robin-woodard

La rage au coeur, l’amour à l’âme

De Dominique Guillet
lundi 9 février 2009 par anik

Sur le point d’initier la neuvième septaine de mon chemin sur cette petite planète Terre, un joyau bleu voguant dans un océan infini de centaines de milliards de galaxies, je ne peux m’empêcher de hurler ma rage. Il ne m’est pas habituel de m’épancher sur des épisodes de vie qui, au regard de l’infinitude, ne sont que de simples épiphénomènes et la partie de “moi-même” (avec toute l’incertitude quantique que recouvre ce vocable) qui médite sur le processus de désincarnation ne peut que se détacher des ignominies que l’homme occidental fait endurer à la Biosphère : Gaïa en a vu bien d’autres, en quelque 3450 millions d’années, et ses capacités auto-poétiques et facultés de régénération dépassent sûrement, de loin, l’entendement humain.

Mais la partie de moi-même qui a vécu son enfance au coeur de la misère ouvrière et des ravages éthyliques de Saint-Nazaire, qui a vécu Mai 68 comme une occasion de plus pour les CRS de se déployer dans une ville de chantiers navals aux révoltes incessantes, qui a créé le premier comité de soutien aux objecteurs de conscience en 1973 dans la Mayenne, qui est passée en jugement au Tribunal de Grenoble en tant qu’objecteur de conscience insoumis à l’ONF, qui a eu peur au milieu des maïs durant la dernière manifestation contre le surgénérateur de Malville, en 1977, alors que les grenades offensives volaient, qui dans sa jeunesse a toujours considéré le bon vieux chanvre du Néolithique comme une filière d’avenir pour la civilisation post-historique émergente, qui dans cette même jeunesse a joué des milliers de parties métaphysiques de Go dans le désintérêt le plus total de cette société mercantile et mortifère, qui a tout fait pour éviter à ses enfants les sévices de l’éducastration homologuée, qui a lutté 17 ans pour avoir le droit de distribuer des semences de tomates ; cette partie de moi-même HURLE SA RAGE.

La rage aux tripes, la rage au coeur. Et les mous-tièdes de lever les bras au ciel en prônant les valeurs non-violentes de la tolérance ! Que peut faire un tolérant face à un intolérant ? Le tolérant qui tolère l’intolérance est un tolérant mort, physiquement ou culturellement ou spirituellement : tous les peuples Indigènes, Animistes et Païens l’ont appris à leurs dépens. Il est vrai que dans l’exemple récent de l’extermination en masse des Amérindiens, l’arc ne peut que peu face aux fusils-mitrailleurs. Et comme le décrit si bien Roger Heim, l’épuration ethnique fit rapidement place à l’érosion des sols et à la désertification. Ce sont les effets collatéraux du même paradigme : la théologie de l’annihilation.

Alors qu’il est encore des Grenelleux non repentis pour se pâmer devant quelques miettes qu’on leur a jetées en pâture, alors que les culs-bénis de la pensée positive s’extasient devant la prise de conscience écologique qui monte, qui monte, qui monte (et qui fait des petits chatouillis au Capitalisme !), et bien la Biosphère se meurt et crève même et crève encore. Peut-on réellement faire l’économie de l’analyse de quatre décennies de combat depuis Mai 68 ?

Cela fait longtemps que nous évoquons le spectre d’un gouvernement mondial et pour cela, nous fûmes qualifiés de fantaisistes, de paranoïaques, d’exaltés, etc. Et le Nouvel Ordre Mondial, dont personne auparavant ne prononçait publiquement le trinôme fatal, est maintenant dans la bouche de tous ceux qui sont en contrôle des pays occidentaux, ou qui prétendent l’être (et parfois même des pays en voie d’occidentalisation) : les experts agités en illusions, en double-langage, et en inversion des valeurs, dont l’incohérence des discours est à la mesure de leur inféodation aux puissances économiques et financières. Le Nouvel Ordre Mondial, la marque déposée du “Capitalisme social”, est prôné comme LA solution à la “crise planétaire”.

