robin-woodard

Subsistance et marché

par Veronika Bennholdt-Thomsen et Maria Mies
mercredi 7 janvier 2009 par anik

Les marchandes de Juchitan
A Juchitan, une ville zatopèque de l’état mexicain d’Oaxaca, avec une population de 80.000 habitants, les femmes ont une forte position sociale. Les hommes sont paysans, pêcheurs, artisans et ouvriers agricoles. Les femmes sont des marchandes. Cette division sociale du travail fonctionne depuis des centaines d’années.

Les femmes sont responsables de la maison et des enfants, de la nourriture, elles vont au marché, et pratiquent certaines activités artisanales. Il n’y a pas de femmes au foyer mais pas non plus des entrepreneures féminines. Contrairement à ce qui se passe chez nous, où la femme au foyer est constituée par le fait que la division du travail diminue dans l’économie domestique alors qu’elle augmente dans la sphère industrielle, la division du travail à Juchitan est aussi très intensive dans l’économie du ménage. Au lieu de ménages dirigés par une seule femme, il y a des spécialisations dans beaucoup de produits différents, en particulier des plats préparés ou des conserves que les femmes amènent au marché pour les vendre. Le va et vient circule librement entre l’activité de subsistance du ménage et l’activité de marché des marchandes.
Les femmes ne s’engagent pas dans le commerce et l’artisanat pour accumuler des richesses ou pour faire travailler d’autres pour un salaire ; leur ambition est de garantir des moyens d’existence, et surtout de forcer le respect de la communauté et des autres femmes. Cela fait partie du principe de réciprocité de ne pas fixer les les prix mais de les faire varier avec le degré d’obligation sociale - selon qu’il faut répondre à une faveur ou si on en espère une dans le futur.
Les surplus sont consommés collectivement à de grands "festivals du mérite". On les appelle ainsi parce qu’on y sacrifient des choses matérielles afin de gagner quelque chose d’immatériel : du respect ou du prestige. Ces festivals du mérite, qui sont une partie essentielle du réseau de réciprocité, maintiennent aussi en vie l’économie locale. Les dépenses en vêtements, en nourriture et en boissons, en bijoux, en musique et en cadeaux atteignent des niveaux à peine croyables. Les mécanismes sociaux d’une économie de prestige et de réciprocité donnent ici au marché un caractère spécial. Néanmoins, il serait faux de parler ici à Juchitan d’une économie de marché séparée. La même monnaie circule ici que dans le reste du Mexique. La ville est située à califourchon sur une route importante qui relie l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud ; étant à la fois sur l’autoroute panaméricaine et la ligne de chemin de fer qui relie l’Atlantique à un port voisin sur le Pacifique. L’endroit est intégré, disons sans coutures, dans le marché national et international. Et pourtant son marché et son commerce sont orientés vers la subsistance. En d’autres mots, à la fin du 20e siècle l’économie de marché est moulée autrement.
La société de Juchitan est organisée de manière matrifocale. La mère est au centre du prestige social, l’unité mère-enfant est la constellation familiale de base. Socialement et émotionnellement, la mère est le principal point de référence pour les enfants. Le père peut prendre en charge certaines obligations mais une femme n’est pas moins respectée , si elle n’a pas de mari. Elle s’occupe des finances, comme elle le fait ailleurs, mais cette tâche n’est pas sous-estimée comme si elle ajoutait simplement un montant au gagne-pain ramené à la maison par l’homme. Quoi qu’il en soit, l’économie des femmes ou des marchandes - toutes les femmes à Juchitan sont des marchandes - demeure une économie orientée vers la subsistance. La production de subsistance est considérée comme un vrai travail social, la séparation entre les sphères de production privée et publique ne s’applique pas. La femme s’occupe de ses tâches quotidiennes, de l’éducation des enfants et d’un surplus qui lui procurera un prestige social pour elle-même (et pas pour son mari comme dans beaucoup de culture).La femme n’est pas un objet mais un sujet d’événements.

Le commerce à Juchitan est encore aujourd’hui centré sur la nourriture. Comme celle-ci est produite, négociée et consommée au niveau local, elle crée une circulation régionale indépendante qui rend Juchitan plus prospère que d’autres villes mexicaine de taille comparable. Etre capable de procurer de la nourriture par une organisation prudente est un élément important pour l’estime de soi des femmes et le respect qu’on leur témoigne. Contrairement à l’Allemagne où on n’accorde que peu de valeur à ce genre d’activité et où on attend des femmes qu’elles soient minces, la corpulence fait partie de l’idéal de beauté féminine. La principale force agissante derrière le modèle indépendant du marché est un sens de la communauté qui dérive de la ligne de descendance maternelle. Les gens sont fiers de leur origine, comme ils le sont de leur propre mère, de leur langue maternelle, de leur capacité de parler zapotèque, de leur musique, leur peinture et leur nourriture. Cette orientation culturelle différente est capable de poser ses jalons même sur l’économie de marché des temps modernes.
Les gros employeurs ou les monopoles n’ont pas réussi à s’implanter à Juchitan, ni, par exemple, aucun véritable supermarché. Pendant de longues années, le gouvernement central a consciemment visé la région, dans le but de créer là une zone d’économie libre comme à Taïwan ou Singapour ou les maquiladoras, des fabriques qui travaillent pour le marché mondial, comme celles installées sur la frontière nord du Mexique avec les USA. Mais ce processus n’a pas réussi à se matérialiser. En dépit d’un battage idéologique constant venant des écoles et des médias, la population n’a pas marché pour réaliser les modèles de consommation du grand frère du Nord.

