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600 harraga algériens dans les morgues espagnoles risquent d’être incinérés par les autorités ibériques

Par Said Rabia
lundi 29 décembre 2008 par anik

C’est un drame national. Environ 600 corps de harraga sont entassés dans les morgues espagnoles à Alicante, Almeria et d’autres régions du sud de la péninsule ibérique. Le chiffre a été annoncé hier lors d’une conférence animée par la Commission nationale pour la sauvegarde de la jeunesse algérienne, une structure qui dépend de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), aile Hocine Zehouane.

« Nous ferons tout pour rapatrier les dépouilles de nos concitoyens », a affirmé le président de la commission, M. Boudellal, avant que les autorités espagnoles ne décident de les incinérer. Elles s’apprêtent d’ailleurs à le faire, témoigne l’imam algérien d’Alicante. Selon lui, «  les corps qui sont déposés dans les morgues de la ville, à Almeria ou ailleurs, certains depuis 6 mois, d’autres depuis une ou deux années sont en état de décomposition avancée. C’est une honte pour l’Algérie que de ne pas les enterrer dans leur propre pays ». Si les pouvoirs publics n’ont rien fait pour ces Algériens quand ils étaient en vie, qu’ils décident au moins de les rapatrier, s’indigne-t-il en soutenant qu’il existe parmi eux des femmes et des enfants. La Commission nationale de sauvegarde de la jeunesse (CNSJA) qui se demande pourquoi une telle situation n’a pas alerté nos responsables, indique qu’environ 4000 Algériens croupissent dans des prisons espagnoles, italiennes, libyennes et tunisiennes sans que cela n’émeuve personne.

« Nous avons même reçu, il y a trois semaines, un fax anonyme d’Algériens détenus au Kurdistan irakien. Ils sont dans des prisons secrètes, où ils subissent la torture », a annoncé le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Hocine Zehouane, pour qui «  la prise en charge des harraga ne relève pas de l’humanitaire, c’est un droit ». Exhibant la une du magazine français l’Express, qui a traité il y a quelques jours de l’histoire de deux jeunes Algériens qui faisaient valoir leur prétendue origine juive pour fuir le pays, le conférencier s’est dit très touché en tant qu’ancien moudjahid avant de lâcher : « Nous avons mis dehors une puissance coloniale de l’envergure de la France, pour que des jeunes Algériens se retrouvent dans une telle misère ! » Désabusés, les membres de la CNSJA comptent lancer prochainement en Algérie une campagne de sensibilisation sur le phénomène des harraga.

Ils demandent à l’Etat de lever les verrous bureaucratiques pour qu’ils puissent venir en aide aux jeunes Algériens détenus dans les prisons espagnoles, ceux qui tentent de survivre dans la clandestinité, et pourquoi pas rapatrier les corps en décomposition dans les morgues. « Des hommes d’affaires algériens, des associations et autres bienfaiteurs sont prêts à nous aider, disent-ils, mais il est difficile d’avoir toutes les autorisations pour pouvoir le faire. » Il est tout de même honteux que ce soit les associations humanitaires belges et suisses qui viennent au secours des jeunes Algériens en détresse. L’imam d’Alicante, membre d’une association espagnole «  Ayam », raconte qu’il y a beaucoup de harraga qui veulent bien revenir mais avec les dernières lois promulguées en Algérie et qui sanctionnent sévèrement l’immigration clandestine, ils préfèrent rester là où ils sont.

« La place des jeunes n’est pas dans les prisons »

«  La place de la jeunesse algérienne n’est pas dans les prisons », tonnera Hocine Zehouane qui demande d’ailleurs la libération de tous les jeunes émeutiers, dont le procès de 180 d’entre eux débute aujourd’hui à Chlef. « L’Algérie est-elle en train de faire la guerre à sa propre jeunesse ? », s’interroge-t-il avant de souligner : « S’il n’y a pas un véritable changement politique qui préconisera un projet pour les jeunes Algériens, le pays va brûler. » Le constat fait par la CNSJA indique que l’année 2008 peut être considérée sans exagération comme étant la pire des années vécues par la jeunesse algérienne depuis l’indépendance. Des milliers de jeunes ont quitté clandestinement le pays. La LADDH avance le chiffre global de 36 000 harraga.

En effet, a-t-il souligné, « les jeunes sont devenus des proies faciles pour les organisations terroristes et criminelles et des cibles de choix pour les campagnes de prosélytisme et les barons de la drogue ». Dans son rapport de l’année 2008 sur la jeunesse, la CNSJA soutient que les politiques publiques ont échoué : «  Les différentes modalités de recrutement dans le cadre du programme des contrats pré-emploi créé officiellement depuis 10 ans ont abouti à un échec cuisant, puisqu’elles n’ont permis l’intégration professionnelle qu’à 2% des inscrits au programme. » Quant aux autres dispositifs de micro-crédit, dont l’ANSEJ ou encore de la CNAC, les chiffres confirment que les banques publiques n’ont financé que 4% des projets des jeunes malgré l’existence de la Caisse de garantie des crédits et les instructions données par les autorités publiques.

Les principales wilayas dans lesquelles il a été enregistré un refus collectif d’octroi des crédits bancaires sont Sétif, Chlef et Tiaret. Le même rapport souligne que, sur le dossier des libertés, les jeunes sont privés de leurs droits citoyens de participer activement dans la société civile. Le mouvement associatif est par conséquent gelé par le ministère de l’Intérieur en violation de la Constitution et des lois de la République.Les membres de la LADDH s’en prennent au ministre de la Solidarité nationale, « qui ne fait rien pour régler les problèmes suscités et à Farouk Ksentini, qui, selon eux, est occupé par ses honoraires et n’a pas le temps à autre chose ».

lu sur educationsansfrontieres.

Harraga ; mot originaire de l’arabe maghrébin ﺣﺮﺍﻗـة ḥarrāga, ḥarrāg, "qui brulent" (les papiers) présent aussi en espagnol sous cette forme ; migrant clandestin qui prend la mer depuis l’Afrique du nord, la Mauritanie, le Sénégal avec des pateras (embarcations de fortunes) pour rejoindre les côtes andalouses, Gibraltar, la Sicile, les Canaries, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, l’ile de Lampedusa ou encore Malte. Terme très présent dans le vocabulaire journalistique nord-africain.


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