Le Nouvel Ordre Mondial Financier, tout d’abord, qui va remédier à la crise que les bandits de la finance ont sans doute eux-mêmes provoquée et qui se traduit par le plus grand hold-up de l’histoire de l’humanité : en l’espace de deux années, les Etats occidentaux ont mis sur la table de festin des institutions financières de quoi nourrir les affamés du Tiers-Monde pendant deux siècles. Le Nouvel Ordre Mondial Agricole, ensuite, prôné par des organisations telles que le MOMA, nous promet une nouvelle “Alliance globale pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition” : de la soupe mal réchauffée qui se passe de tout commentaire. Et quant au Nouvel Ordre Mondial de la Gouvernance, il n’est que de tirer les leçons de cette Communauté Européenne qui n’a de communauté que le nom et qui, loin d’être l’Europe des Peuples, n’est que l’Europe des Lobbies, le repaire d’une poignée de technocrates qui sont payés grassement pour pondre des milliers de directives, dictées par les multinationales, qui nous pourrissent la Vie et qui n’ont pour finalité que de détruire ce qui est petit au profit de ce qui est gros, très gros et qui veut devenir encore plus gros.

Que penser de l’affirmation, le 8 décembre 2008, de l’éditorialiste du Financial Times, Gideon Rachman : « La gouvernance internationale ne tend à être efficace que lorsqu’elle est anti-démocratique.  » Et que penser de l’assertion récente (voeux au corps diplomatique du 16 janvier 2009) proférée par le représentant élu du peuple français : «  Nous irons ensemble vers le Nouvel Ordre Mondial, et personne, je dis bien personne ne pourra s’y opposer . » Sans plaisanter ! Est-ce une menace ? Les Autorités prévoient-elles d’avoir recours à la technique du gavage pour faire avaler de force aux récalcitrants leur nouvel ordre chéri ? Ou à la technique de l’emprisonnement forcené comme dans le cas des Jeunes de Tarnac ?

Mes récentes prises de position insurgées quant à l’injustice de telles procédures m’ont valu quelques courriers, très peu d’ailleurs, d’âmes timorées et bien-pensantes s’offusquant que je pervertisse la vocation intrinsèque de Kokopelli de commercialiser des “produits à l’ancienne” ! Mais non, la finalité de Kokopelli n’est pas de collectionner des timbres ou même des semences d’ailleurs, bien douillettes dans des congélateurs, en attendant le Déluge ! Et s’il est vrai que Kokopelli, chez les peuples premiers, est parfois le Colporteur, celui qui “porte sur le cou”, ce n’est pas le joug de l’opprimé qu’il porte : Kokopelli est avant tout l’Insurgé, le Dissident, l’Hérétique, le Troubadour, l’Objecteur en Semences.

Je dois avouer que l’une de mes frayeurs, que d’aucuns qualifieraient sans doute “d’anarcho-autonome”, c’est que l’Association Kokopelli ne grandisse au-delà du seuil fatal auquel toute organisation se retourne contre les fondements mêmes pour lesquels elle a été générée. En cela, comme en beaucoup de domaines, Ivan Illich, qui fut l’une de mes inspirations durant les années 70, avait vu juste et c’est pour cela que son centre de Cuernavaca au Mexique s’auto-saborda au bout d’un certain temps de fonctionnement. La forme, en effet, généralement, ne cherche qu’à se pérenniser, envers et contre tout, et aux dépens de ses propres fondements. Au vu du spectacle affligeant de ces institutionnels de la contestation qui se sont vautrés dans le grenelle de l’environnement, on en vient à se demander si certaines ONGs ne constituent pas tout simplement l’autre revers de la médaille : je t’aime, je te hais, frères ennemis unis dans le même fond de commerce.

La vocation de l’Association Kokopelli est de disparaître, mais non pas sous les coups de la mafia semencière, mais organiquement, de par l’autonomisation semencière des jardiniers. C’est l’autonomie que nous souhaitons promouvoir et elle sera d’ailleurs au coeur de notre prochaine campagne “ Lutins, Mutins, dans les Jardins. Création variétale et convivialité”.

Alors, décidément non, Monsieur le Président, nous n’irons pas ensemble vers le Nouvel Ordre Mondial. J’objecte . Et si vous tentez, dans un ultime sursaut de désespoir, de nous imposer par la force ce nouvel/ancien système d’asservissement des peuples, je serai de nouveau Objecteur de Conscience. Et de nouveau insoumis. Et mon intuition féminine me chuchote aux antennes que beaucoup s’insoumettront et que vous sentirez peut-être bien seul sur le chemin.

