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Pourquoi l’effondrement de la bulle financière n’est pas la faute de "banquiers cupides" et pourquoi il ne peut y avoir de retour à un capitalisme social d’assistance.

Gruppe Krisis
mercredi 3 décembre 2008 par anik

Une nouvelle version de la légende "du couteau planté dans le dos" des années 1920 et 1930 se propage : "notre" économie est supposée devenue victime de la cupidité sans limite d’une poignée de banquiers et de spéculateurs. Absorbés par la monnaie bon marché de la Réserve Fédérale des USA et soutenu par des politiciens irresponsables, ces banquiers cupides ont - ainsi va la légende - amené le monde au bord de l’abime, pendant que les honnêtes gens sont transformés en idiots du village.

Rien ne pourrait être plus opposé aux faits, au vu de leur proportions démagogiques (...), et aussi dangereusement irrationnel que cette notion - qui est actuellement mise en scène pour tout l’éventail de l’opinion publique. C’est marcher sur la tête. La raison pour la misère actuelle ne doit pas être recherchée dans la vaste surévaluation des marchés financiers : cette dernière n’étant pas une cause en soi mais un effet, un méchanisme orienté pour éviter la véritable crise sous jacente avec laquelle la société capitaliste est confrontée depuis les années 1970.
Les raisons sont à chercher quand le boom de l’après guerre de la seconde guerre mondiale, de la longue période de croissance qui s’auto-finançait par les méthodes de production industrielle et leur expansion dans des secteurs nouveaux comme la construction automobile prirent fin.
La production massive de marchandises dans les années 1950 et 1960 exigeaient des augmentations massives de la puissance du travail, ainsi en position d’attirer les flux des rémunérations et des moyens de subsistance qui à leur tour permettaient de continuer à produire en masse ces marchandises.
Depuis cette période, cependant, la rationalisation répandue des fondamentaux, les secteurs de marchés orientés internationalement ont déplacés encore plus de quantité de la puissance du travail au travers de ce processus d’automation, par conséquent détruisant les bases de ce méchanisme "fordiste" et avec lui les conditions préalable pour toute tendance rénovatrice vers la prospérité dans l’économie réelle.
La crise du capitalisme dans sa forme classique ouvre la voie à une crise encore plus fondamentale dans laquelle la viabilité du travail lui même est remis en question.

La dévalorisation du pouvoir du travail - des êtres humains "superflus”

La véritable folie du mode de production capitaliste est exprimée dans la contradiction entre l’avancée énorme de la productivité apportée par la "révolution micro-électronique" et le fait que ce progrès ne s’est même pas encore approché à garantir la possibilité d’une bonne vie pour tous.
Au contraire, le travail lui même a été intensifié, les cadences augmentées et les pressions pour produire toujours plus croissantes.
A travers la planète, de plus en plus de personnes doivent vendre leur puissance de travail dans les pires des conditions existantes parce que, comme cela a été démontré à l’opposé des standards imposés par l’actuel niveau de productivité mondiale, cette force de travail est de plus en plus dévalorisée.
Mais c’est également une contradiction du capitalisme que, dans le processus de devenir "trop productif", il détruit ses propres fondations et se coupe l’herbe sous les pieds. Pour une société qui repose sur l’exploitation du pouvoir du travail humain cela frappe de plein fouet ses propres limites structurelles puisque cela rend cette puissance de travail, dans un degré encore plus important, superflue.
Pendant plus de 30 ans, la dynamique de l’économie mondiale a seulement été maintenue grâce à l’inflation de la bulle financière spéculative et des emprunts - ce que Marx appelait le "capital fiction".

Le capital est dévié vers les marchés financiers parce que l’économie réelle n’offre plus aucune possibilité d’investiments adéquats. Les états s’endettent pour maintenir leurs budgets et de plus en plus de personnes financent eux même leur propre consommation, directement ou indirectement, à la pompe du crédit.
De cette façon la finance se transforme en une "industrie de base" du marché mondial et le moteur de la croissance capitaliste. L’"économie réelle" maintenant subitement valorisée n’est pas forcée à se soumettre à la finance. Au contraire : il peut seulement s’épanouir en étant l’annexe de cette dernière. Le "miracle économique chinois" et la soit disante économie d’exportation allemande n’auraient jamais été possible sans le
recyclage giganteste et mondial des dettes qui a eu lieu pendant plus de 20 ans avec les USA au centre de tout cela.

