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Il n’y a pas de solution capitaliste à la "crise"

De la Coordination des Groupes Anarchistes
mercredi 10 décembre 2008 par anik

Il n’existe pas de solution capitaliste a la crise !
Amplifions les luttes sociales dès aujourd’hui
Pour construire la société égalitaire de demain !

La crise : un désastre social

Depuis plus de 30 ans, le concept de crise (crise pétrolière de 73, Krach boursier de 87, crise du travail, des idéologies, de l’État-Providence, et aujourd’hui crise financière) est utilisé comme si celles-ci étaient provoquées par des forces invisibles qui agiraient hors du cadre, supposé harmonieux, du Capitalisme mondial. Pourtant, ces « crises » sont des phénomènes logiques inhérents au système capitaliste. Il s’agit de «  crises d’adaptation » d’un système en mutation permanente, qui cherche à maintenir et accroître toujours plus le profit des classes dominantes. Elles permettent aux patrons de justifier les bas salaires, la précarité, les licenciements ou les délocalisations. Du côté des politiques, droite et gauche confondues, la crise est régulièrement utilisée pour faire apparaître tous les reculs sociaux comme quelque chose de nécessaire et d’inévitable.

La crise financière actuelle n’est pas quelque chose de nouveau en soi car le système en a connu plusieurs. Elle choque pourtant par sa dimension mondiale et ses effets sociaux désastreux, au sein des pays les plus riches. Elle permet à chacun de voir clairement les effets de la spéculation boursière et du système capitaliste sur l’ensemble de la planète : en France, en Chine, aux USA... Des usines ferment et mettent au chômage des milliers de salariés (Renault, La Redoute...). 15,5 % de la population américaine n’a aucune couverture sociale. Des milliers de personnes sont expulsées de chez elles après que leur maison ait été saisie. La récession mondiale qui s’annonce va se traduire par une augmentation du chômage et un appauvrissement des couches de la population les plus en difficulté. L’Islande, l’Ukraine, le Pakistan ou encore la Hongrie, ont déjà demandé des prêts d’urgence au FMI, pour éviter la faillite. A cela s’ajoute une crise alimentaire globale, et son cortège de famines et de malnutrition, entraînée par le report des fonds spéculatifs sur le marché alimentaire, suite à la crise des subprimes.

La classe dominante organise le casse du siècle

Pour assurer le salaire moyen des 50 patrons français les plus riches, qui s’établit à 383000 euros par mois en 2007 (soit une augmentation de 20% par rapport à 2006), et qui représente 310 fois le SMIC, il faut rogner sur les salaires et les prestations sociales. Donc, pour répondre à la baisse sensible des profits, les premières mesures prises en France pour faire face à la crise sont la suppression définitive de la taxe professionnelle des entreprises, (impôt direct qui servait à financer une partie des recettes fiscales des collectivités territoriales), l’assouplissement des règles du CDD, le départ à la retraite à 70 ans « pour ceux qui le veulent », la suspension des cotisations patronales à l’UNEDIC (soit 1 milliard et demi d’euros), les recours aux contrats aidés et aux contrats de transition professionnelle, une future loi sur le travail le dimanche... Bref, une cascade de mesures aggravant d’un côté la flexibilité du travail et la précarité et facilitant, de l’autre, le profit patronal.

Alors qu’il faudrait seulement 30 milliards de dollars par an pour assurer la sécurité alimentaire des quelques 923 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, l’État américain a déboursé 700 milliards de dollars pour sauver son système bancaire ! L’Europe a - elle - débloqué 1700 milliards d’euros pendant que la Chine y consacre près de 600 milliards de dollars. Quant à l’État français, qui - au nom de son endettement - supprime des milliers de postes de fonctionnaires, gèle les salaires et les allocations chômage, rallonge la durée de cotisation pour les retraites, dérembourse des actes médicaux et des médicaments, il a débloqué 360 milliards d’euros en quelques jours pour prêter aux banques en difficulté et aux spéculateurs ! Depuis, 100 milliards d’euros supplémentaires ont été alloués aux entreprises pour 2009-2010, sous forme notamment d’exonérations de cotisations sociales.