Les gens de Juchitan n’ont pas intériorisé les normes et les règles de l’économie de marché moderne ; ils ont une morale différente. Sears, une firme de détail nord-américaine avec de nombreuses branches au Mexique qui vend principalement des vêtements et des biens de consommation a eu autrefois un magasin à Juchitan. Mais à la fin des années 70, quand une fois de plus les habitants de Juchitan étaient indignés par les décisions prises par l’administration centrale politique, ils envahirent le magasin et le dévalisèrent ; Quand l’incident se répéta plus tard, Sears pensa qu’il valait mieux se retirer et fermèrent la succursale. Depuis lors, personne n’a pris ce risque : le commerce reste aux mains des femmes locales.

Le marché et la subsistance ne sont pas contradictoires

Des relations d’échange ont toujours existé ; nous ne pouvons pas imaginer une société dans l’histoire humaine sans elles. Cet argument peut sembler banal, mais il doit être apporté. Parce que c’est une particularité de l’idéologie moderne de concevoir les conditions existantes comme celles d’êtres humains tout court (en français dans le texte) , et de caractériser comme primitives tout ce qui ne se retrouve pas sous une forme identique ou similaire. Bref, on pense que l’autarcie domestique prédomine quand les relations de marché ne sont pas générales.

En réalité, cependant, il y a eu et il y a toujours un nombre infini de sortes de relations d’échange différentes, à la fois entièrement en dehors du marché et en conjonction avec l’ économie de marché moderne. Certaines de ces formes sont : l’échange de cadeaux, l’échange rituel, l’échange à l’intérieur de groupes de parenté, l’échange entre des groupes ethniques, sur la base de conditions géographiques et climatiques différentes (Andes, Sahel, Alpes), l’échange forcé (dans les colonies espagnoles américaines, au 16e et 17e siècle), et enfin les échanges pratiqués par des peuples commerçants comme les anciens Phéniciens, qui créèrent des colonies dans ce but ou les Sinti et les Romanis (???) dans certaines parties d’Europe aujourd’hui. Il y a le commerce en nature et le commerce avec différentes formes de monnaie (les conches de Polynésie, les cauries dans de nombreuses parties de l’Afrique, les grains de cacao, les plumes de quetzal et l’obsidienne au Mexique avant la conquête).Il y a des mécanismes divers de formation de prix et les opinions diffèrent quand aux conditions et à la période où il convient de parler de système de marché (Polanyi 1957). Jusqu’ici, il y a eu peu d’analyses des relations d’échange dans les sociétés modernes qui quoique produisant des marchandises, échappent aux calculs coûts-bénéfices ou au schéma M - C- M’ du passage du capital par l’intermédiaire des marchandises, d’une somme d’argent à une plus grande somme d’argent.

La généralisation de la production de marchandises ; au point que le marché et le commerce déterminent la forme de la société moderne, a eu pour résultat que non seulement les sociétés dites traditionnelles imaginées comme des sociétés de subsistance sans aucun marché mais aussi les relations de marché qui y sont effectivement présentes sont considérées comme des reliques anachroniques de formes préindustrielles de commerce qui pour cette raison peuvent ne pas être considérées [1].
A la suite de Darwin, l’idée est apparue au 19e siècle que des peuples qui n’avaient pas notre constitution "civilisée" de société devaient être considérés comme des "ancêtres primitifs contemporains". Cette théorie a connu son apogée avec l’déologie du développement de la période qui a suivi la Seconde guerre mondiale, quand les "contemporains primitifs" sont devenus des "peuples sous-développés". C’est dans ce contexte qu’est né le concept de la société de subsistance opposée à la société de marché. Comme s’il n’y avait jamais eu un phénomène comme la colonisation, ou à l’intérieur de pays individuels un rapport colonial entre la ville et la campagne, des sociologues influents aux USA et ailleurs avancèrent un modèle dual pour les pays "sous-développés", avec une "société de subsistance traditionnelle" à la campagne et une "société de marché moderne" dans les villes. Il s’agissait évidemment de sortir la "société de subsistance" de son sous-développement pour atteindre le niveau plus élevé de la société de marché [2]. De notre côté, nous avons toujours fait ressortir que les deux allaient de pair, qu’elles font partie toutes les deux du capitalisme, et que le capitalisme est différent de ce que ces sociologues prétendent qu’il est.
Parce qu’il n’y a jamais eu de sociétés sans relations d’échanges ; ce qu’il y a eu sont des relations d’échange qui suivaient une morale différente de celle qui est dominante dans la société de maximalisation. Aujourd’hui aussi, marché et échanges ne sont pas nécessairement orientés vers une compétition féroce, comme nous l’avons montré dans notre recherche à Juchitan et ailleurs (Bennholdt-Thomsen 1994 ; Holzer 1995). En outre, nous sommes convaincues que lorsqu’on reverra le concept de marché défini par le profit, une quantité de relations d’échanges orientées vers la subsistance deviendront visibles aussi en Europe, et qu’on reconnaîtra la valeur de leur contribution à l’économie.

