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Les Origines du totalitarisme

De Hannah Arendt
vendredi 21 novembre 2008 par anik

The Origins of Totalitarianism, en français Les Origines du totalitarisme, est un ouvrage d’Hannah Arendt dont la première édition fut publiée en 1951.

Il se compose de trois tomes :
1. Antisemitism (L’Antisémitisme), publié en français en 1973 sous le titre Sur l’antisémitisme ;
2. Imperialism (L’Impérialisme), publié en français en 1982 ;
3. Totalitarianism (Le Totalitarisme), publié en français en 1972 sous le titre Le Système totalitaire.

Résumé

Sur l’antisémitisme

Hannah Arendt analyse dans ce livre l’émergence de l’antisémitisme politique, à la fin du XIXe siècle, inédit par rapport aux sentiments antijuifs qui le précédaient. Elle détaille le rôle joué par l’émergence des États-nations modernes et l’émancipation des Juifs. Selon elle, l’assimilation des Juifs a exigé d’eux qu’ils soient «  exceptionnels » : la fin de siècle a transformé le judaïsme, religion et nationalité, à caractères collectifs, en judéité, à caractère de naissance, personnel. Pour l’homme du Moyen Âge, le judaïsme était un crime – à punir – alors que pour l’homme du début du XXe siècle, la judéité est un vice – à exterminer. Cela préfigure l’antisémitisme raciste et la Shoah.

Arendt conclut son livre par une analyse de l’affaire Dreyfus, qui est selon elle le point de départ de l’antisémitisme moderne ; elle considère que la France avait « 30 ans d’avance » sur la question juive.

L’Impérialisme

« Impérialisme ne signifie pas construction d’un empire, et expansion ne signifie pas conquête. »

Hannah Arendt analyse l’impérialisme, ce mouvement d’expansion des puissances européennes à partir de 1884, qui aboutit à la Première Guerre mondiale.

«  L’impérialisme doit être compris comme la première phase de la domination politique de la bourgeoisie, bien plus que comme le stade ultime du capitalisme » : l’auteur relie le début de la période impérialiste à un état dans lequel l’État-nation n’était plus adapté au développement capitaliste de l’économie. La bourgeoisie, consciente de cette faiblesse, commença à s’intéresser aux affaires politiques, pour assurer le maintien de la création de richesses. «  L’impérialisme naquit lorsque la classe dirigeante détentrice des instruments de production s’insurgea contre les limites nationales imposées à son expansion économique. »

Elle fait la distinction avec les conquêtes du passé (« conquête » et « expansion » sont deux termes opposés dans l’ouvrage), impériales au sens premier du terme : pour la première fois, des puissances ont fait des conquêtes sans vouloir exporter leurs lois et leurs coutumes dans les régions conquises – voire en appliquant des lois qui seraient jugées inacceptables sur leur propre sol. C’est le premier coup porté à l’État-nation et à la démocratie, les premières graines du totalitarisme.

Arendt démontre également que la pensée raciale et la bureaucratie, deux piliers du totalitarisme, ont été construits pour servir l’expansion impérialiste.

Dans l’avant-dernière partie du livre, Arendt analyse le pendant continental de l’impérialisme : les mouvements annexionnistes, soit le pangermanisme et le panslavisme, qui alimenteront par la suite les totalitarismes hitlériens et staliniens.

Le livre se conclut par une réflexion sur les droits de l’homme et l’apatridie, conçue comme un moyen de contagion du totalitarisme : les apatrides, personnes hors du droit, forcent les États de droit à les traiter comme le feraient les États totalitaires qui les ont déchu de leur nationalité, car les droits de l’homme ont été reliés dès le départ à la souveraineté nationale, donc à la nationalité.

Le Système totalitaire

Arendt dégage les caractéristiques propres du totalitarisme. Pour Arendt, le totalitarisme est avant tout un mouvement, une dynamique de destruction de la réalité et des structures sociales, plus qu’un régime fixe. Un mouvement totalitaire est « international dans son organisation, universel dans sa visée idéologique, planétaire dans ses aspirations politiques ». Le régime totalitaire, selon Arendt, trouverait sa fin s’il se bornait à un territoire précis, ou adoptait une hiérarchie, comme dans un régime autoritaire classique : il recherche la domination totale, sans limites.