L’État au service du Capitalisme

Partout, les gouvernements ont décidé de faire payer la crise à celles et ceux qui travaillent, en organisant une redistribution historique des richesses au profit du grand capital. L’État, qui a souvent évoqué son impuissance face aux réalités économiques, montre qu’il peut tout à fait intervenir dans la gestion de l’économie quand les multinationales en ont besoin. Au cours de l’histoire, le Capitalisme a su s’adapter, passer d’une forme où le profit était dominé par la banque et le commerce, à une forme dominée par l’industrie et aujourd’hui par la finance. De même, le système capitaliste a pris plusieurs visages, de celui du libéralisme à celui de formes d’économies mixtes comme le fordisme jusqu’au Capitalisme d’État en URSS ou en Chine. L’État, loin d’avoir disparu a, au contraire, toujours servi à légiférer pour assurer une pérennité à la classe dominante, dans la possession de ses privilèges, tout en ménageant les classes populaires quand il existait un risque trop élevé de révolte, comme au cours de la période des «  trente glorieuses ». L’État a favorisé l’essor du Capitalisme financier international et favorise l’entraide pour les plus riches. Il ouvre le champ à leurs profits en privatisant les secteurs publics rentables, qui ont été financés par la population et à l’inverse, il efface et rachète leurs dettes en nationalisant ou en rendant publique les pertes des entreprises privées. Alors qu’il s’insurge habituellement contre les déficits publics, il n’hésite pas à s’endetter pour la France d’en haut, pour le système banquier et boursier malgré son caractère parasitaire et destructif. Ce qui est vrai pour la France est vrai ailleurs.

Propagande pour rendre la réalité acceptable

Aujourd’hui, l’essentiel pour les dirigeants est de persuader les populations - par le biais des experts et en particulier les experts économiques - que le Capitalisme est le seul système viable. Rendre acceptable l’impasse dans laquelle nous projette ce système est l’objectif de leur communication. Cela leur est d’autant plus facile que depuis 40 ans, les classes populaires, autrefois représentées par le mouvement ouvrier, ont explosé en une myriade de statuts précaires, d’employés, d’intérimaires, d’ouvriers, de rmistes, etc. isolés et donc fragilisés face à la propagande étatique et médiatique. En agitant le spectre de la récession et de la pauvreté imminente, ils nous préparent à accepter le vol de l’argent public, le nôtre – celui de nos impôts, nos cotisations, nos épargnes – pour renflouer ceux-là même qui ont fabriqué la crise en jouant en Bourse et qui continuent à amasser des profits considérables grâce au subtil jeu de « yoyo » des cotations boursières ! Les patrons qui dissertent sur un code de gouvernance depuis plus de 10 ans déjà, pour « moraliser le Capitalisme » ne veulent, en réalité, pas de loi qui pourrait les contraindre. Pour eux, ils prônent la responsabilité plutôt que la contrainte : la liberté absolue pour eux, les lois liberticides pour la France d’en bas !

Pour peaufiner leur stratégie, les dirigeants insistent, avec la complicité des médias, sur les pourcentages de chômage chez les immigrés, sur des pseudo fraudes aux prestations sociales ou encore sur tel ou tel fait divers dramatique, afin de détourner notre attention, mais aussi la colère, vers les plus démunis d’entre nous. Tout est fait pour « diviser pour mieux régner » et briser tout cadre collectif, toute solidarité.
Dans le même temps, la classe dirigeante met en place des outils d’intimidation et de répression qui lui permettront, le cas échéant, de faire face à une révolte sociale : lois sécuritaires, construction de « l’ennemi intérieur » en brandissant le spectre du «  terrorisme », développement des fichiers et des effectifs de police, entraînement de l’armée à la guérilla urbaine...

Il n’y a pas de Capitalisme à visage humain !