Le marché n’est pas simplement le marché .

L’aveuglement qui prévaut pour toute autre relation que celles centrées sur la maximalisation du marché dérive d’un sentiment de fatalisme très répandu. On considère qu’il n’y a aucun doute non seulement qu’il n’existe que cette unique forme de marché mais aussi que c’est la seule forme possible - que le marché est nécessairement ainsi et ne peut pas être autrement. Les gens se sentent impuissants face à ces prétendues lois inhérentes et c’est pourquoi ils se soumettent à la politique tellement vantée d’attraction d’investissements et même à l’érosion du welfare state. Ils pensent que l’"Allemagne" ou la "Grande Bretagne" (ou n’importe quel autre pays) doit rester compétitif, que c’est une loi du marché qui s’est fatalement développée dans la direction qu’il a pris. Nous ne pouvons rien faire contre les vagues de globalisation du marché qui, nous dit-on s’abattent sur nous. Que les accords du GATT et le rôle de l’OMC soient des créations politiques, qu’ils soient les derniers avatars dans une longue ligne de "politiques de développement" , est largement inconnu ou ignoré.
L’idée qu’il ne peut y avoir que ce type de marché va de pair avec la croyance légitimante que le marché n’a rien à voir avec la morale. En effet, d’autres relations sont regardées avec suspicion ou leur existence totalement niées sur la base que le comportement du marché ne peut être qu’amoral.

Le mythe des lois inhérentes au marché

Polanyi a étudié le processus par lequel l’hypothèse que l’économie moderne de marché fonctionnait selon des lois inévitables s’est imposé dans l’histoire des idées. Cherchant à découvrir comment la catastrophe de la seconde guerre mondiale était arrivée, il a vu dans la croyance aux lois inhérentes à l’économie. un des facteurs cruciaux. Son livre "The Great Transformation" décrit comment cette idéologie a pris racine, de sorte qu’au cours du 19e siècle, l’économie devint indépendante de la société [3]. C’est ce que Polanyi considérait comme la grande "transformation" historique mondiale dans la pensée et le comportement économiques. Parce que ce qui se passa alors ne s’était jamais produit auparavant : l’économie se mit à déterminer la société, et non l’inverse (Polanyi 1944).
Bien qu’il critiqua la pensée dominante à l’Ouest, Polanyi estimait que la séparation entre économie et société ou économie et culture, et la primauté de l’économie dans la société , caractérisaient fidèlement la société moderne de marché. Nous, de notre côté nous voulons plaider pour un point de vue féministe différent.Toujours très près de l’esprit de Polanyi, nous pensons plus productif d’appliquer son concept d’économie "enchâssée" dans la société non seulement aux relations prémodernes mais aussi au monde moderne [4] .. Aujourd’hui, comme dans les sociétés passées, la culture et l’économie ne sont pas séparées l’une de l’autre, parce que l’économie moderne a aussi sa culture correspondante, et vice et versa. Ainsi, l’idéologie de lois inhérentes au marché est une de ses croyances culturelles caractéristiques. L’analyse critique de Polanyi du phénomène nous a légué les mots-clés pour une recherche plus extensive. Il avait vu que la nature était dépouillée de son caractère naturel et devenait un facteur dans les calcul de production, tandis qu’on attribue au marché un caractère naturel comme si ses mécanismes allaient au-delà de l’influence humaine (Polanyi 1944).
Cette analyse révèle la véritable force agissante, dans l’histoire des idées comme en science et dans la conscience populaire, derrière l’hypothèse de lois intrinsèques à l’économie de marché ; notamment la constitution de la domination patriarcale moderne. Dans ce processus, la compréhension du marché et de la subsistance subit une transformation fondamentale, de sorte qu’on croit maintenant que c’est le marché qui est la vie, la subsistance. Selon cette vision, la subsistance disparaît pour toujours de l’économie , de ce qui est nécessaire pour vivre. Il n’y a qu’une sorte d’économie : l’économie de marché . Et la primauté de l’économie confirme la primauté masculine et une vision guerrière et amorale de l’économie.