Source : wikipédia

Autre résumé

Les origines du totalitarisme.

Les trois tomes des Origines du totalitarisme se présentent comme trois études juxtaposées sans rapports évident entre elles :

a) L’antisémitisme

Hannah Arendt y procède à une histoire politique et sociale des juifs depuis le XVIIIème siècle. Trois refus sont clairement affirmés :

  • Il n’y a pas un antisémitisme un et éternel.
  • L’antisémitisme n’est pas un nationalisme latent puisqu’il se développe alors que s’effondrent les Etats-Nations.
  • Les juifs ne sont pas des boucs-émissaires, ce qui exclurait toute responsabilité politique. Certes, on ne peut être plus innocent que devant la chambre à gaz mais il n’en reste pas moins vrai qu’il y a une histoire juive qui rejoint l’histoire des autres peuples.

Arendt distingue l’antisémitisme social de l’antisémitisme politique. L’antisémitisme politique vient de ce que certains privilèges ayant été accordés aux juifs, ceux-ci ont constitué un groupe à part, solidaire des États. Dès lors, tout conflit avec l’État devient antisémite. L’antisémitisme social, en revanche, est dû à l’égalité croissante des juifs avec les autres.

b) L’impérialisme.

Le livre raconte l’histoire de la désintégration de l’État-Nation et montre ainsi les conditions nécessaires à l’émergence des mouvements et gouvernements totalitaires.

L’impérialisme colonial est la recherche de l’expansion pour l’expansion, pour des motifs non pas politiques mais économiques. L’État-Nation est alors en péril car, dépassant ses frontières, il néglige les intérêts nationaux. Apparaissent des fonctionnaires de la violence présentant la violence et le pouvoir comme étant les buts du corps politique. La conscience nationale se pervertit en conscience raciale.
Le véritable précurseur du totalitarisme doit être cherché, non dans l’impérialisme colonial, mais dans l’impérialisme continental (pangermanisme, panslavisme). Méprisant lui aussi l’État-Nation, cet impérialisme lui oppose la " conscience tribale élargie" qui nie la possibilité d’un genre humain. La nationalité se proclame indépendante du territoire et se fait qualité permanente, inaccessible aux aléas de l’histoire, déniant toutes les différences internes du peuple concerné.
Hannah Arendt analyse aussi le phénomène des minorités et l’apparition des apatrides qui, dans le système des États-Nations, ne peuvent être promis qu’à l’assimilation ou la liquidation. Ils ne peuvent obtenir leur salut qu’en transgressant les lois ou en accédant au " génie ". Apparaissent alors des camps d’internement et la transformation de la police de garante de la loi en instrument du gouvernement. L’apatride est hors de toute légalité et a un statut bien pire que celui d’un étranger ennemi. Parce que les droits de l’homme sont en réalité les droits du citoyen, l’apatride n’a plus aucun droit, ayant cessé d’appartenir à une communauté. Il faut donc affirmer un " droit à avoir des droits " c’est-à-dire d’appartenir à une communauté pour avoir une place dans le monde. Se pose alors la question du fondement de ce " droit à avoir des droits ". La perte de la citoyenneté est la perte d’une dimension essentielle de la vie humaine.

c) Le système totalitaire.

Il s’agit de penser " l’essence du totalitarisme ". Le totalitarisme est un phénomène historique sans précédent qu’on ne peut penser avec les anciennes catégories que sont la tyrannie, analysée par Platon, le despotisme, analysé par Montesquieu ou la dictature. Il ne s’agit pas d’un degré supérieur de despotisme mais d’un régime original qui ne se laisse pas réduire aux abolitions classiques de la liberté politique.
Le totalitarisme se caractérise d’abord par le phénomène des masses. Les masses se définissent par trois variables :

  • La grandeur numérique. De ce point de vue, le fascisme mussolinien n’est pas un totalitarisme car l’Italie est trop petite au point de vue démographique.
  • Un ensemble de gens sans éducation politique, hors des partis et des syndicats. Les masses sont créées par les crises économiques et l’effondrement des classes moyennes qui ne trouvent pas dans les projets politiques des parlementaires des projets correspondants à leur situation. La société est atomisée.
  • Une solidarité négative de foules désemparées, d’hommes isolés à qui le chef totalitaire donne un langage et un semblant de dignité.