Ce n’est, en tout cas, pas le propos de cet avant-propos de présenter des stratégies pour lutter contre ce “nouvel” ancien avatar pseudo-planétaire, le “NOM”, cette appellation trinômique que les générations futures qualifieront certainement d’anomalie trisomique du capitalisme décadent. Les stratégies concrètes des Tribus du Futur, qui sont en train d’émerger, elles se les bâtiront elles-mêmes.

J’ai parfois le pressentiment que la Toile pourrait se désintégrer au gré de quelque tempête magnétique solaire ou au gré des caprices de quelque dictature de la morne et morte pensée et je rassemble donc assidûment des livres. Je suis un bibliophile invétéré et si je puis encore évoquer les miracles de l’écriture prophétique, (ou prétendue telle d’ailleurs, car certains se réfugient dans les noces de Cana et d’autres, plutôt deux fois qu’une, dans les noces de Cannabis, à chacun ses rituels !) je souhaiterais partager mon ravissement et mon enthousiasme conjoints (au sens de “feu sacré”) pour quelques écrivains préscients, en particulier dans le domaine de la science-fiction ou de l’écologie-fiction. Deux auteurs de ce genre de littérature m’ont profondément marqué. Ce fut tout d’abord Frank Herbert, très connu pour son épopée de Dune et un peu moins connu pour son Cycle du Programme Conscience. L’allégorie de la Planète Dune et des grands vers producteurs d’épice m’a beaucoup charmé et je m’en explique dans mon article Planète Terre, Planète Désert, en fin de cet ouvrage, eu égard à la désertification totale de notre belle planète et à l’éradication quasi totale des vers de terre, vecteurs par excellence de la fertilité. Eu égard à l’épice, les temps ne sont pas mûrs !

Un autre de mes auteurs préférés fut John Brunner et on ne peut qu’admirer la lucidité dont il fit preuve dans les quatre ouvrages, rédigés entre 1968 et 1975, qui constituent une grande fresque prospective de la vie du début du 21 ème siècle. Cette quadrilogie visionnaire se décline comme suit :

- Tous à Zanzibar (1968) porte sur la surpopulation et les désastres afférents des guerres et des famines et des législations eugéniques. Nous sommes en 2010 et les milliards d’humains sont entassés sur une petite île. Cette allégorie n’est pas sans évoquer les propos de Roger Heim quant à l’humanité de l’an 2000 qui s’entassera dans des fourmilières, foyers de psychoses, de dépressions, etc. Ce thème de la surpopulation est évidemment un thème très sensible : la surpopulation contre laquelle il faille lutter, c’est avant tout celle des peuples Occidentaux, grands destructeurs de la Biosphère. Nous avons pu prouver que nos méthodes d’agro-écologie peuvent nourrir jusqu’à 20/25 personnes par hectare et par an, en régime végétarien, et en climat tropical ou sub-tropical ; ce qui signifie que l’Inde, sur ses 150 millions d’hectares de terre arable, et avec de l’eau, pourrait nourrir au moins 3 milliards de personnes. Pierre Rabhi a toujours affirmé que l’Afrique est un continent sous-peuplé. L’allégorie de la petite île débordant de milliards d’individus nous semble plus intéressante au regard des surfaces de terre arable qui se rétrécissent au fil des années, une île de verdure au milieu des déserts, une oasis de fertilité qui s’évanouira, comme un mirage, vers 2050, lorsque le dernier gramme d’humus aura été érodé.

-  L’Orbite déchiquetée (1969), met en jeu la coalition du complexe militaro-industriel et de la Mafia. C’est la destruction de toute vie sociale et de la société dite civile. Ce qu’on pouvait (à peine) considérer comme de la prospective en 1969 ne l’est plus du tout. Big Brother est aux commandes. Les cartels de la chimie, du pétrole, de l’agrochimie, de la pharmacie et de l’agro-alimentaire ont pris tous les peuples en otages. C’est le Nouvel Ordre Pharmaco-Alimentaire que l’on nous prépare avec le Codex Alimentarius que les dictateurs du complexe militaro-industriel mijotent pour la fin 2009 ; c’est demain. Suivons à la trace les agissements de la clique qui nous impose le Codex Alimentarius, l’ennemi de tous les peuples.