Sa foi dans la nécessité du progrès et sa faisabilité technologique a empêché Polanyi, malgré sa lucidité, de saisir l’unicité de l’économie et de la culture dans notre société a (5). Son seul souhait était qu’on puisse avoir un progrès plus tolérable socialement. Mais il échoua à voir le fait social intolérable que l’économie de marché de progrès technologique ruinait l’orientation de subsistance de l’économie qui est essentielle à la vie.

La question se pose aussi de savoir jusqu’où la technologie moderne peut même se concevoir sans injustice sociale dans les centres industriels et entre eux et les colonies. Un développement technologique sans exploitation capitaliste et impérialiste, et en particulier sans la technologie militaire qui est sa force agissante, ne génèrerait sûrement pas du progrès dans le sens conventionnel du terme. Le progrès, y compris le progrès technologique, aurait alors un autre aspect et serait orienté vers la conservation et la survie.

La dé-économisation de la subsistance

Les supposées lois inhérentes au marché sont associées à la vision guerrière de l’économie et au rapport moderne entre les sexes. "La grande transformation" de Polanyi consistait en réalité à l’établissement de cette liaison dans la structure culturelle et économique. On attribue à l’économie ses propres lois intrinsèques fondées matériellement, qui sont censées rendre inévitables la cruauté et l’attitude impitoyable. Ce domaine est réservé aux hommes parce que leur biologie les arme contre des rencontres agressives, de sorte que dans un souffle, on exclut les femmes de l’économie et on y légitime les comportements barbares. Ce processus - qui, à partir du 16e siècle se propagea lentement des strates supérieurs des sociétés aristocratiques et bourgeoises vers les classes inférieures - nous l’appelons "la dé-économisation du travail féminin".

On l’a inscrit dans la structure économique par l’intermédiaire de la division sexuelle moderne du travail - c’est-à-d. par la conversion des femmes en ménagères. En termes socio-psychologiques, cependant, la dé-économisation du travail féminin est une partie nécessaire de la culture moderne. Les bons et beaux côté de l’économie, la sollicitude et les soins, n’ont pas été simplement effacés ; ils ont été délégués aux femmes et ainsi, restèrent présents. Même dans une période moderne, il ne semble pas possible de déclarer inhumaine et guerrière, l’entièreté d’une constitution sociale. Mais le prix, bien sûr, est un concept extrêmement limité de l’économie.

A Juchitan, par contre, les activités des femmes n’ont pas été transcrites culturellement de l’économie. La production de subsistance demeure une activité socialement nécessaire, qui est accomplie via le marché .
La dé-économisation du travail féminin et la dé-économisation de la subsistance procèdent du même processus. L’ancienne unité de l’économie se brise maintenant en une partie publique et une partie privée, avec pour résultat que pour la première fois, la production de subsistance est séparée de la production de marchandises pour le marché . La subsistance non orientée vers le profit, devient donc dé-économisée et attribuée aux femmes dans la sphère privée - ou sinon, dans le cas des paysans, est définie comme non pertinente économiquement tant que son but est "seulement" la reproduction de la ferme et non pas une augmentation de profits. Au cours de ce processus, la liaison entre la subsistance et le marché disparaît aussi. A partir de maintenant, en vertu d’une définition capitaliste patriarcale, le marché existe exclusivement pour la réalisation de profits. Dans la mesure où ce n’est pas le mobile, ce n’est pas une opération d’économie de marché qui est impliquée. Evidemment, cette "définition" ne s’est pas mise en place toute seule ; elle a dû être imposée par la force. De la même façon que le renvoi des femmes dans la sphère privée a commencé avec la persécution violente des sorcières et a continué sous de nouvelles formes jusqu’à nos jours, ainsi la destruction des marchés de subsistance est un processus qui a pris place sous des formes changeant constamment. Elles vont de l’action de l’état afin de supprimer les marchés de paysannes, jusqu’à la fermeture du petit commerce du coin dans le voisinage (appelé en Allemagne "le magasin de tante Emma, Tante-Emma Laden) - de nouveau à la suite d’une action de l’état, mais cette fois sous la forme de sa politique économique.

Restaurer la liaison entre la subsistance et le marché

Les "marchés de subsistance " et le "commerce de subsistance "sont pour nous des processus d’échange dans lesquels la liaison entre subsistance et marché subsiste ; c-à-d. dans lesquels des approvisionnements utiles et nécessaires - principalement de la nourriture mais aussi des vêtements, de l’équipement ménager, du matériel de construction, des meubles etc. sont négociés comme valeurs d’usage.

