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Les attaques américaines transfrontalières sur le sol pakistanais n’aident pas le combat contre les talibans et al qaeda, affirme un haut fonctionnaire pakistanais.

By Ron Moreau / Newsweek
jeudi 13 novembre 2008 par anik

Le major général Mahmud Ali Durrani retraité de l’armée est un acteur essentiel dans la politique de sécurité nationale des deux dernières années. En tant qu’ambassadeur à Washington depuis 2006 jusqu’au mois d’avril, il était au centre stratégique de son pays, et des relations avec les Etats Unis, relations souvent très tendues,
Aujourd’hui comme conseiller de la sécurité nationale, il ne conseille pas seulement le président Asif Ali Zardari et le premier ministre Yousaf Raza Gilani, il délivre également des messages difficiles à Washington, proteste contre les attaques militaires à l’intérieur du territoire pakistanais, il sert de liaison entre les plus hauts chefs politiques des deux pays et le puissant chef de l’armée Ashfaq Kayani.
Lors d’une interview exclusive avec Ron Moreau de Newsweek dans son bureau au sein du secrétariat du premier ministre à Islamabad, Durrani, âgé de 67 ans, raconte comment les attaques américaines détruisent les efforts du pays contre les militants, ainsi que les engagements du pakistan pour combattre les extrémistes à leur manière ; alors que les relations historiquement tendues entre les chefs politiques du pays et les militaires sont, au moins pour le moment, en train de progresser positivement.

Extraits :

NEWSWEEK : Il a été rapporté que vous avez effectué un voyage en toute urgence à Washington immédiatement après une attaque terrestre sans précédent de l’armée américaine dans les zones tribales pakistanaises au début du mois de septembre dernier. Quel était votre message pour l’administration Bush ?

Durrani : J’y suis allé, mais pas immédiatement après l’attaque.
Au début le président Zardari a dit que nous devions faire quelque chose à ce sujet. Toute le monde était très contrarié. Alors j’ai commencé par envoyer une lettre trois jours après l’attaque au conseiller de la sécurité nationale américaine Stephen Hadley, exprimant notre opinion et affirmant notre opposition à cette action. J’ai dit que c’était grandement impopulaire au Pakistan et que cela créait un anti-américanisme encore plus important ; que l’armée pakistanaise est mécontente de cette action, et plus important encore que cela ne soutient pas votre cause et est contre productif.
Cela provoque l’éffet immédiatement opposé à ce que vous essayez de faire. Nous essayons de séparer les bons des méchants, de séparer les tibus des milices. Nous avons exposé très clairement que cette attaque les poussait à se rapprocher et créait de la sympathie pour les milice. Peu de temps après, je suis allé à Washington et j’ai redit personnellement mon message à la maison blanche.

Quelle fut la réponse ?

Mr. Hadley m’a dit que notre lettre avait été transmise aux plus hauts niveaux, j’assumais que cela voulait dire le grand chef. Aucune promesse n’a été faite. Pratiquement aucun commentaire n’a été fait de leur côté, je pense que le message est bien passé - certainement en ce qui concerne les incursions sur le territoire, mais pas vraiment en ce qui concerne l’arrêt des attaques du Prédateur.

Les incursions sur le territoire ont cessées mais les attaques des drones augmentent. Est-ce que les attaques du Prédateur sont plus acceptées que les assauts terrestres ?

Non, cela n’est pas acceptable non plus. Actuellement les incursions terrestres ont amplifié ce sentiment. Il y avait déjà eu des attaques des Prédateurs auparavant. Les gens n’appréciaient pas, mais on laissait faire. Mais les incursions terrestres ont amené le problème au premier plan. Cela a eu un effet doublement négatif. Il a solidifié l’opposition non seulement contre les incursions terrestres mais contre les attaques du Prédateur également. L’opération terrestre n’était pas une chose intelligente à faire. A notre avis ce n’était bon ni pour nous ni pour les Etats Unis.

Avez vous transmis le même message au nouveau commandant général du commandement central américain David Petraeus, qui est venu en visite à Islamabad la semaine dernière ?

Je pense que la visite du général Petraeus a été très utile. Nous apprécions qu’il soit venu aussi rapidement après sa nomination. Cela démontre son engagement ainsi que celui des militaires, des usa, pour la région. Nous étions très contents. Il y avait deux niveaux de discussions. L’une concernait ses homologues militaires, le chef de l’armée général Ashfaq Kayani et le président des chefs regroupés le général Tariq Majid. Ils ont plus discuté d’affaires militaires, ils se sont concentrés sur comment combattre cette guerre, quoi faire et ne pas faire. Je pense que le message qui lui a été transmis était qu’il fallait "cesser les attaques des Prédators, vous n’aidez pas la situation". Sur un niveau politique plus large, ce même message lui était exprimé sans aucune ambiguité par le président et le premier ministre : plus d’attaques de Prédateurs. Je pense qu’il a compris le problème et notre position. Je pense qu’il y avait une compréhension que lorsque les attaques des Prédateurs ont commencé, il y avait un sentiment à Washington que le Pakistan n’en faisait pas assez. Maintenant le Pakistan fait plus qu’il n’en faut. Alors ces attaques deviennent plus des obstacles que des aides.

