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Le prince et le moine (roman)

lundi 29 septembre 2008 par Pierre

Au Xe siècle, alors que le Saint Empire et les Eglises romaine et orientale rivalisent en Europe centrale, les Magyars s’installent dans les Carpates. Ils étaient dirigés conjointement par le Gyula, chef temporel et le Künde, chef spirituel, jusqu’à l’assassinat de ce dernier. Mais un bénédictin de Saint-Gall, chargé de proposer une alliance entre le Gyula et le Pape, s’introduit chez les Magyars.

Róbert Hász Septembre 2007 ISBN 2878582500

Mémoire des tribus magyares

De fougueux guerriers à cheval, une époque troublée et mystérieuse, des intrigues de palais : Le Prince et le Moine, le dernier roman de Róbert Hász, nous entraîne dans l’Europe centrale du XIe siècle, sauvage et inconnue. Stephanus de Pannonie, modeste moine bénédictin de l’abbaye de Saint-Gall, est chargé par le pape d’une mission capitale : proposer aux terribles tribus hongroises ravageant l’Occident chrétien une alliance contre l’empereur germanique Othon Ier, qui menace le Vatican. Le vieux religieux quitte donc avec regret la sérénité du vignoble de son monastère et s’enfonce en terre païenne.

Son destin sera plus que celui d’un messager, car il est porteur du médaillon de l’oiseau Togrul, l’aigle protecteur que vénèrent les cavaliers hongrois, le symbole des descendants des Künde, les princes qui veillent depuis la nuit des temps sur les âmes des Magyars. En vérité, Stephanus est un bien étrange moine : il porte la robe de bure, mais sait monter à cheval ; il parle latin, mais comprend instinctivement le hongrois... Bien vite, il lui faudra choisir entre les deux mondes qui cohabitent en lui, entre ce que lui dicte sa raison et ce que lui ordonne son cœur. Un déchirement bien délicat à accomplir.

En mêlant l’histoire et la légende, le récit à la chronique mythologique, Hász nous offre un voyage fondateur au cœur d’une période méconnue de l’histoire européenne. Les récits et les destins se croisent et reconstituent la grande fresque épique de la migration et de l’installation des tribus magyares sur le territoire de la future Hongrie. Après La Forteresse – une fable construite sur le même principe que Le Désert des Tartares, de Dino Buzzati –, qui brossait la métaphore puissante du monde en pleine déliquescence de l’ex-Yougoslavie des années 1990, Le Prince et le Moine revient sur les thèmes de l’identité et de la mémoire, si chers à l’écrivain hongrois de Voïvodine, installé en Hongrie depuis l’éclatement yougoslave.

Comment conserver ses valeurs ancestrales dans un environnement en mutation rapide, où les cultures des voisins (ici l’Occident chrétien, l’Empire bulgare et l’Empire byzantin) sont synonymes de modernité et de puissance ? Les cavaliers magyars devront choisir. Se convertir au christianisme, abandonner leur mythologie et leur solidarité traditionnelle ou disparaître, car « celui qui regarde trop longtemps dans les puits du passé ne voit plus la réalité »...

Dans cette Europe du second millénaire naissant, les grands mouvements de population et les invasions barbaresques cèdent progressivement la place aux empires et au système féodal en train de s’instaurer. Stephanus est le témoin privilégié d’un monde en pleine mutation. Lui, l’étranger, deviendra le dernier détenteur d’une mémoire que plus personne ne veut porter. Un destin qui souligne, s’il en était encore besoin, que l’histoire est toujours le fruit de choix idéologiques qui seront un jour ou l’autre remis en cause. Car rien n’est immuable.

Laurent Geslin, dans le Monde Diplomatique


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