Pour que le marché et la subsistance soient liés plutôt que séparés, il est aussi nécessaire que le processus de marché lui-même ne soit pas l’objet d’une recherche de profits, surtout pas du type monopolistique, comme c’est le cas dans le supermarché globalisé. Le commerce de subsistance comme à Juchitan, est lui-même un métier qui requière de ses participants d’apprendre comment manier le réseau d’échange des relations sociales. C’est un art subtile qui crée aussi des obligations, de sorte qu’on ne peut pas le remplacer par du travail salarié. La logique du commerce de subsistance n’est précisément pas une logique de maximalisation de profits sans tenir compte de relations à long terme entre les producteurs, les commerçants et les consommateurs. Les relations de subsistance sont tout aussi importantes que les fournitures elles-mêmes - et de toutes façons plus importantes que l’argent - pour la survie des participants.

De plus, le commerce de subsistance est étroitement lié à la compétence du métier impliquée dans la production des choses à vendre. Ou bien les commerçants sont aussi les producteurs ou le lien entre la production et la vente est si étroit que la responsabilité pour la compétence et la salubrité du produit n’est jamais perdue. Sa valeur d’usage n’est pas une sujet d’indifférence pour le vendeur, et ainsi sa satisfaction demeure un facteur significatif.

La manière dont la subsistance et le marché sont liés varie avec la région et son histoire. Notre objectif n’est pas de donner une définition tranchée - qui n’est généralement pas possible de toutes façons - mais de clarifier la tendance générale du commerce de subsistance orientée vers le marché , et de plaider qu’il est important, spécialement pour les femmes, que le lien entre subsistance et marché soit restauré.

Contrairement à ce que pensait Polanyi, ce n’est pas l’indépendance de l’économie par rapport à la société moderne qui est l’obstacle à une coexistence pacifique entre nations ou entre les êtres humains et la nature, et - ce qui nous intéresse le plus ici - à un lien ou la reconstitution d’un lien entre la subsistance et le marché .Le vrai problème, au contraire, est que la croissance économique est incrustée dans chaque fibre de notre société. Le caractère compétitif, belligérant et obsédé par le profit de notre économie, ses besoins de cruauté et d’intransigeance, ont été internalisés par la plupart des gens dans le Nord et les classes les plus aisées du Sud, gagnant leur adhésion active dans leur pratique économique quotidienne les uns avec les autres. L’affirmation que le marché fonctionne selon des lois inhérentes abstraites aide les politiciens, les directeurs commerciaux et les banquiers - et pas eux seulement - à protester de leur complète innocence ; cela permet à des individus de se laver les mains de la responsabilité de leurs activités économiques quotidiennes. Les hommes et les femmes déclarent n’avoir aucun pouvoir par rapport au marché, légitimant ainsi leur propre consumérisme et leur propre comportement écologique et marchand. On maintient ainsi l’anonymat de l’acte d’achat - qui a nos yeux, est un des grands obstacles sur le chemin de nouveaux marchés de subsistance et un comportement écologique responsable.
La sphère du marché elle-même n’est pas perçue comme un lieu de comportement responsable. Il ne vient plus à l’esprit à personne dans notre partie du monde que les commerçants et les consommateurs puissent avoir certaines obligations les uns vis-àvis des autres. Mais les marchés de subsistance ne s’établissent pas d’eux-mêmes, ils doivent être mis en place, comme le marché global a dû être mis en place. Les commerçants de même que les artisans et les paysans quand ils fonctionnent comme commerçants, y jouent un rôle important - et pas le moins en préservant ou en détruisant le boulot qu’ils ont choisi pour eux-mêmes.

Si la place du marché comme scène d’actions a été un sujet tabou, s’il y a eu si peu de discussions à ce sujet comme un processus élaboré par des êtres humains, on peut, dans une large mesure l’attribuer à la théorie marxiste. Sa foi évolutionniste dans la technologie, son amour du prolétariat, et son dédain concommitant pour la paysannerie, son échec général à reconnaître comme économique l’activité de subsistance : tout cela a conduit au rejet des relations d’échange comme appartenant simplement à la "sphère de circulation". Dans le chapitre 3 sur l’économie économie paysanne, nous avons vu dans la discussion sur l’Amérique latine, que la théorie marxiste considère que l’exploitation dans l’économie de marché moderne se situe uniquement dans le rapport entre capital et travail salarié. Ainsi au Mexique, et pas seulement là, le discours a été constamment celui d’une semi-prolétarisation de la paysannerie et le voeux de sa complète prolétarisation. Tous ceux qui attirent l’attention sur l’appauvrissement de la paysannerie par le marché sont traités de "circulationnistes", puisque tout ce qui peut arrivé dans le marché est la réalisation du profit que le capitalisme pompe du travail salarié. De plus, pour les socialistes, le marché semble fonctionner par lui-même : il n’y a pas de commerçants de marché, pas d’acteurs du marché -excepté pour des profiteurs précapitalistes - qui pourraient jouer un rôle en façonnant le processus d’échange. D’après nous, cependant, le marché est une activité économique qui détermine le cours de l’économie tout entière, du moins autant que la production et la consommation.