L’armée pakistanaise est toujours activement dans une opération dans la zone tribale du Bajaur et,apparemment avec succès ; alors qu’au même moment les Prédateurs attaquent dans le Waziristan. Est-ce que ces attaques sapent les progrès de Baj aur ?

C’est très ennuyeux pour nous. Il y a également des dommages collatéraux, ce qui contrarie la population. Alors cela n’aide pas nos projets. Cela créé vraiment un obstacle pour le travail.

Il semble qu’il y ait un désaccord stratégique entre le Pakistan et les Etats Unis en ce qui concerne la guerre contre les milices armées avec les Etats Unis qui attaquent des zones que vous n’attaquez pas ?

Je pense que le désaccord est interne à l’amérique. C’est chez eux, pas ici. Il existe des éléments dans votre système de sécurité qui pensent que l’utilisation des Prédateurs n’est pas la bonne façon de procéder. Et il existe aussi des éléments dans votre appareil de sécurité qui pensent qu’il faut continuer les attaques avec les drones. Le désaccord est à Washington.

Est-ce que cela reviendra à Barack Obama après son investiture de décider finalement sur les attaques des Prédateurs ?

Bien sûr, c’est une décision qui doit être prise au plus haut niveau politique, non pas seulement par CENTCOM ou par le commandant américain local qui siège en Afghanistan. Envahir le territoire souverain d’un pays doit être décidé au plus haut niveau. J’ai le sentiment que Washington est enfin en train de comprendre le message concernant le territoire comme pour les attaques des Prédateurs.

Est-ce que le Pakistan a la volonté et la capacité d’attaquer tous ces éléments talibans et d’al qaeda que visent les Etats Unis ?

Laissez moi m’exprimer ainsi : le Pakistan s’est engagé à le faire, il en a la volonté, et les solutions, mais manque de certains moyens. Mais la réponse automatique des Etats Unis est que puisque le Pakistan n’en a pas les moyens, alors ils doivent venir et le faire pour nous. C’est une logique incorrecte, parce qu’en venant le faire, ils deviennent des intrus. Cela n’aide en rien. Aussi loin que je suis concerné, la réponse logique est de fournir de l’appui au Pakistan pour qu’il puisse faire son boulot, qu’il puisse faire ce qu’il veut faire, et qu’il puisse faire ce que vous voulez qu’ils fassent. C’est un système plus économe et plus efficace.

Alors, de quoi le Pakistan a-t-il besoin pour être capable de poursuivre les milices ?

Le Pakistan n’est pas une république bananière. Nous avons un gouvernement puissant, une armée très professionnelle et très forte. Malgré tout, nous manquons de moyens. Comme je l’ai dit à mes nombreux amis à Washington, nous combattons une guerre. Nous avons la moitié de notre armée déployée et combattant le long de la frontière Afghane. Nous sommes dans une guerre de longue haleine. Mais votre chaine de support, qui nous aide, travail sur une base de temps de paix. Nous avons besoin que vous nous aidiez beaucoup plus vite.

Et avec de meilleurs équipements aussi ?

Plus rapidement. Oubliez les meilleurs équipements. Au moins, livrez nous ce que vous vous êtes engagés à donner et faites le rapidement. Par exemple, nous avons besoin de plus d’hélicoptères d’attaques. Nous les utilisons toute la journée. Nous ne pouvons les utiliser la nuit. Maintenant, l’ennemi est là continuellement. Donc nous avons besoin des équipements aujourd’hui. Cependant on nous répond : "nous cherchons dans nos dépotoirs, et si nous en trouvons, nous les réparerons et nous vous les donnerons. Mais cela va prendre au moins entre deux et trois ans. Ce n’est pas la bonne façon de faire. Je ne veux pas ainsi minimiser ce que votre gouvernement et votre armée fait pour nous. Mais ce que je dis c’est : "Les gars, accélérez le mouvement".

Un de votre travail clé est de pourvoir à la liaison cruciale entre la branche exécutive et le général Kayani. Comment descrivez vous les relations entre le pouvoir civil et les militaires qui ont démontré à quel point elles pouvaient être problématiques dans le passé ?

En ce moment, les relations entre le chef de l’armée, le président et le premier ministre sont excellentes. Bien sûr, les évidences historiques vous amènent à poser cette question à cause du role dominant que l’armée a joué dans nos vies. Une de nos chances c’est que nous avons un chef comme Kayani qui essaie très fortement de travailler sous le controle les chefs politiques. Il fait tous les efforts parce qu’il croit dans la démocratie. Il croit à l’ascendance du pouvoir polituqe, et que l’armée doit être subordonnée à ce pouvoir.

