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Pirates du IIIe millénaire-Une mise en scène réussie : qui tire les ficelles ?

De Brigitte QUECK
lundi 19 janvier 2009 par anik

Depuis quelques mois, les médias attirent de plus en plus l’attention sur les pirates qui sévissent, surtout depuis 2008, au large des côtes somaliennes.

Selon la presse, les premiers pirates étaient là-bas des pêcheurs privés de plus en plus de leurs moyens d’existence par les usines de pêche de tous les pays du monde qui ­agissent illégalement. Comme il n’y a pas de surveillance côtière étatique, les pêcheurs ont, au nom de leurs communes et de leurs clans, choisi la défense armée. Ils ont abordé les navires de pêche et exigé des droits des navires marchands qui déversaient illégalement des déchets sur les côtes de Somalie, et même – on le sait maintenant – des déchets radioactifs.

Oui, les Etats-Unis et leurs alliés éthiopiens ont, pendant la guerre civile qu’ils ont ourdie en Somalie avec l’aide d’autres forces et qui a duré de 1991 à 1996, utilisé des tonnes de munitions à l’uranium sous forme d’« armes antichars » lors de la destruction de bâtiments et d’infrastructures du pays (comme d’ailleurs en Yougoslavie en 1995 et 1999, en Irak en 1991, 1993 et 2003 ainsi qu’en Afghanistan en 2001) bien que la Somalie ne possède pas de blindés !

Cette question a été abordée lors de la 9e session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le 18 septembre 2008.

Un des deux rapporteurs somaliens a ­évoqué le contexte géostratégique de la catastrophe somalienne.
Selon lui, la Somalie, qui a la plus longue côte maritime d’Afrique, intéresse les puissances occidentales qui aspirent à la suprématie globale. D’une part, on peut, depuis là, contrôler parfaitement la route du pétrole du canal de Suez à la mer Rouge et d’autre part, on construit un oléoduc qui permettra de transporter directement jusqu’à la mer puis de charger sur de gros tankers le pétrole découvert en Somalie. (On parle de 10 milliards de barils. Certains affirment que le Soudan et la Somalie sont les plus importants producteurs potentiels d’or noir.)

Mais il convient de mentionner deux aspects importants qui expliquent l’exacerbation des tensions en Somalie : les contextes écono­mique et politique.

Pour ceux qui connaissent le document stratégique, autrefois confidentiel, du Pentagone dans lequel il est écrit que les USA considèrent comme leur ennemi tout Etat qui cherche à les rattraper, voire à les dépasser économiquement, il est évident que le développement de la Chine est une épine dans leur pied.
Or la Chine, qui n’a pas de réserves pétrolières, a développé depuis longtemps des relations étroites avec le Soudan et la Somalie ainsi qu’avec d’autres Etats africains et leur achète le pétrole dont elle a besoin pour son économie.

Nous recommandons à certains gauchistes qui qualifient la Chine de pays capitaliste et mettent sur le même plan les intérêts des Etats-Unis, des puissances occidentales et de la Chine de lire l’ouvrage de Frank Sieren, « Der China-Schock, Wie Peking sich die Welt gefügig macht ». (L’auteur vit depuis 14 ans en Chine et est considéré comme un des meilleurs spécialistes de ce pays.) Il écrit : « A en croire les occidentaux hostiles à la Chine, il ne resterait aux Africains, après le retrait de la Chine, que le désert […]. Or la réalité est toute différente. Là où les Chinois se sont investis, l’économie est florissante et la situation de la population qui souffrait auparavant de la faim s’est de toute évidence améliorée. »

L’auteur décrit de façon détaillée la stratégie africaine de l’Empire du Milieu, depuis l’octroi de plusieurs milliards de crédits à faible taux à l’exploitation des matières premières en passant par des commandes de construction subordonnées aux crédits. Le partenariat « win-win » (à l’avantage des deux parties) aide les Africains à développer leurs infrastructures.

Le géant pétrolier étatique chinois CNOOC possède une licence d’exploration pétrolière en Somalie et a signé en 2006 un contrat de partage de production avec le gouvernement intérimaire somalien qui garantit à la Somalie 51% des recettes pétrolières.

Afin d’appuyer sa vision positive de la politique africaine de la Chine, Sieren donne la parole aux Africains eux-mêmes. Les Etats africains font confiance à la Chine, d’autant plus qu’ils ont fait d’amères expériences avec l’impérialisme américain.

Financial Times.com du 20/12/08 renvoie à ce sujet à un article de Barney Jopson (Nairobi) du 13/07/07 intitulé « Somalia oil deal for China » pour qui la Somalie est devenue une « zone interdite aux entreprises pétrolières américaines ».

Il est clair que la chasse aux pirates menée essentiellement par l’OTAN n’a pas seulement pour objectif de sécuriser les voies de transport des matières premières mais de s’opposer aux puissances montantes comme la Chine et la Russie (cette dernière développe depuis longtemps ses relations avec les pays africains), notamment par la force, et de couper la Chine surtout de ses importations de matières premières nécessaires à son économie. Cela explique la participation de la Chine et de la Russie aux interventions militaires contre les pirates !

Précisons que le Secrétaire général de l’ONU, qui a signé récemment un accord secret entre l’ONU et l’OTAN, s’est opposé à une intervention de Casques bleus demandée par le gouvernement intérimaire de Somalie.

Comme le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté un mandat d’intervention contre les pirates agissant au large des côtes soma­liennes qu’il veut également combattre sur le continent (la version définitive de la Résolution 1851 de l’ONU n’autorise pas, suite aux objections de l’Indonésie et d’autres Etats, l’utilisation à ces fins de l’espace aérien de la Somalie !), je pense qu’on n’a plus à se demander qui sont les pirates du IIIe millénaire.

Source : Seepiraten des 3. Jahrtausend - Eine gelungene Inszenierung

Sur l’auteure

Traduit par Horizons et débats

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