robin-woodard

Les guerres américaines d’auto-destruction

De Chris Hedges
vendredi 2 juillet 2010 par anik

La guerre est un poison. C’est un poison que les nations et les groupes doivent à certaines époques avaler pour s’assurer de leur survivance. Mais, comme tout poison, il peut vous tuer aussi surement que la maladie qu’il est supposé éradiquer. Le poison de la guerre coule de façon incontrollée dans le corps politique des états unis. Nous sommes convaincus que parce que nous avons la capacité de faire la guerre ; cela nous donne le droit de la faire. Nous persistons dans notre dangereux aveuglement convaincus que nous sommes dans une mission providentielle pour sauver le reste du monde de lui-même, pour implanter nos valeurs - que nous considérons comme étant supérieures à toutes les autres, et que nous avons le droit de le faire par la force.

Cette croyance a corrompu aussi bien les républicains que les démocrates. Et si Barack Obama boit, comme il semble qu’il va le faire, l’elixir obscur de la guerre et du pouvoir impérialiste qui lui a été offert par l’état de sécurité nationale, il va accélérer la spirale descendante de l’impérialisme américain.

Obama et ceux qui l’entourent ont édopté la folie de la guerre contre le terrorisme. Ils peuvent vouloir accentuer cette guerre vers l’Afghanistan plutôt que vers l’Iraq, mais c’est une différence de stratégie, pas de politique. En restant en Iraq et en l’élargissant en Afghanistan, le poison va continuer à se propager en doses mortelles. Ces guerres d’occupations sont condamnées à l’échec. Nous n’en avons pas les moyens financièrement.
L’éruption des expulsions immobilières, l’augmentation des pertes d’emplois, l’effondrement des banques et des services financiers industriels, la pauvreté qui déchire la classe ouvrière, nos infrastructures qui s’effondrent et les tueries d’Afghans désespérés lors de fêtes de mariages et d’Iraquiens par nos bombes à fragmentations sont étroitement liés. Ces évènements forment un cercle parfait. Les formes couteuses de donner la mort que nous répandons d’un côté de la planète nous poursuivent jusqu’à l’intérieur de nos maisons.

La guerre contre le terrorisme est une guerre absurde sans aucune tactique. Cela établit l’idée de guerre perpétuelle, ou ce que nous appelons maintenant une guerre générationelle.Elle n’a aucune fin visible. Il n’y a aucune façon de définir la victoire. C’est, en termes métaphysiques, une guerre contre le mal, et le mal, comme tout bon prêtre vous le dira, sera toujours en nous, avec nous. Les pires de maux, cependant, ne sont pas ceux qui sont à l’extérieur de nous. Les plus destructifs sont ceux qui sont à l’intérieur de nous. Ces maux cachés, souvent déguisés en vertues, sont relachés par notre orgueil, notre aveuglement et notre ignorance. La mascarade du mal présenté comme étant le bien est le mal dans sa forme la plus mortelle.

Le déclin de l’impérialisme américain a commencé bien avant la faillite économique actuelle, bien avant les guerres en Afghanistan et en Iraq. Ce déclin a commencé avant la première guerre du golfe ou Ronald Reagan. Ce déclin a débuté quand nous sommes passés, selon l’expression de l’historien Charles Maier, d’un empire de production à un empire de consommation. À la fin de la guerre du Vietnam, quand les couts de la guerre a laminé la grande société de lyndon johnson et que les productions domestiques de pétrole ont commencé leur déclin constant de façon inexorable ; nous avons alors vu notre pays se transformer en un pays essentiellement producteur en un pays essentiellement consommateur. Nous avons alors commencé à emprunter pour maintenir un style de vie que nous ne pouvions plus nous permettre. Nous avons commencé à utiliser la violence, plus particulièrement au Moyen Orient, pour nourrir notre demande insatiable de pétrole à bas couts.
Pendant les années qui suivirent la deuxième guerre mondiale, quand les Etats Unis représentaient un tiers des exportations mondiales et la moitié de la production mondiale, cela a créé d’énormes déséquilibres commerciaux, le travail délocalisé, de gigantesques entreprises abandonnées à la rouille, des salaires gelés, des dettes privées et publiques que la plupart d’entre nous ne peuvent pas rembourser.

Mais la facture maintenant doit être réglée. Les plus dangereux ennemis de l’Amérique ce ne sont pas des radicaux islamistes, mais ceux qui promeuvent l’idéologie perverse de la sécurité nationale qui, comme Andrew Bacevich l’écrit, est notre "religion de substitution". Si nous continuons à croire que nous pouvons multiplier nos guerres et approfondir encore plus nos dettes pour maintenir un niveau de consommation non durable, nous dynamiterons nous mêmes les fondements mêmes de notre société.

"Les plus grands mensonges ne sont pas les engagements des diminutions des impôts, d’une sécurité sociale universelle, de la restauration des valeurs familiales, ou d’un monde rendu pacifique au travers des démonstrations guerrières du pouvoir Américain". écrit Bacevich dans "Les limites du pouvoir" ; Les plus grands mensonges sont les vérités qui restent inexprimées, que la liberté a une face cachée, que les nations, comme les ménages doivent vivre selon leurs moyens, que le sens de l’histoire, le sujet de tant de déclarations confiantes, restent impénétrables. Et par dessus tout, il y a ceci : c’est que le pouvoir est limité. Les politiciens passent sur ces sujets dans le silence le plus total. En conséquence, l’absence de conscience qui caractérise un élément persistant du charactère américain persiste".