Il n’y a pas de Capitalisme qui soit basé sur le bien être des gens. Par conséquent, il n’y a pas de solution capitaliste à la crise financière, puisque la dynamique de profit du système capitaliste implique nécessairement que l’enrichissement des uns entraîne l’appauvrissement proportionnel des autres ! Le Capitalisme et l’État sont les facettes d’un seul système qui perpétue les inégalités. Les filières de formation (ENA, IEP,...) conduisent la grande bourgeoisie à des postes de direction, qu’ils soient dans la fonction publique, dans les conseils d’administration des entreprises, ou dans les cabinets ministériels de droite ou de gauche. Il n’y a pas de coupure idéologique ni économique entre les grands corps d’État et les grands patrons : au sortir de ces « grandes écoles », les jeunes diplômés choisissent d’adhérer à tel ou tel parti, en fonction des possibilités d’avancement de carrière que ce parti leur offrira, là ou ils vivent ! C’est la même classe qui détient le pouvoir politique et économique, et le système électoral participe de cette collusion. Au niveau local comme au niveau national, nous n’avons aucun contrôle possible sur les décisions qui se prennent, soi-disant en notre nom !

Se battre pour un autre système

Les défenseurs du libéralisme prétendent que la crise n’est pas due à l’élément systémique du Capitalisme - c’est-à-dire le profit - mais est provoquée par des banquiers et boursiers avides qui profitent du dysfonctionnement des marchés boursiers et des marchés des crédits, alors que les amoureux de l’étatisme (rouges, verts et/ou autres) assurent que la crise est due au néo-libéralisme et à la non-intervention de l’État dans l’économie mondiale et nationale. Mais, ni le Capitalisme fondé sur la recherche permanente du profit, au bénéfice d’une minorité ; ni l’État basé sur la protection des intérêts du Capital et sur la confiscation du pouvoir par une minorité, ne peuvent représenter une solution à la crise pour les travailleurs ou pour l’ensemble de la population.

Pour ne pas être une nouvelle fois les dindons de la sinistre farce capitaliste, il faut d’abord refuser le hold-up permanent que le Capitalisme nous impose, et qu’il tente d’accroître pendant la crise. Dés aujourd’hui se battre pied à pied dans toutes les mobilisations sociales : contre la privatisation de La Poste, contre l’éducation au rabais du gouvernement, pour une protection sociale et une retraite décente... Mais aussi faire converger nos aspirations à la justice sociale vers un « lutter tous ensemble », en construisant un mouvement social de grande envergure, pour reprendre l’offensive face aux financiers, au patronat et à son bras armé, l’État.

Mais, il faut aussi se donner des perspectives de changement de société pour rompre avec le Capitalisme et l’État, porteurs de crises et d’appauvrissement, faute de quoi pour l’immense majorité de la population, le Capitalisme restera un horizon indépassable, ce qui enfermera nos luttes dans le cadre de l’ordre établi, favorisera le statut-quo et facilitera la tâche de répression de l’État.

Des propositions anarchistes pour une alternative sociale
Nous proposons de construire ces perspectives au sein des mouvements sociaux pour qu’elles appartiennent à toutes et tous. Pour que la richesse que nous participons tous et toutes à produire ne soit plus accaparée par quelques uns, nous proposons la socialisation de l’ensemble de l’économie. Nous militons pour la répartition égalitaire des richesses, seul moyen de répondre, pour une société, à la satisfaction des besoins de toutes et tous.

Pour établir et garantir cette égalité, il faut rompre avec la confiscation du pouvoir par une minorité, il faut rompre avec l’État. Il faut y substituer la participation du plus grand nombre aux prises de décisions. Nous proposons une économie socialisée et égalitaire gérée directement par les travailleurs et les usagers. Cela avec des structures fonctionnant sur la démocratie directe, pour permettre la participation de toutes et tous, sur des mandats révocables pour ne pas permettre que se reconstituent des privilèges et sur le fédéralisme pour construire des projets de grande ampleur. C’est à partir des mouvements sociaux que doit se construire la gestion directe de la société, de la production et de la distribution des biens et des services. C’est dès maintenant, au sein des luttes, que nous devons faire l’apprentissage de décider et gérer la conduite des mobilisations, pour demain prendre en charge collectivement la conduite de la société.

Coordination des Groupes Anarchistes


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