Les femmes, le marché et la sauvegarde de la subsistance

Partout au monde, la prédominance des femmes sur la place du marché semble étroitement connectée au commerce de la nourriture. Ester Boserup, dans une étude transcontinentale sur le développement du travail féminin, soutient que cette connexion apparaît là où les femmes travaillent principalement dans l’agriculture ou y ont travaillé. Ce qu’elles vendent est pour ainsi dire leur propre production ou celle de leurs compagnes (Boserup 1970). Aussi plausible que cela puisse paraître, et exacte sans aucun doute en ce qui concerne l’Afrique et même l’Allemagne jusqu’à encore récemment, ce n’est pas le cas à Juchitan. Là, l’agriculture est un travail d’hommes et il semble qu’il en a toujours été ainsi, aussi loin qu’on recule dans l’histoire. C’est pourquoi, en se basant sur Juchitan, il apparaît clairement que l’échange en lui-même est un acte social important, et que le commerce n’est en aucune façon nécessairement incompatible avec une orientation de subsistance . Dans ce cas-ci, l’orientation de subsistance ne dérive pas directement de la production agricole mais de la manière dont les femmes conçoivent et définissent le commerce.

La côte de l’ouest de l’Afrique est célèbre pour son grand nombre de commerçantes fortes et indépendantes, et le sujet des femmes et le marché est apparu largement dans les études de la région. L’intérêt principal de la recherche, cependant - surtout de la part de chercheures féminines - a été de montrer qu’ici aussi les femmes sont pauvres et réprimées. On note à regret, par exemple, que depuis qu’elles ne font plus que du commerce d’aliments de base, elles n’ont pratiquement plus une perspective de prospérité ou d’une extension majeure de leur commerce (Frey-Nakonz 1984 ; Cutrufelli 1985 : 101 -citant d’autres auteurs, Ligan, Meillassoux et Bohannan/Curtin).

Cette évaluation reflète le point de vue de l’économie de croissance patriarcale, pour qui le commerce d’aliments est une forme inférieure, insubstancielle. Ainsi, au milieu de cette litanie négative il est difficile de trouver des avis positifs qui apprécient le fait étonnant que des femmes mènent ici la plus grande partie (au Ghana 80%) du commerce (Boserup 1970). Comment les femmes s’arrangent-elles pour dominer le commerce de l’alimentation dans des conditions si défavorables ? Vu le problème que de la nourriture adéquate pose en Afrique, l’importance accordée à la nourriture semblerait être une considération plus pertinente. Comme à Juchitan par rapport à des régions voisines, la mortalité infantile est significativement plus basse en Afrique de l’ouest que dans les autres parties du continent. (Ware 1983). Althabe reconnaît la relation et montre que c’est grâce aux marchandes que les masses urbaines sont capables de se nourrir. Il est vrai qu’un grand nombre de femmes est impliqué, qu’en général elles ne traitent que de petites quantités, et que les prix sont élevés, mais l’approvisionnement des villes est néanmoins assuré et qu’on obtient un certain effet de redistribution. Mais il requalifie immédiatement son estimation positive de l’économie de subsistance : "C’est une voie pour partager la pauvreté (croissante)". (Althabe 1972).

Si nous continuons notre recherche pour expliquer comment les femmes dans certaines parties du monde s’arrangent pour dominer le commerce, même si les conditions environnantes sont très différentes, la raison de base semble devoir être, comme à Juchitan, une identification avec la figure de la mère. Dans la population de l’est et du centre de Java, et parmi les Minangkabau des collines de l’ouest de Sumatra qui apparaissent dans la littérature ethnographique comme un paradigme du matriarcat contemporain, les femmes ont une position commerciale forte qui correspond à leur forte position sociale(Tanner 1974). Les marchandes de l’ouest africain proviennent aussi de sociétés centrées sur la mère, qu’elles soient matrilinéaires (comme chez les Yoruba) ou patrilinéaires (comme parmi les Igbo) (Amadiume 1987 ; Tanner 1974). Et dans les Caraïbes -par exemple à la Jamaïque ou au Trinidad et Tobago - les femmes gardent dans leurs mains le commerce de détail de la nourriture. La dite famille "caraïbe" (centrée sur la mère) est ici la règle : le père a tendance à être absent, et une mère a souvent plusieurs pères pour ses enfants. On a interprété cela à la fois comme un abandon de la mère et comme une source de la force des femmes, puisqu’elles ont une base de subsistance indépendante dans ce qui a été appelé "la parcelle de terre de la mère"(Gonzalez 1970 ; Smith et al.1987). Quelle que soit la raison pour laquelle les femmes gardent le contrôle du marché, une sorte de syndrome prend forme dans lequel ce contrôle féminin du marché est associé à la solide position sociale des femmes et l’orientation de subsistance .

