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À la conquête du Caucase

dimanche 28 septembre 2008 par Pierre

Extrêmement documenté, le récit du journaliste Eric Hoesli séduit par sa capacité à raconter dans le détail presque deux siècles de lutte pour le contrôle de l’isthme. Il y narre la coûteuse et épique conquête du Caucase par les Russes, en butte à l’État islamique du légendaire imam Chamil, ou les batailles pour l’or noir de Bakou. Mais il raconte aussi des entreprises bien moins connues, comme les équipées des alpinistes anglais du XIXe siècle, entre goût de l’exploit et arrière-pensées géopolitiques – la « croisade pour la Circassie ».

Éric Hoesli Octobre 2006 ISBN 284545130X

Carrefour dangereux, le Caucase est aujourd’hui l’une des régions du monde les plus convoitées. De la Tchétchénie au Daghestan et à la Géorgie, il demeure un lieu de conflits et d’affrontements. Lutte pour le pétrole, montée de l’islamisme, rébellions armées et combats pour l’indépendance : le massif montagneux qui marque la frontière de l’Europe avec l’Asie et le Moyen-Orient est aussi le champ de bataille des années à venir.

Depuis deux siècles, les grandes puissances politiques et militaires se livrent dans la région à une guerre d’influence qui a souvent débouché sur des conflits armés, parfois accompagnés de génocides ou de déportations. L’expansion russe, le « Grand Jeu » (la guerre froide à laquelle se sont livrés la Grande-Bretagne et l’Empire russe durant tout le XIXe siècle), les tentatives de conquête du massif par l’Allemagne ou la bataille politique et économique pour le contrôle du pétrole : autant de processus marquants dont le Caucase est le décor.

Imams et chefs de guerre montagnards, otages célèbres, espions anglais et alpinistes de la Wehrmacht, agents de Staline ou pionniers du pétrole sont les acteurs de cette histoire souvent tragique.

A l’écart des idéologies et des partis pris, À la conquête du Caucase est un ouvrage inédit qui révèle sources et témoignages jamais exploités jusque-là. Cette épopée riche et vivante donne les clés d’une histoire qui ne s’achève pas à la dernière ligne de ce livre.

Extrait

Tuez Chamil !

Le comte Pavel Grabbe vient de fêter ses cinquante ans quand un oukase impérial l’expédie dans le Caucase. Parvenu à cet âge, au milieu du XIXe siècle, un officier de son rang peut espérer terminer paisiblement sa carrière comme courtisan ou conseiller dans l’un des nombreux cénacles militaires établis à Saint-Pétersbourg. Et c’est bien jusque-là le dessein que l’on prêtait à ce général-lieutenant aux origines allemandes comme tant d’autres de ses collègues à la tête de l’armée russe.

Pavel Christoforovitch Grabbe est issu de la génération dite des « napoléoniens ». Tout jeune élève officier, il s’est distingué dans les combats d’Eylau en 1807, puis lors de la bataille décisive de Borodino, sur la Moskova. On a reparlé de lui quelques années plus tard, alors que les troupes du tsar combattaient celles du petit Corse le long de l’Elbe, en Saxe prussienne : monté en grade, Grabbe en a fait voir de toutes le couleurs au maréchal français Davout. Il a la réputation de ne pas quitter un champ de bataille sans y avoir conquis un nouveau titre ou mérité une nouvelle récompense. À la cour, on dit de lui qu’il possède une collection complète des décorations militaires existantes. La haute silhouette droite de Grabbe hante les coulisses de l’état-major. Son front dégarni, son menton glabre, sa moustache et ses immenses rouflaquettes tombant en touffes grises sur son col lui donnent l’air d’un coq en colère. Il participe à bon nombre de comités militaires chargés de conseiller Sa Majesté et est parvenu, dit-on, à séduire le souverain et à gagner sa confiance. Cette notoriété lui permet en quelque sorte de compenser ses origines sociales modestes : fils d’un pasteur luthérien de la Baltique, jamais Pavel Grabbe n’aurait logiquement dû atteindre des sommets réservés aux officiers de sang bleu. Scrupuleux, attentif aux détails jusqu’à en être obsédé, un peu nonchalant de nature, mais brillant rhéteur, Grabbe n’est pourtant qu’un piètre commandant en chef. C’est bien à son remarquable sens des relations publiques qu’il doit d’abord son grade de général-lieutenant.

Mais le Caucase ? Grabbe n’y a jamais touché. Comment ce militaire auréolé de gloire dans les campagnes européennes aurait-il pu songer à poursuivre sa carrière dans une guerre contre d’obscurs montagnards ?

Eric Hoesli a été rédacteur en chef de L’Hebdo, puis, successivement, fondateur, rédacteur en chef et directeur du Temps (1997-2004). Il est aujourd’hui le directeur des deux premiers tirages des quotidiens régionaux de Suisse francophone (La Tribune de Genève et 24 Heures). À la conquête du Caucase est le fruit d’une dizaine d’années de travail et de nombreux voyages dans le Caucase.


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