Ce qui caractérise aussi le totalitarisme est le mouvement, l’action pour l’action. Toute limite, toute stabilité fait courir un risque mortel à l’entreprise totalitaire. Il n’y a ni doctrine, ni idéologie puisqu’on se sert de doctrines, d’idéologies à contenu variable selon les circonstances. Le programme n’a aucune importance. La théorisation est une pure fiction pour mobiliser les masses. Se crée alors un monde fictif, méprisant les faits, épargnant aux masses tout affrontement avec le réel et leur donnant un semblant de cohérence.

Il n’y a, en réalité, aucune organisation politique, le chef étant la loi suprême et pouvant liquider ses subordonnés. L’État totalitaire n’est ni bien construit, ni structuré. Il est planification de l’informe. L’État est une façade, les institutions sont construites en double voire en triple et l’autorité n’est jamais là où on la croit. Anti-étatisme (l’État suppose les limites de la loi et des frontières), anti-nationalisme (les Aryens ne sont pas les Allemands) et anti-utilitarisme (les besoins de la guerre n’auront aucun poids contre le programme d’extermination) caractérisent le totalitarisme. L’acteur important est la police secrète, instituant le soupçon généralisé.

Néanmoins, contrairement à ce que dit Montesquieu du despotisme, le totalitarisme n’est pas sans loi. Il prétend appliquer les lois de la nature ou de l’histoire à l’espèce humaine. Il prétend remonter à la source de la légitimité et aussi abolir le hiatus entre légitimité et légalité. La loi change de sens. Elle n’est plus considérée comme le cadre stabilisateur des actions humaines mais elle est loi d’un mouvement illimité, sans fin.
Le totalitarisme est négation du politique. Il décrit en négatif ce que doit être la politique véritable. L’espace politique véritable suppose :

  • Des lois
  • La possibilité pour les hommes d’agir c’est-à-dire de se rapporter aux autres par des actes ou des paroles.
  • La parole échangée, discutée, débattue qui permet d’unifier la pluralité humaine. De ce point de vue, la cité grecque antique ou certains mouvements révolutionnaires du monde moderne constituent des lieux lumineux. Arendt oppose le système des conseils au système des Partis. Les Partis constituent un dessaisissement de la citoyenneté. La vérité politique est l’agir dans de petits groupes.

Le tyran rend impossible la parole dans l’espace public mais il laisse les hommes dans l’espace privé. Le totalitarisme attaque la vie privée elle-même. Alors naît la désolation qui n’est pas la solitude (où on peut se parler à soi, où le rapport aux semblables n’est pas perdu) mais une expérience absolue de non-appartenance au monde. L’individu n’est pas seulement isolé mais il n’a plus de consistance interne, perd son moi. La désolation est l’expérience d’être indifférent aux autres, expérience devenue massive dans le système totalitaire.

En dictature, on tue les opposants et la mort garde un sens. Dans le totalitarisme, la mort peut frapper tout le monde. Sous le nazisme, les juifs furent une catégorie qui s’élargit aux peuples de l’Est, puis aux Allemands malades. La mort n’est ni noble, ni héroïque. Les individus sont rendus anonymes et on essaie d’effacer les traces de leur existence.
Le camp de concentration est l’institution centrale en matière d’organisation du système totalitaire. Il a une importance décisive. On y discerne un " mal radical " mettant en jeu " la nature humaine " elle-même. Il est à la fois un phénomène radicalement nouveau et un défi au sens commun. Il s’agit d’une réalité incompréhensible, inaccessible où on passe du " tout est permis " au " tout est possible ". La domination s’y effectue en trois temps :

  • Le meurtre de la personne juridique (préparé par la fabrication des apatrides et renforcé par le mélange des criminels et des parfaits innocents)
  • Le meurtre de la personne morale : la mort est anonyme et sans signification.
  • Le meurtre de l’identité de chacun.

Alors le meurtre devient un moindre mal, le totalitarisme un système où les hommes sont de trop et les crimes sont à la fois impardonnables et impunissables.

source : sos.philosophie.fr

Site Hannah Arendt en anglais.


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