L’entourage de Barack Obama, de Madeline Allbright à Hillary Clinton, de Dennis Ross à Colin Powell, n’ont absolument aucun intérêt à démonter la structure de la présidence impérialiste ou l’état national de sécurité territorial. Ils vont conserver ces institutions intactes et chercher à augmenter leur pouvoir. Nous avons une croyance naïve qu’Obama va nous sauver par magie de la chute libre de l’économie, qu’il va restaurer nos niveaux de consommations exagérés et réssuciter notre puissance impérialistel. Cette croyance naïve est une partie de notre déconnection d’avec la réalité. Les problèmes que nous rencontrons sont structurels. La vielle Amérique ne reviendra pas.

Les pouvoirs corporatistes qui controlent l’état ne permettron jamais de véritables réformes. C’est le marché Faustien passé entre ces pouvoirs corporatistes et les partis démocrates et républicains. Nous n’atteindrons jamais, avec le système actuel, une indépendance énergétique. L’indépendance énergétique détruirait les profits des industries du gaz et du pétrole. Cela supprimerait des dizaines de billions de dollars de contrats d’armements, détruirait la santé financière des entreprises privées depuis Halliburton jusqu’à Blackwater et rendrait inutile l’existence du Commandement Central Américain.

Ce sont ces groupes de personnes qui cherchent à nous faire du mal. Les attaques du 11 sepembre ne seront pas les derniers actes de terrorisme sur le sol Américain. Mais la seule façon de vaincre le terrorisme est d’isoler les terroristes à l’intérieur même de leur propres sociétés, de construire des guerres culturelles et de propagande, de discréditer leurs idées, de chercher à concurrencer même ceux qui sont désignés comme nos ennemis. La violence, même si elle représente une part de cette bataille, est rarement nécessaire. L’attaque de 2001 qui suscita notre colère et entraina la guerre contre le terrorisme, a également soulevé une répulsion mondiale contre al-Qaida et contre le terrorisme islamiste, y compris à travers le monde musulman, où je travaillais à l’époque comme journaliste. Si nous avions eu le courage d’être vulnérable, de construire sur cette empathie au lieu de lancer des ordres explosifs et destructeurs partout au Moyen Orient, nous serions beaucoup plus en sécurité et en sureté aujourd’hui. Si nous avions recherché des alliés et des partenaires au lieu de supposer de façon arrogante et unilatéale que le pouvoir militaire américain restaurera notre sentiment d’invulnérabilité et supprimera notre humiliation collective, nous aurions fait beaucoup ainsi pour détruire Al-Qaida. Mais nous ne l’avons pas fait. Nous avons exigé que tout le monde se plie devant nous. Et dans notre façon impitoyable et aveugle d’utiliser la violence ainsi que les guerres illégales d’occupation, nous avons renforcé précisemment les mêmes forces que nous aurions pu marginaliser, sous une présidence astucieuse, Nous avons complètement oublié que combattre le terrorisme est une guerre de l’ombre, une guerre des renseignements secrets, et non pas une guerre conventionnelle. Nous avons oublié, même aussi puissants que nous pouvons l’être militairement, qu’aucune nation, aucun pays, y compris les Etats Unis ne peut survivre isolé et seul.

L’impérialisme américain, en plus de notre complaisance dévergondée et de notre consommation dévorante, est arrivé à sa fin. Nous sommes entrés dans une période de déclin économique, politique et militaire profond. Nous pouvons continuer à danser au son de notre propre aveuglement autour du feu tout en chantant des mantras ridicules sur notre grandeur, notre vertue et notre puissance, ou bien nous pouvons affronter la douloureuse réalité qui nous a engloutie. Nous ne pouvons pas inverser le sens de ce déclin. Il va arriver quoi que nous fassions. Mais nous pouvons, si nous nous libérons de notre aveuglement, démanteler notre empire qui s’effondre ainsi que l’état de sécurité nationale avec un minimum de dommages pour nous mêmes et pour les autres. Si nous refusons d’accepter nos limitations, si nous n’affrontons pas les changements qui s’imposent à nous par la faute d’une élite défaillante qui a extrêmement mal géré notre économie, notre pouvoir militaire et notre gouvernement, nous allons tout droit vers un écroulement interne et extérieur. Notre aveuglement constitue notre plus grand danger. Ou bien nous allons confronter la réalité ou bien nous allons plonger la tête la première dans le champs de mines que nous avons semé devant nous.

Chris Hedges a passé au moins vingt ans comme correspondant étranger en Amérique du Centrale, au Moyen Orient, en Afrique et dans les Balkans. Sa rubrique parait tous les lundi sur Truthdig.

Traduit par anik le 3 juillet 2010.


forum

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 342 / 603160

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Monde  Suivre la vie du site Amériques  Suivre la vie du site Amérique du Nord  Suivre la vie du site U.S.A.   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.21 + AHUNTSIC

Creative Commons License