robin-woodard

il s’agit « de punir les Palestiniens du seul fait qu’ils continuent à exister ».

De Michael Warschawski
dimanche 18 janvier 2009 par anik

Dans un pays plongé dans la bêtise guerrière et tout entier tendu vers la politique des bombes, Michael Warschawski fait figure de salutaire exception. Militant anti-sioniste de toujours, l’homme n’a de cesse de dénoncer l’horreur des bombardements sur Gaza et d’exiger qu’Israël laisse une chance à la paix. Une voix précieuse, qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions. Entretien.

Depuis le début des bombardements, il se démène. Multiplie les articles, les interviews et les témoignages pour alerter, dire l’horreur et appeler à un sursaut. Pour montrer - aussi - qu’il existe encore des voix israéliennes pour dénoncer la politique des bombes et du massacre des civils. Il sauve l’honneur autant qu’il sauvegarde l’espoir, celui d’un avenir pas forcément cantonné au bruit du canon et au son des armes automatiques.

Cela fait quarante ans qu’il en est ainsi, que Michael Warschawski a choisi le camp des Justes. En 1967, alors qu’il suivait des études talmudiques à Jérusalem, ce jeune homme né à Strasbourg a rejoint le mouvement trotskiste antisioniste Matzpen, alors le seul groupuscule israélien à s’opposer à l’occupation de la Cisjordanie. Après avoir participé en 1982 à la fondation de Yesh Gvul, un mouvement d’officiers de réserve et de soldats contre la guerre au Liban, il a créé deux ans plus tard le Centre d’information alternative (AIC), qui rassemble plusieurs mouvements pacifistes israéliens et organisations palestiniennes. Son ambition ? « ’Informer les Palestiniens sur ce qui se passe en Israël et les Israéliens sur ce qui se passe dans les Territoires palestiniens », explique t-il. Un engagement qu’il payera au prix fort :

« En 1988, après avoir co-organisé les premières manifestations israélo-palestiniennes en commémoration des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban, Michael Warschawski est arrêté par le Shin Beth (services secrets israéliens). On accuse ce père de trois enfants d’avoir collaboré avec l’ennemi pour avoir publié une brochure qui expliquait aux Palestiniens comment résister à la torture et leur indiquait dans quels pièges ne pas tomber pendant leurs interrogatoires », résume François Xavier en un beau portrait.

"Durant les quatre ans du retentissant procès qui suivra, l’accusation ira jusqu’à le considérer comme un ’cerveau’ de l’Intifada. Sa condamnation - 30 mois de prison dont 10 avec sursis, réduits à un semestre ferme en appel - marquera son triomphe. Car entretemps le tabou de la question de l’auto-détermination palestinienne et de la reconnaissance de l’OLP aura été brisé avec la montée en puissance du mouvement Shalom Akshav (La paix maintenant)."

Si le mouvement pacifiste israélien n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même, effondré après l’échec de Camp David, Michael Warschawski n’a par contre rien perdu de sa combativité. Et l’auteur de Programmer le désastre, la politique israélienne à l’œuvre, livre paru aux éditions La Fabrique et dans lequel il se livre à un "démontage en règle des mystifications sur le Proche-Orient, fabriquées et / ou entretenues par les médias internationaux", clame depuis le début des bombardements sur Gaza son indignation et son horreur. Avec gentillesse, cette voix précieuse et juste a accepté de répondre à quelques questions pour Article11.

Vous êtes l’une des rares voix israéliennes à s’élever pour dénoncer la folie de cette guerre. Ces courageuses et salutaires prises de position vous exposent-elles à des rétorsions ?

Non. Les citoyens juifs d’Israël jouissent d’une liberté d’expression et de manifestation réelle, et ne subissent pas de répression policière pour leurs opinions, aussi radicales soient-elles. Cela n’a pas toujours été le cas, comme l’a montre l’affaire du Centre d’information alternative en 1987 et mon incarcération en 1990.
Par contre, en temps de crise, ces libertés publiques n’existent plus pour les citoyens arabes d’Israël : la répression policière contre les manifestations arabes, ces deux dernières semaines, a été particulièrement sévère, alors que les Juifs ont, en règle générale pu manifester librement.

Israël a la puissance militaire, mais semble par contre avoir perdu la guerre de l’image. C’est votre sentiment ?

Tout à fait. Avec les nouveaux moyens de communication, la censure ne peut plus empêcher de montrer les horreurs provoquées par Israël, et dès lors qu’on peut les voir, la propagande israélienne n’a plus d’effet, sauf auprès de ceux qui sont de toute façon biaisés en faveur d’Israël.

La désapprobation quasi mondiale qui ne cesse de monter autour des bombardements israéliens peut-elle avoir une quelconque influence sur la poursuite de ces derniers ?

Israël reste extrêmement dépendante de l’opinion publique internationale et de l’impact qu’elle a sur la communauté internationale. Les grandes manifestations de solidarité avec le peuple palestinien dans le monde entier ont fait bouger les politiques et, même si les amis d’Israël, en particulier Sarkozy-Kouchner, lui ont permis de gagner du temps, les Etats, l’Europe et les Nations-Unis font maintenant peser des pressions qui vont obliger Israël a signer un cessez-le-feu.

Justement : êtes-vous déçu par l’impuissance européenne et par celle de l’ONU ?

Il ne s’agit pas d’impuissance, mais de manque de volonté politique, voire, dans une large mesure pour certains Etats, de collusion avec Israël, comme pour l’Egypte et la France.

Que vous inspirent les positions des pseudo-intellectuels français, ces Bernard-Henri Levy ou André Gluscksmann qui se poussent du coude pour soutenir les frappes ?

Des personnages comme Glucksman et BHL ne m’ont jamais inspiré. Il s’agit d’un phénomène très français, celui des producteurs médiatisés. Je dis producteurs et non «  intellectuels », car s’ils produisent abondamment des mots, ils n’ont pas créé une seule idée nouvelle ou originale, copiant tout au plus et avec dix ans de retards les idéologues néo-conservateurs américains. De plus un intellectuel digne de ce nom - et il fut un temps où il y en avait de grands en France - est toujours un dissident et un combattant, pas un idéologue de l’ordre en place. Médiatises, car ce n’est pas dans le monde intellectuel ou universitaire qu’ils brillent mais dans les paillettes des talk-shows. Qui a entendu parler de BHL dans une université américaine ou asiatique ?

Ces chiens de garde de l’ordre n’ont jamais créé une seule idée intéressante et originale. Et face au carnage actuel, il ne font qu’aboyer avec les loups et chanter les partitions des fanfares militaires, avec moins de talents que les Oz et Yehoshua qui, chez nous, sont leurs modèles.

Lire la suite de l’entretien sur article XI


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