violence n’est pas d’abord une « catégorie morale », mais un rapport social. Violence, l’exploitation du travail ; violence la domination d’une classe, d’un genre, d’une classe d’âge. Violence, la hiérarchie. Violence, les institutions : État, armée, école, famille, couple...

Non, ces institutions ne sont pas équivalentes dans leur fonctionnement. Le contraire d’une institution ? Une association, amoureuse ou/et insurrectionnelle, à deux ou à deux cent mille.

Pour ce qui me concerne, je suis venu à l’anarchisme par l’objection de conscience et la non-violence. Affaire de genre, de goût, et de rencontres (Louis Lecoin, May Picqueray). Mes goûts n’ont pas changé, mais je n’ai jamais exclu de me servir d’un fusil. À condition de choisir mes cibles.

Cela dit, lorsque j’entends des camarades férocement radicaux promettre d’égorger tous les flics, je m’interroge. Non pas sur l’avancement du projet (ils n’ont jamais égorgé personne, ça se saurait !), mais sur sa « faisabilité », comme on dit en novlangue.

À la louche, on compte 100 000 gendarmes et 145 000 policiers (les premiers seront bientôt rattachés à l’Intérieur ; je vous fais grâce, pour cette fois, des 260 000 militaires d’active). Flics et gendarmes font 245 000 individus. Comptons, en moyenne, 5 litres de sang par individu. Cela donne un million deux cents vingt-cinq mille litres de sang. Sacré boudin, tout de même ! Qui peut envisager pareil bain de sang sans vomir son quatre heures ? Je ne vois que des végétariens machiavéliques pour y penser sérieusement.

Le plus simple serait de ne pas envisager, ou même de ne pas approuver abstraitement, même après cinq bières, quelque chose que l’on se sait incapable de faire, que l’on serait même incapable de regarder faire par quelqu’un d’autre. Ça commence dès la première tête à faire sauter, la première gorge à trancher.

(Je tiens ceux qui objecteront que certaines blessures pas balle saignent très peu, ou que l’on peut étrangler proprement, pour des pinailleurs jésuites.)

Le plus difficile sera de reconvertir les membres des forces de l’ordre survivants et qui n’auront pas fui à Monaco. Je ne plaisante pas. C’est, dès maintenant, un problème politique à envisager autrement que par des rodomontades de gamins. Accessoirement, le fait de promettre l’égorgement à l’ennemi n’est pas la perspective la plus à même d’encourager désertions et retournements de vestes, lesquels nous permettront d’épargner une énergie et un temps précieux...

le sabotage

...Sabotage : ça n’est pas la cible qui doit être légitime, mais l’acte.

S’il suffisait que la cible présente les caractères d’une «  légitimité » sociale, bâtiment officiel, véhicule de police, personnel d’État (ministre, flic, magistrat, huissier, concierge, chauffeur), banque, entreprises commerciales diverses, on pourrait, ou plutôt on devrait en tous lieux et en toute saison mitrailler les façades des mairies, incendier les supermarchés, et planter un couteau entre les omoplates de la contractuelle (voir plus haut). Même en Corse, région la plus avancée dans cette voie, de telles pratiques ne s’observent qu’à une fréquence réduite, quasi paresseuse, et sur un mode presque aimable.

La légitimité d’une action politique ne se comprend pas en soi, sans un calcul d’opportunité et de lisibilité (rappel : en français, opportunité ne signifie pas « occasion », mais caractère de ce qui est opportun). Autrement dit ici : est-ce le bon moment ?

Pour qu’un sabotage soit considéré comme réussi, il ne suffit pas que le train s’arrête (c’est un exemple), mais que le plus grand nombre de gens concernés (ceux auxquels on s’adresse ; voir ci-dessous) puisse comprendre pourquoi on a voulu l’arrêter. Idéalement : sans communiqué développant une longue analyse politique qu’aucun média bourgeois ne reproduira.

Se garder de l’idée selon laquelle Alors là vraiment si y comprennent pas un truc pareil ! c’est qu’y sont vraiment trop cons pour qu’on leur cause, qui n’est pas un raisonnement mais une facilité.

On n’envoie pas de signaux à l’ennemi (l’État, la police), avec lesquels on ne mène pas un combat singulier, mais que l’on trouve sur notre route parce qu’ils sont les instruments de l’ennemi dans la lutte des classes.

On ne se contente pas d’envoyer des signaux aux « ami(e)s », autres militants radicaux qui partagent plus ou moins nos positions et connaissent les codes de notre discours.

En effet, nous ne parlons pas la même langue et n’utilisons pas les mêmes mots que tout le monde ; ça n’est pas «  mal », il est juste bon de s’en souvenir si nous voulons être compris au-delà de notre aire linguistique/politique.

Mais alors, à qui nous adressons-nous ? C’est une excellente question, qu’il faut toujours se poser au moment d’élaborer un discours et de préméditer un acte.

Non, ça ne veut pas dire que la réponse soit simple, ou toujours la même...


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