- Le Troupeau aveugle (1972) est le chef d’oeuvre de l’écologie-fiction. C’était pour l’époque un ouvrage d’un pessimisme terrifiant, le plus dramatique de tout ce genre littéraire quant à ses descriptions poignantes de la pollution et de la destruction de l’environnement. 1972 est l’année de publication de “L’Angoisse de l’an 2000” de Roger Heim, et de la création de la revue “la Gueule Ouverte”, “le Journal qui annonce la fin du monde”. Le titre anglais The Sheep look up est emprunté au vers 125 du poème Lycidas de John Milton : « Les brebis affamées lèvent la tête (et ne sont point nourries) ». L’humanité se meurt soit de faim, soit de cancers provoqués par la pollution alimentaire et environnementale. John Brunner n’a pas vu venir, il est vrai, la pollution nucléaire généralisée et les délires des chimères génétiques : les cerises empoisonnées sur le gâteau toxique, excusons-le du peu. Le logo de cette fin de civilisation occidentale ne pourrait-il pas être : “Prière de respecter les pelouses en béton et de jeter proprement vos déchets dans la Biosphère”.

- Sur l’Onde de choc (1975) décrit un monde dans les frénésies de l’explosion des technologies de l’information, des réseaux câblés, et soumis à la dictature des médias. L’ouvrage de Brunner, de plus, met en jeu un informaticien de génie (un Robin des Toiles) qui redonne les réseaux aux peuples en ouvrant l’accès aux bases de données. Nous y sommes, en plein coeur : une douzaine de multinationales contrôlent actuellement tous les organes médiatiques et ces multinationales sont, nul besoin de le préciser, très intimes avec les Autorités en contrôle. L’ouvrage fut publié un an avant la création du premier ordinateur personnel d’Apple et plusieurs années avant le lancement de l’Internet et avant la création du concept de cyber-espace. A lire et à relire au moment où certains monopoles se sont mis en action pour subtiliser la Toile aux peuples, d’ici 2012, afin de préparer un Nouvel Ordre Mondial de la communication, encadré, filtré et épuré, à la botte des dictatures.

Si la lecture de ces ouvrages peut s’avérer déconcertante, pour ne pas dire déprimante, elle n’est pas, cependant, sans convier quelques lueurs d’espoirs dans son évocation des guérillas, des insoumissions, des dissidences, des insurrections, des grains de sable dans les rouages de la machine à broyer de la chair et de la psyché humaines . On serait tenté d’en inférer un axiome de stratégie à l’usage des générations et mouvements présents et à venir, dans leur lutte contre les tyrannies de l’Ancien Ordre Mondial, déguisé en Nouvel Ordre Mondial : ne jamais concentrer la totalité de ses forces sur le terrain de l’adversaire et garder l’initiative.

Car ne faut-il pas, par exemple, tirer les leçons de la lutte contre les chimères génétiques ? Pendant quinze années, ce fut le front principal sur lequel se sont concentrées la majeure partie des “énergies militantes”. Et, pendant ce temps-là, tranquillement, ouvertement, et sans états d’âme, les multinationales (celles-là même qui fabriquent les chimères génétiques et autres clones) ont tout encerclé et ont partout semé leur désolation : destruction de la diversité, artificialisation des nutriments et des thérapies, désertification des sols et cancérisation de l’humanité et de la biosphère par les pesticides. Sans que personne ne bronche, ou presque.
La verve et l’innovation linguistiques propres à cette quadrilogie de John Brunner nous inviteraient même à un second axiome : décrypter le langage de l’adversaire et contrer sa novlangue perverse (novlangue dans le sens exclusif d’un double langage) par une création linguistique permanente et festive. Dans la sphère de l’agriculture, qui nous concerne en premier lieu, Jean-Pierre Berlan n’a eu de cesse, depuis de nombreuses années, de dénoncer l’impasse vers laquelle nous mène notre acceptation aveugle d’un langage agricole perverti et qui est le fondement même d’un paradigme agricole biocidaire. Les multinationales de la vie, comme elles s’autoproclament, puent la mort et la destruction.

Le Nouvel Ordre Mondial n’est pas nouveau. Ce n’est que l’aboutissement terminal d’un système autoritaire, dominateur, patriarcal, mortifère, dément et inhumain ; c’est un système sclérosé non ouvert aux forces de régénération de la vie et, comme tel, voué à la mort par épuisement des forces, épuisement des ressources, épuisement des âmes. Nous assistons aux derniers soubresauts d’un système qui cherche un semblant de survie dans sa globalisation à l’échelle de la planète. La mondialisation constitue sa dernière “frontière” au-delà de laquelle il va imploser. La mondialisation sera son tombeau.

