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Longo maï, un projet écologique ?

Par Caroline Meijers
mardi 4 novembre 2008 par anik

Partant d’une critique du capitalisme et visant un changement social, Longo maï, fondé en 1973, était alors très méfiant vis-à-vis de la mouvance écologiste et des idées de « retour à la terre ».Pourtant, ses coopératives se sont implantées dans des zones rurales, elles cultivent la terre et s’orientent vers l’autosuffisance alimentaire et une production écologique. Quel est donc le rapport entre les luttes politiques du mouvement et son côté « agroécologique » ? Caroline Meijers, qui vit à Longo maï depuis vingt-cinq ans, estime que ces deux engagements se complètent, car l’anti-capitalisme a inclus dès le départ une réflexion sur une « micro-économie » qui garantisse l’autonomie des producteurs et mette fin à l’exploitation du tiers monde, et c’est une écologie structurelle qui est visée. Mais aujourd’hui, alors que certains « Longo maïens » cherchent à mener ces deux luttes en s’appuyant sur de larges alliances, d’autres misent surtout sur la construction d’une contresociété en marge du système en place.

Un projet de changement social

La « Coopérative Européenne Longo maï » compte aujourd’hui dix coopératives en Europe (plus un village au Costa Rica), où vivent environ deux cents adultes et une centaine d’enfants et d’adolescents1. À l’origine de ce mouvement, on trouve les groupes Spartakus, de Vienne, et Hydra, de Suisse. Qui étaient ces deux groupes2 ?


Spartakus

En 1968, quelques amis autrichiens fondent une section de jeunes du Parti communiste autrichien, la Section VI. Ils organisent des actions ludiques et originales, notamment pour lutter contre la privatisation des usines ou pour dénoncer la situation scandaleuse régnant dans de nombreux foyers de jeunes ; ils réussissent ainsi à lancer un débat public, ou contre la privatisation des usines. En 1970, ils quittent le Parti communiste, qu’ils jugent sclérosé, et créent Spartakus, « organisation de combat de la jeunesse ».Pendant l’assemblée de fondation du mouvement, dans le Land de Styrie, le camp où sont logés les membres de Spartakus est attaqué par des membres du NPD (parti d’extrême droite). « Lorsqu’un peu plus tard Spartakus est accusé d’être une ‘annexe de Baader-Meinhof’en Autriche et que l’appartement à Vienne est attaqué à la grenade, le groupe décide de quitter l’Autriche et de rejoindre Hydra à Bâle3. »


Hydra

Dans le sillage de Mai 68, différents mouvements contestataires se forment dans les villes universitaires suisses, notamment à Bâle et à Zurich. Hydra était un de ces mouvements : il travaillait selon des méthodes syndicales traditionnelles pour soutenir les apprentis rencontrant des problèmes avec leurs patrons. Le groupe menait aussi des actions moins conventionnelles, par exemple, en 1972, contre l’initiative populaire xénophobe dite « Schwarzenbach », qui visait à expulser de nombreux étrangers de Suisse4.

Hannes Reiser décrit comme suit la rencontre entre les jeunes Suisses de Hydra et les membres de Spartakus, rencontre qui devait déboucher sur la formation d’un seul groupe :

«  À cette époque turbulente, quelques amis de Spartakus de Vienne sont venus à Bâle. Ils faisaient une sorte de « tour d’Europe des endroits où ça bougeait ». Ils ont présenté leurs expériences et leurs actions militantes, qui étaient bien plus attractives et plus proches de nos désirs que les théories dont nous avaient parlé les grands leaders étudiants venus d’Allemagne pendant leur pèlerinage en Suisse. Nous nous sommes sentis attirés par ce collectif qui ne séparait pas la vie privée de l’action politique. »5

Actions communes

Hydra et Spartakus cherchent à rassembler des jeunes de plusieurs pays lors de grandes rencontres et d’y inviter des gens en lutte. Dans ce but, ils tentent de créer des lieux de rencontre permanents, qu’ils nomment les « Villages pionniers ». Albert décrit ainsi la naissance de ce projet : « Nous avions suivi de près plusieurs confrontations comme par exemple chez les mineurs du Limbourg, les paysans bretons, la grève des dockers en Angleterre, etc. Nous avons constaté que ces confrontations ne menaient à rien dans l’immédiat. Nous avons commencé à lire les utopistes du XIXe siècle. Lors d’une discussion, l’idée de Longo maï est née. Nous lisions les utopistes parce que nous voulions trouver de nouvelles formes de vie commune. Le chômage des jeunes pointait à l’horizon, il y avait de moins en moins de perspectives. Au lieu de monter sur les barricades avec des revendications, nous voulions essayer de réaliser nous-mêmes une forme d’utopie sociale. »

Après les révoltes de 1968 et l’échec des grands mouvements de grèves contre la restructuration de l’économie mentionnés par Albert, on trouvait deux tendances nouvelles parmi les jeunes révoltés : la lutte armée, avec la Fraction armée rouge en Allemagne et les Brigades rouges en Italie, et la tendance affirmant que « la révolution commence par soi-même », qui a abouti au mouvement du « retour à la terre ». Les jeunes de Spartakus et de Hydra ont cherché une troisième voie, qu’ils définissent euxmêmes comme « indépendantiste, autogestionnaire, bref révolutionnaire, quoi ». Ils rejetaient la voie de la lutte armée, jugeant qu’elle mènerait surtout à la répression de ceux qui la pratiquent et à la criminalisation des jeunes en général. Ils refusaient aussi la voie du « retour à la terre », en laquelle ils voyaient l’expression d’une résignation et un prétexte « pour se consacrer intensivement à son propre nombril ». La création de coopératives s’est ainsi présentée comme une troisième voie : née du besoin d’avoir des lieux de vie en commun permettant une certaine autonomie dans la réflexion et l’action politique, elle joignait réalisation d’une utopie sociale et création de bases de repli pour des militants engagés dans une contestation politique du système établi.

Source de l’article : Réfractions

Lire la suite sur le pdf joint.

Caroline Meijers

Vit et travaille depuis 1982 dans
les coopératives de Longo maï d’abord
en France, puis depuis 1993 au Montois,
dans le Jura suisse. Elle s’est occupée
d’élevage et d’animation radio
et elle a (co-)organisé de nombreuses
campagnes dans son pays natal,
les Pays-Bas. Depuis 2000, elle est active
dans plusieurs mouvements
de soutien aux sans-papiers.


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