L’organisation de la crise et la stagflation

De telles méthodes de repousser à plus tard un écroulement éventuel ont atteind leurs limites. Il n’y a aucune raison de s’en réjouir outre mesure. Les effets seront dramatiques à l’extrême. En effet le potentiel combiné de la crise économique et de la dévalorisation qui s’est construit en augmentant durant ces 30 dernières années est maintenant en train d’exploser violemment dans le présent.
Les politiques dans le sens courant pourraient avoir la capacité d’influencer sur le rythme et sur la trajectoire de ce processus.
Mais ils seront incapables de façon inhérente à arrêter ce qui est, en vérité, devenu impossible d’arrêter.
Soit les systèmes de sauvetages eux-mêmes, qui dépassent déjà les trillions, vont s’évanouir en fumée, et la crise s’amplifiera jusqu’à atteindre l"économie réelle" avec des résultats catastrophiques.
Soit elle va rattraper le train de la fuite encore une fois avec pour résultat l’augmentation exhorbitante des dettes nationales, suivies par un autre écroulement, encore plus gigantesque dans un futur proche.
Le retour de la "stagflation" - une inflation galopante combinée avec une récession simultanée - est déjà en vue et imminent, et à des niveaux beaucoup plus élevés que dans les années 1970.

Les dernières décennies ont déjà montré des pressions massives sur l’abaissement des salaires, une descente vers des conditions de travail encore plus précaire et la privatisation de large pans du secteur public.
La crise actuelle signifie que, jusqu’à un dégré dont nous ne pouvions même pas concevoir, un nombre toujours plus grand d’êtres humains vont être déclarés tout simplement "superflus".
Le très souvent évoqué "nouveau rôle de l’état" n’a pas la moindre chance de reconstruire le système social d’assisance du capitalisme des années 1960, avec le plein emploi et une augmentation de la qualité du niveau de vie. Ce que ce nouveau rôle apporte, plutôt, c’est l’organisation et d’administration de politiques nationalistes, racistes et d’exclusions sociales.
Le retour de la "régulation" et du "capitalisme d’état" est à ce point concevable seulement comme une forme autoritaire et répressive de la gestion de la crise.

Le monde est trop riche pour le capitalisme

L’actuelle crise financière marque un point tournant dans l’époque du capital fictif et avec une nouvelle étape dans la crise du capitalisme sous jacente qui était déjà prévisible dans les années 1970.
Ce n’est pas seulement la crise d’un "système spécifiquement anglo-saxon" du "néolibéralisme", comme cela est largement soutenu parmi l’actuel courant émotionnel de colère anti américain (...)
Ce qui est plutôt clairement apparent maintenant, , c’est que le monde est et a été pendant trop longtemps trop riche par rapport à l’avarice du mode de production capitaliste - et que la société va éclater, se dégrader et sombrer dans un mouras de pauvreté, de violence et d’irrationalité, si nous n’arrivons pas à dépasser ce mode de production.

Ce ne sont pas les "speculateurs" et les marchés financiers qui sont le problème, mais l’extrême absurdité d’une société qui produit la richesse seulement comme un produit déchet de la valorisation du capital, que ce soit dans un processus réel ou virtuel. Le retour à un capitalisme apparemment stable, maintenu avec force par la destruction massive des armées de travailleurs, n’est pas possible et n’est pas non plus souhaitable comme objectif.

Quelque soient les sacrifices qui nous sont demandés maintenant de façon à perpétuer la dynamique (auto-)destructrice du mode inhumain de production et du mode de vie capitaliste, cela ne peut être considéré que comme une moquerie obscène d’une bonne et longue vie depuis que nous sommes entrés dans une société au-delà de la production de biens vitaux, au-delà de l’argent et au-delà de l’état. Avec la crise actuelle la question du système lui-même est finalement posé. Il est temps que nous y répondions.

Gruppe Krisis

Traduit par Anik le 3 décembre 2008.


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