robin-woodard

Une chambre au paradis

lundi 29 septembre 2008 par Pierre

Ce livre s’ouvre dans une grotte, en Egypte, en 1993 : un groupe de terroristes islamistes s’apprête à perpétrer un attentat contre le temple de Louxor. Parmi eux Jochen Abdallah Sawatzky, un jeune Allemand converti à l’islam. Pour décrire la marche d’approche, les préparatifs et la mise en échec de l’attentat, Christoph Peters se glisse dans la peau de son personnage. Il tente de saisir ses motivations et les raisons de sa conversion, de comprendre pourquoi, malgré les réticences de la jeune fille égyptienne dont il est amoureux, il s’est engagé dans la lutte armée, obstiné à vaincre tous les obstacles, et notamment la méfiance de ses nouveaux coreligionnaires. Ce monologue du terroriste interroge de manière saisissante les sources du fanatisme religieux et de l’aveuglement.

Interrogation qui se poursuit dans la deuxième partie du livre, consacrée elle à la confrontation de Sawatzky, un des seuls survivants de l’opération, avec l’ambassadeur d’Allemagne au Caire, dont la mission est d’obtenir son extradition. Claus Cismar fut, dans les années soixante, militant d’extrême gauche dans la RFA d’alors et, devant la conviction inébranlable du prisonnier, il en vient malgré lui à remettre en cause sa propre vie et ses propres choix. Comment et pourquoi a-t-il trahi les idéaux de sa jeunesse pour faire carrière et devenir partie prenante du système que naguère il avait combattu ?

Christoph Peters Octobre 2007 ISBN 2848050578

Impossible huis clos

Ce roman s’ouvre en novembre 1993 par l’angoissante progression vers le Nil d’un groupe armé terroriste décidé à détruire le temple de Louqsor. Parmi les neuf hommes, on compte des anciens moudjahidin revenus d’Afghanistan, et un occidental : Jochen « Abdallah » Sawatzky, jeune Allemand converti à l’islam. Les autorités égyptiennes parviennent à déjouer l’attentat in extremis. « Touché par la grâce », inébranlable, Abdallah est détenu dans une prison égyptienne. Malgré les tortures et la probable exécution qui l’attend, il reste imperturbable, persuadé de la récompense somptueuse qu’il recevra après la vie terrestre. Tourmenté et malade, Claus Cismar, ambassadeur d’Allemagne au Caire chargé d’obtenir son extradition, se retrouve face à lui dans la cellule de la prison de haute sécurité où il est détenu. Les entretiens se succèdent, qui vont emmener le diplomate sur des sentiers d’égarement.

A la recherche, vaine, d’une explication banale à cette conversion si mystérieuse et radicale – enfance difficile, amour déçu, polytoxicomanie –, Cismar plonge en plein désarroi : « Se pourrait-il que la vision d’un monde sécularisé et celle de croyants divergent au point de ne jamais pouvoir se croiser ? » La logique de la révélation divine d’un converti ne peut s’inverser, même face à la rationalité d’un homme empreint de l’idéologie des Lumières. Face à ce dilemme insurmontable, Cismar va sonder la société égyptienne, tourner le dos à son propre camp, et perdre peu à peu de vue sa mission officielle. Déçu de son rendez-vous avec le cheikh al-Basal, représentant de l’islam éclairé, il relit le Coran, interpelle le bon sens populaire, jusqu’à son chauffeur, qui lui déclare : « Basal dit ce que le gouvernement veut entendre et le gouvernement veut entendre ce qui a bonne presse en Occident. »

Dans ce récit insidieux et saisissant, Christoph Peters instille des questions cruciales sur la crise du monde postmoderne et ses rapports à la sphère religieuse. Une quête perdue d’avance va commencer pour l’ambassadeur, obsédé par l’idée de « comprendre le fonctionnement de cette religion qui fait que des jeunes gens intelligents se prennent pour des saints et se transforment en assassins ». Renvoyé à ses propres atermoiements, lorsqu’il militait au sein de la Fraction armée rouge en Allemagne de l’Ouest, Cismar se perd dans un tourbillon qui gagne le lecteur.

Opposant l’implacable logique destructrice d’un intégriste au besoin vital du diplomate désabusé de comprendre un être humain, l’auteur sonde les raisons de la propagation du djihad. La longue occupation occidentale des pays où vivent de nombreux musulmans, le soutien à des régimes autoritaires, le développement économique et politique inéquitable, qui ont nourri et donné du poids aux islamistes, ne sont pas des raisons qui satisfont Cismar, en perpétuelle remise en question. Les rouages complexes de la diplomatie, les infractions persistantes des autorités égyptiennes aux conventions internationales ne font que renforcer le trouble de la mission qui lui est confiée. Le seul réconfort lui vient des relations, réelles ou fantasmées, qu’il entretient avec trois femmes : Françoise, sa confidente en poste à l’ambassade de France, sa femme Inès, et Arua, ex-fiancée égyptienne de Sawatzky, dont l’ombre plane sur le roman comme un début d’apaisement. En guise de mot d’adieu, avant le départ de Sawatzky au combat, elle lui avait déclaré : « L’islam est une religion de la paix. »

Blanche Vandecasteelle, dans le Monde Diplomatique

Christoph Peters est né en 1966 en Rhénanie. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont l’un a été traduit en français (Hanna endormie, 2001) et vit aujourd’hui à Berlin. Fin connaisseur de l’Egypte et de l’islam, il a travaillé neuf ans à ce livre.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 421830

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers, alternatives, politiques et réflexions  Suivre la vie du site Sociologiques  Suivre la vie du site Sciences humaines & sociales  Suivre la vie du site Société(s)  Suivre la vie du site Religions  Suivre la vie du site Islam   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC

Creative Commons License