C’est aussi applicable à l’Allemagne. Quand la production paysanne était encore orientée vers la subsistance et qu’on vendait uniquement le surplus sur le marché, la position sociale des paysannes était fondamentalement meilleure que plus tard. Le fait de les sortir du marché a joué un rôle essentiel dans leur conversion en femme au foyer, une politique délibérée achevée sous les Nazis. L’étape préparatoire à l’économie de guerre fut le prétexte invoqué. Mais alors que les restrictions du temps de guerre avaient été levées à la fin de la Première Guerre mondiale, celles imposées avant et pendant la Seconde guerre mondiale ont été maintenues jusqu’à aujourd’hui. On retira, dès 1933, aux fermes petites et moyennes , la préparation et la commercialisation, (y compris du domaine féminin des fromages et des conserves) soi-disant pour les rendre plus effectives et pour renforcer le contrôle sur la production de nourriture. On savait que les paysannes ne l’accepteraient pas sans lutter et l’interdit fut ainsi présenté comme une mesure d’hygiène afin d’opposer les consommateurs aux producteurs. De cette manière, les femmes furent écartées du marché qui leur avait procuré un revenu monétaire indépendant (Kolbeck 1985).

Ce dernier exemple suggère que même au 20e siècle, les femmes ont une chance de contrôler le commerce quand il est question de moyens de subsistance, quand les choses qui sont vendues sont utiles et nécessaires à la vie. Nous interprétons ceci comme un lien entre le niveau matériel concret et l’ordre symbolique, qui ici se rejoignent à un point particulièrement sensible. Dans la situation en question, l’espace public est principalement occupé par des femmes - ce qui est interdit dans les sociétés patriarcales, parce que la féminité et la fertilité naturelles doivent être repoussées dans le domaine de l’invisible. Seule la production masculine, artificielle est supposée fertile - c’est-à-dire constituer de l’économie. Si on permettait aux femmes d’occuper la place du marché, avec en plus des choses à manger, leur position de nourricières serait soulignée emphatiquement.

A Juchitan, le marché est tellement "féminin" qu’on considère un homme qui fait du commerce comme un homme-femme, comme un homosexuel. Même les hommes étrangers qui ne connaissent pas les règles - des visiteurs européens par exemple, se sentent souvent nerveux quand ils entrent dans ce champ de force féminin.

Grâce à la position publique de marchandes comme pourvoyeuses, le dénigrement du sexe féminin lui-même ne "peut pas" se manifester à Juchitan - ou de toutes façons se manifeste moins comme c’est le cas aussi pour les femmes du marché dans la société bourgeoise. Même sous des conditions patriarcales, les femmes sont capables de défier une partie de l’ordre symbolique du patriarcat. En d’autres mots, l’orientation de subsistance rend les femmes fortes aussi à l’époque moderne. Elle les affaiblit seulement si elles collaborent à leur propre invisibilité, en refusant leur pouvoir autonome et en se rabaissant elles-mêmes au contrôle de la subsistance et au rôle de mères.

La résistance des femmes du marché

Souvenons-nous d’abord que ce sont des femmes qui ont envahi la Bastille et dirigé les émeutes pour le pain durant la révolution française. Pas seulement en France, mais ailleurs en Europe et dans le monde, les femme du marché sont particulièrement indépendantes. Leur langue acérée et leur intrépidité face au pouvoir et à l’autorité sont bien connues.

Les Nigériennes du marché, utilisant des moyens de pouvoir spécifiquement féminins, ont inauguré une résistance consciente contre la politique de globalisation. Contrairement à tant d’entre-nous dans notre partie du monde, elles ne se sont pas senties impuissantes face à l’économie globale et aux mécanismes du marché. Ces femmes savaient et sentaient qu’il ne peut y avoir de marché global, ou tout autre marché, qui prenne soin globalement de la subsistance si ce n’est une place de marché local et un commerce de marché local - comme on ne peut jamais avoir une terre commune globale mais uniquement une terre locale attachée à une communauté authentique qui la rend commune. Une autre raison fournie par les auteurs pour expliquer le succès des femmes contre l’entreprise pétrolière US est leur refus d’envoyer des représentantes pour rencontrer et négocier avec des représentants du gouvernement. Non, elles sont restées à plusieurs milliers ensemble, toute nues et couvrirent de honte les ingénieurs du pétrole et la police de la manière la plus directe possible. Avec raison, Turner et Oshare les appellent des "féministes indigènes".

