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Marx et Rosa Luxemburg sur la notion de droits de l’Homme

par luxemb
samedi 18 octobre 2008 par anik

Considérons un moment ce qu’on nomme les Droits de l’Homme, considérons-les sous leur forme authentique, sous la forme qu’ils revêtent chez leurs inventeurs, les Américains du Nord et les français.

Karl Marx, MORCEAUX CHOISIS, NRF -GALLIMARD 1934

Les droits de l’homme et du citoyen, (page 214-217)

Considérons un moment ce qu’on nomme les Droits de l’Homme, considérons-les sous leur forme authentique, sous la forme qu’ils revêtent chez leurs inventeurs, les Américains du Nord et les français. En partie ces droits sont des droits politiques, des droits qui ne peuvent être exercés que dans une communauté. La participation à la communauté, à la communauté politique, à l’essence de l’Etat, définit leur contenu. Ils entrent dans la catégorie de la liberté politique, dans la catégorie des droits civiques… Il reste à examiner l’autre partie des droits de l’Homme, dans la mesure où il se distinguent des «  droits du citoyen »…

On fait une distinction entre les droits de l’homme, et les «  droits de l’Homme » comme tels, et les «  droits du citoyen ». Quel est cet homme distinct du « citoyen » ? Rien d’autre que le membre de la société bourgeoise. Pourquoi le membre de la société bourgeoise est-il appelé «  homme », homme tout court, pourquoi ses droits sont-ils appelés droits de l’homme ? Par quoi s’explique ce fait ? Par le rapport entre l’Etat politique et la société bourgeoise, par la nature de l’émancipation politique.

Avant tout, constatons le fait que les droits de l’homme, les «  Droits de l’Homme » distincts des « Droits du citoyen » ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la communauté. La constitution la plus radicale, la déclaration de 1793 déclare :

« Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen.

Art. 2. Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont : l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété . »

En quoi consiste la liberté ? « Art. 6. La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui. », ou, d’après la déclaration des droits de l’homme de 1791 : «  La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

La liberté est donc le droit de faire tout ce qui ne nuit à personne. Les limites dans lesquelles chacun peut se mouvoir sans nuire à autrui sont définies par la loi, comme la limite entre deux champs est définie par un palis. Il s’agit de la liberté de l’homme considéré come une monade isolée et repliée sur elle-même…, le droit de l’homme ne base point la liberté sur l’union de l’homme avec l’homme, mais plutôt sur la séparation de l’homme d’avec l’homme. C’est le droit de cette séparation, le droit de l’individu limité, limité à lui-même.

L’application pratique du droit de liberté est le droit de propriété privée.

En quoi consiste le droit de propriété privée ?

« Art. 16 (Constitution de 1793). — Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. »

Le droit de propriété privée est donc le droit de jouir de ses biens à son gré, sans tenir compte d’autrui, indépendamment de la société, c’est le droit d’en disposer, le droit de l’égoïsme. Cette liberté individuelle, avec ses applications, constitue le fondement de la société bourgeoise. Elle fait voir à chaque homme, dans un autre homme, non point la réalisation, mais plutôt la limite de sa liberté…

Restent encore les autres droits de l’homme « l’égalité » et la « sûreté ».

« L’égalité » n’est pas prise ici dans sa signification politique, elle n’est que l’égalité de la « liberté » décrite plus haut, c’est-à-dire que tout homme est également considéré comme une monade repliée sur elle-même. La constitution de 1795 définit le concept de cette égalité, conformément à sa signification : « Art. 5 (Constitution de 1795). — L’égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. »

Et la « Sûreté » ? « Art. 8. (Constitution de 1793) : La sûreté consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés. »

La sûreté est le plus haut concept social de la société bourgeoise, le concept de la Police c’est l’idée que la société toute entière n’existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits et de sa propriété. Hegel comprend ainsi la société bourgeoise, il l’appel «  l’état de la nécessité et du raisonnement ».

Par le concept de sûreté, la société bourgeoise ne sélève pas au-dessus de son égoïsme. La sûreté est plutôt l’assurance de son égoïsme.

Aucun des prétendus droits de l’homme ne dépasse donc l’homme égoïste, tel qu’il est dans la société bourgeoise, c’est-à-dire replié sur soi, sur ses intérêts privés et ses volontés arbitraires, comme un individu séparé de sa communauté… Le seul lien qui unisse les hommes, c’est la nécessité naturelle, le besoin, la conservation de leurs propriétés et de leurs personnes égoïstes.

(…) Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, suintant la sanie : voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est. Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit, c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment.

Réforme sociale ou révolution ? (avril 1899)

Grève de masse, parti et syndicat

in Rosa Luxemburg, Editions sociales - collection essentiel1982, (p 181)

Source : linter.over-blog.com


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