Ainsi le général Kayani et le président et premier ministre sont sur la même longueur d’onde en terme de tactiques et de stratégies dans la lutte contre les extrémistes ?

Absolument, le pouvoir politique, dont je fais partie maintenant, donne de larges directives à l’armée. Mais parfois il y a des accros quand le pouvoir politique essaie de mener des batailles et des campagnes. Cela arrive dans tout les pays. C’est un jeu dangereux. Nous devrions le laisser aux professionnels. Cela devrait être seulement une large orientation, des directives et des objectifs que le pouvoir politique devraient donner aux militaires. S’ils s’impliquent trop dans la dure réalité des tactiques, alors nous avons un problème. Jusqu’à présent les choses se passent bien.

Le mois dernier une résolution parlementaire concernant les milices semble proposer quelque chose pour tout le monde : quelque chose pour tous ceux qui veulent en finir avec les milices, quelque chose pour ceux qui préfèrent négocier. Est-ce que cela va ainsi stimuler le support populaire pour la campagne militaire ?

Je pense que le support populaire est en constante augmentation doucement. Il n’a pas explosé comme nous aurions aimé. Mais en général, le document est positif car il reconnait dans sa toute première phrase que "l’extrémisme, les milices et le terrorisme, dans toutes ses formes et toutes ses manifestions, posent un grand danger pour la stabilité et l’intégrité de l’état de la nation". Elle met fortement l’accent sur le dialogue avec les personnes qui veulent aller dans une direction pacifique, qui ont envie de cesser de se battre. Nous les écouterons. Mais s’ils nous tirent dessus, on leur répond. Depuis la résolution parlementaire il n’y a pas eu de diminution de l’action militaire. Je pense que la différence entre maintenant et les actions militaires du passé c’est que celle-ci sera portée jusqu’à sa conclusion logique. Cela signifie que vous ne commencez pas puis arrêtez sans arrêt, parce que vous perdez quand vous agissez ainsi. Nous l’avons appris à nos dépends maltheureusement. Les intentions d’alors étaient bonnes mais les stratégies qui suivaient étaient floues. Vous ne laissez pas le travail fait à moitié. Si vous agissez ainsi, alors les ennemis en profitent.

Parlerez vous avec les milices avant qu’ils déposent les armes ?

Ces sujets sont gardés obscurs exprès. Je dirais que s’il y a un combattant qui a une arme entre les mains et qui est prêt à me tirer dessus, alors il n’y a pas de dialogue avec lui. Cependant, s’il y a un combattant qui dit qu’il va rengainer son épée et qu’il est prêt à parler, alors nous lui parlerons très probablement. Cette distinction nuancée est nécessaire à cause des traditions des zones tribales où les garçons recoivent des armes quand ils commencent à avoir un soupçon de barbe à 14, 15 ans. Pour eux, une arme est un signe de fierté. Leur demander de baisser les armes représente bien plus pour eux que ce que vous pouvez imaginer.

Il y a eu des morts civils, des villes et des villages dans le Bajaru ont été détruits lors des combats. Comment reconstruisez vous le soutien parmi la population pour gagner leur coeurs et leurs esprits ?

Quand les opérations sont terminées, il faut un grand effort pour réinstaller la vie des population, les aider avec la reconstruction des maisons également, les routes détruites et réinstaller les marchés. Mais ce mouvement des opérations militaires vers des réglementations civiles doit avoir une connection identique. C’est très important. Dans le passé nous avons conduit des opérations militaires et ensuite il y a eu des pauses et rien ne s’est passé sauf que les ennemis sont revenus en bien meilleur position. C’est la première fois qu’après plusieurs mois, voire plusieurs années, les lashkars locaux (milice tribales) sont intervenus en faveur des opérations militaires. Les locaux, qui étaient au début intimidés et terrorisés par les extremistes, vont se soulever et combattre quand ils savent qu’ils ont une chance de gagner. Il y a eu des membres du parlement élus qui ont crié et pleuré, demandant d’arrêter les opérations militaires. Mais sur le terrain, les gens nous chuchotaient des messages en disant : "n’arrêtez pas !"

Est-ce que la menace d’al qaeda dans les zones tribales est aussi sérieuse que Washington le dit ?

Il est difficile de critiquer une affirmation. Washington a un système de renseignements meilleur que le notre. Mais il n’y a pas d’ armées d’ennemis qui se préparent au combat dans les zones tribales. Il doit y avoir 5 gars ici et 3 gars là, assis sous des tentes, complotant, préparant. C’est possible et probable. Mais il n’y a pas des centaines de cellules travailllant dans des bunkers qui ressembleraient aux centres militaires d’opérations du pentagone. Je ne pense pas qu’ils seraient en train de se préparer et d’entrainer des gens pour aller et attaquer Washington. Mais cela ne leur donne aucune information. Vous pouvez rester assis dans une cabane isolée et imaginer détruire le monde entier, mais votre connection et vos relations sont très pauvres depuis ce genre d’endroits.

Source

Traduit par Anik le 13 novembre 2008.


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