L’image de la "main invisible" de mécanismes de marché abstraits a rendu le marché vraiment invisible pour nous comme lieu d’action. Ce n’est pas la moindre raison pour laquelle si peu ont réalisé que la globalisation ruine des marché concrets, et que les marché en question étaient surtout des marchés de femmes. Ainsi, la destruction du commerce de détail par une globalisation poussée vers les supermarchés fait disparaître des emplois, en particulier ceux des marchandes. Ce n’est pas par hasard que les Allemands parlent génériquement dans ce contexte de "magasins de Tante Emma", parce que les marchandes étaient dans le temps si bien connues dans leur localité que les gens l’appelaient "tantine". Les enfants pouvaient aller chez elle et acheter pour quelques centimes de friandises. Elle connaissait les dernières nouvelles sur tout le monde et sur tout, étant comme un journal et en même temps, elle recueillait les confidences. Elle apportait dans son travail des compétences sociales typiquement féminines et maternelles.
Si nous pensons au marché et au commerce comme des formes de rencontres humaines, qui d’autre que les femmes ont la compétence nécessaire dans n’importe quelle division sexuelle sensée du travail ?
Le marché, bien sûr, est spécialement glorifié pour rendre la poursuite de l’argent indépendante du but de la subsistance. Mais le fait qu’à Juchitan ce sont les femmes et non les hommes qui ont le contrôle du marché signifie que cette sorte d’indépendance ne s’est pas produite. Nous disons donc : les marchés de subsistance aux mains des femmes !

Une conclusion : acheter est politique

Les relations d’échange et de marché qui sont liées étroitement avec les besoins de subsistance sont capables, même dans une économie de marché, d’échapper aux mécanismes de maximalisation économique. Pour nous, la phrase "liées étroitement avec les besoins de subsistance " se réfère à des nécessités quotidiennes utiles, en particulier la nourriture. Cela signifie aussi que les gens impliqués dans ces processus de marché sont unis entre-eux dans un réseau social, de sorte que la réciprocité pour eux, est non seulement possible mais nécessaire.
En Allemagne, comme en Europe en général, ces conditions sont présentes dans les associations qui lient producteurs et consommateurs. Elles ont émergées de mouvements sociaux qui voulaient mettre en pratique leur critique écologique de la société et pour construire une nouvelle solidarité entre ville et campagne - Tanja Loziczky résume (ainsi) sa recherche en Autriche et en Allemagne. Les producteurs sont d’habitude des fermiers incapables de s’insérer dans les objectifs de maximalisation de l’agriculture du capitalisme industriel ou qui s’y refusent, et désireux d’établir des liens directs avec des consommateurs qui partagent les mêmes principes. "Ce qu’il y a de plus important dans le commerce ne sont pas les chiffres de vente mais l’effet exemplaire de solidarité entre producteurs et consommateurs, qui a pour but de provoquer chez les gens, un changement de l’intérêt égoïste (homo oeconomicus) vers la solidarité de groupe (homo cooperativus)" (Baumhöfer 1983 ; cité dans Loziczky 1997).

En d’autres mots, "nous avons besoin d’une nouvelle économie morale", une économie que chaque individu pratique en assumant ses responsabilités. A la fin du 20e siècle, ce processus d’économie morale inclut la conscience que non seulement consommer est politique mais aussi acheter. Si au lieu de rouler au supermarché, j’achète dans une coopérative de consommateurs, au marché hebdomadaire ou à un stand de paysans ou directement à une paysanne proche, je contribue à la faisabilité de l’économie paysanne, à la régionalisation et donc à l’orientation de subsistance .

On peut fournir non seulement la nourriture mais aussi des vêtements, des fournitures ou des matériaux de construction à l’intérieur d’une perspective de subsistance . Des tailleurs et des charpentiers peuvent aussi avoir désormais un gagne-pain pour eux-mêmes, si on fait appel directement à leurs compétences dans une économie qui s’informalise de toute façon.

Cependant, en ce qui concerne l’habillement et le logement, cette conscience qu’il est possible d’échapper aux machinations des monopoles de marché mondial et de ressouffler vie dans les marchés régionaux n’existe pratiquement pas.

Aussi discutable qu’ait pu être l’action contre la plate-forme pétrolière Brent Spar de Shell qui sombrait au large, le succès du boycott a montré quel pouvoir les consommateurs sont capables d’exercer par leurs décisions d’achat. Le premier pas contre la croyance dans les lois inhérentes au marché et l’impuissance individuelle - une croyance que nous avons en dépit de tout - est pour chacun de prendre ses responsabilités dans son propre comportement de marché .

Traduction rapide

[1Pour une critique de telles notions voir les contributions dans Evers et Schrader 1994.

[2Voyez la discussion sur les critères de semblables notions chez Frank 1966 et 1971.

[3La politique était supposée suivre la stratégie que l’économie développerait avec le moins d’interférences possibles. Polanyi critique cette politique sur la base que le manque de régulations sociales est finalement nuisible pour la consolidation économique. (Vu aujourd’hui, ceci semble de nouveau une question hautement d’actualité).

[4Une fois de plus il apparaît plus productif pour la théorie féministe d’investiguer la continuité que la discontinuité entre sociétés prémodernes et modernes.
(.Les penseurs alternatifs de gauche s’exprime aujourd’hui dans les mêmes termes du développement des forces productives. Nous avons critiqué en détail cette position dans les chapitres 2 et 3.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 431 / 438355

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers, alternatives, politiques et réflexions  Suivre la vie du site Sociologiques  Suivre la vie du site Maria Mies   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License