Atari. Le système patriarcal des dominateurs est en train de perdre la partie. Puis-je me permettre, en effet, de comparer le jeu de co-évolution en Gaïa avec le jeu de Go Tibétain-Chinois que l’on pourrait presque qualifier de Go-évolution. Car la finalité au Go n’est pas de gagner mais de jouer avec élégance, d’évoluer avec grâce sur le goban. La finalité n’est pas de gloutonner tout le territoire, mais de le partager avec l’Altérité. Toutes les pierres (noires et blanches) sont à égalité sur le goban et elles sont toutes en inter-relations.

Dans la Biosphère de Gaïa, tous les éléments sont à égalité, les bactéries, les champignons, les plantes, les animaux, les hommes. Et ils sont tous en inter-relation. Et si John Lash a raison de dire que : « le problème qui est spécifique à l’humanité est d’avoir produit une société globale qui fonctionne à l’encontre des meilleurs intérêts de notre propre espèce, pour ne pas mentionner ceux de la myriade des autres espèces au sein de l’environnement planétaire », cela veut dire qu’il nous faut de nouveau apprendre à partager le territoire avec ces myriades d’espèces. Sinon, comme l’écrivait Roger Heim : « quand la Nature aura passé, l’homme la suivra ». Et ce n’est pas d’une prise de conscience écologique dont l’humanité a besoin si elle veut échapper à ce cercle vicieux de perpétrateurs et de victimes, à cet abîme de démence et d’inhumanité. Sa survie est strictement dépendante d’un changement radical de paradigme. La “conscience écologique” n’est que l’ultime convulsion d’un paradigme occidental agonisant et qui fait agoniser la Biosphère. La “conscience écologique” n’existe pas chez les peuples premiers, du moins pas en tant qu’état dissocié de l’être.

Je suis intimement convaincu que la rage que j’éprouve dans le coeur, beaucoup d’autres êtres humains l’éprouvent également dans leur coeur. Et cette rage va s’amplifier, va se dynamiser, va s’exponentialiser à l’image du ferment dans la pâte, à l’image de la lave qui s’accumule avant l’apothéose de l’éruption finale. Nos coeurs sont tels des volcans qui ne demandent qu’à se libérer. Et à tous les mous-tièdes qui prétendent encore qu’une “troisième voie” serait possible entre la rage et la non-rage, je dirais qu’il n’existe pas de troisième voie entre la liberté et l’esclavage. Une semi-liberté, ou liberté sous surveillance, n’est qu’une forme d’esclavage.

Et qu’en est-il de la rage de Gaïa, de son courroux ? L’Etre Planétaire va-t-elle laisser une poignée de déments anéantir l’intégralité de sa Biosphère ? Le proche avenir seul nous le dira mais il est plus que clair que la civilisation patriarcale occidentale, des hauteurs arrogantes de ses quelques milliers d’années d’existence, (si tant est que l’on puisse qualifier d’existence ce marécage métaphysique dans lequel elle s’est enlisée), n’est qu’une vaguelette dans l’océan bouillonnant de vie de Gaïa, une vaguelette, poussée par une autre vaguelette, qui viendra s’échouer sur les rivages de la Vie. Que sont ces quelques milliers d’années au regard de la prédominance des dinosaures pendant quelque 160 millions d’années, au regard d’un million d’années, pour le moins, de vie de l’Anthropos sur la Planète ? Un petit peu d’écume.

Il reste que si Gaïa a fait émerger l’Anthropos de sa matrice, ce n’est sûrement pas sans une finalité, sans un “telos”. La rage au coeur, la Rage qui Vient, ne peut être dissociée de l’amour à l’âme. Car sans amour, la rage s’égare. Il nous faut rendre hommage à la Beauté, nous secouer de la torpeur dans laquelle une erreur fatale a plongé l’humanité depuis des milliers d’années, il nous faut recouvrer les yeux de l’amour pour l’Univers, pour l’Etre planétaire, pour l’intégralité de la Biosphère, pour l’Humain.

Ce n’est qu’ainsi que notre rage intérieure pourra, en toute fertilité, monter à l’assaut des citadelles des dictatures, des multinationales des sciences de la mort, des Codex Alimentarius, des clowneries politiques et autres cloneries chimériques, des arrogances et des impostures de ceux qui se prétendent être les médiateurs entre l’Altérité cosmique et l’Humanité.

Afin de recouvrer les voies de la co-évolution avec Gaïa.

Dominique Guillet. 8 février 2009


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