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Pour la mise en place dans le NPA d’une COMMISSION PRISON REPRESSION.

Par Jean Marc Rouillan
vendredi 5 septembre 2008 par anik

La construction du NPA nous amène à soumettre quelques réflexions et propositions à ses futurs membres sur un sujet, oh combien déserté, ou pour le moins sous investi par le mouvement révolutionnaire depuis de trop nombreuses années, celui d’une réflexion autonome et d’un programme d’action sur les questions à nos yeux centrales que sont la répression et la prison.

Il ne nous parait donc pas inutile de revenir sur quelques notions de base définissant notre rapport aux institutions et à l’appareil répressif de l’Etat, d’en tirer après si accord des conclusions organisationnelles.
A l’heure où une partie de l’extrême-gauche se présente depuis longtemps aux élections, où Olivier Besancenot, porte parole de notre projet est invité, sans ostracisme apparent chez Druker, la pire illusion pour les membres du NPA serait de croire à une longue période de cohabitation tranquille avec le pouvoir et ses institutions. Au contraire, plus le système capitaliste va s’enfoncer dans la crise, plus la répression des mouvements sociaux et des organisations qui les animent va frapper. A moins de se tenir totalement au dehors des affrontements de classe, en n’investissant que le champ politique institutionnel, protestataire et électoraliste, notre parti qui en toute logique devrait se construire dans les luttes et leur soutien sera en première ligne. Il n’y a qu’à voir la mise en cause de RESF cette semaine par l’UMP qui impute à cette organisation la responsabilité morale dans l’incendie du camp de rétention administrative de Vincennes pour s’en persuader. C’est pourquoi, sans inutile paranoïa ni précipitation, nous devons nous y préparer.

Pour cela, il nous faudra, en premier lieu, combattre les illusions réformistes sur la nature des institutions et de l’appareil d’état :
PS, PCF, ou Verts partagent en gros la même conception, ils n’exigent de celles-ci qu’un fonctionnement "plus démocratique". Ainsi, la police purgée de ses brebis galeuses, avec plus d’effectifs, serait une institution aux valeurs partagées par l’ensemble de la population et à laquelle on nous sommerait alors de nous soumettre. Ainsi, la justice serait mieux rendue, plus humaine si elle en avait les moyens financiers. Ainsi, des prisons moins peuplées, avec des éducateurs en nombre, plus de peines de substitutions et, pourquoi pas, des rideaux aux fenêtres des cellules deviendraient presque acceptables ! Nous mêmes, anticapitalistes ne sommes pas épargnés dans nos contacts quotidiens avec nos voisins et collègues de travail, y compris dans les rangs de nos sympathisants par l’expression de telles illusions. Nous devons inlassablement réaffirmer que ces institutions ne sont ni neutres, ni au-dessus de la mêlée, elles n’existent que pour défendre les intérêts du capitalisme, et seront l’ultime rempart de celui-ci quand l’affrontement de classe se généralisera. C’est pourquoi un parti réellement anticapitaliste ne saurait avoir une attitude angélique envers les institutions, ni se défausser sur des ONG, des syndicats ou des associations "spécialisées" et se caler ensuite sur leurs programmes.

Nous devons le dire, et surtout l’expliquer : police, justice, prison et nous y ajouterons volontiers l’armée, sont des institutions hostiles à la classe ouvrière et au camp anti-capitaliste. Nous devons les combattre.
La police est partout, nationale, municipale, de proximité ou pas, elle fait régner l’ordre dans les quartiers populaires à coup d’incessants contrôles d’identité au faciès et de provocations en tous genres. Détestée, à juste titre, par la jeunesse, elle est un facteur déterminant dans la révolte des "quartiers".

La justice est nulle part ! Il ne saurait y avoir une justice "équitable" dans le cadre de la société capitaliste. Comment justifier des mesures de répression alors que l’injustice sociale devient chaque jour plus perceptible. Nous devons combattre également les illusions répressives, qui alimentées par des médias à la recherche de l’audimat au moindre événement glauque, font de nouvelles recrues. Leur justice n’est et ne sera jamais la notre, il ne saurait y avoir pour des anti-capitalistes la moindre ambiguïté à ce sujet. L’immense majorité des dossiers traités par la justice concerne les plus faibles et les plus démunis de notre société.
Pour une société sans prisons ! Quelques minutes dans une cour de "promenade" de maison d’arrêt valent tous les discours lénifiants, toutes les statistiques, toutes les émissions de télé. La prison est un lieu de répression et de relégation de masse (+de 65000 détenu(e)s) et de classe (95% de pauvres). Mais elle est également le maillon faible des institutions coercitives de la bourgeoisie. Mise en cause en permanence, y compris dans les rangs de la droite, pas ou peu dissuasive, son taux de population ne fait que s’élever au rythme de la crise sociale. Tout comme la justice et la police, les anticapitalistes ne sauraient défendre le système carcéral et laisser planer l’illusion qu’on pourrait "améliorer" les choses. L’enfermement reste la seule réponse que l’état peut apporter à la contestation de la propriété privée ou de son autorité. D’ailleurs la garde des sceaux, cohérente avec l’analyse d’une prévisible montée des luttes, se prépare à ouvrir de nouvelles prisons.
Combattre l’Europe des prisons : En adoptant une loi fixant à 18 mois la rétention administrative à laquelle pourront désormais être soumis les étrangers en situation irrégulière, l’Europe du capital montre son vrai visage. Pourtant cette fuite en avant dans le tout répressif n’y pourra rien changer. Pensent-ils réellement dissuader des travailleurs africains poussés à l’exil pour survivre et faire survivre leurs familles à tenter ce qu’ils pensent être leur chance ? Aucune clôture, aucun mur, si haut soit-il n’y parviendront. Le NPA doit mener campagne pour la fermeture de ces prisons que sont les centres de rétention administrative et exiger l’abrogation pure et simple de toutes les lois racistes anti-immigrés instaurées par la droite comme par la gauche.

Libération des prisonniers politiques. Ils sont plus d’une centaine dans les prisons françaises : militants d’Action directe, des mouvements indépendantistes corse et basque, anciens militants de la lutte armée en Italie (Marina Pétrella) communiste libanais (Georges Ibrahim Abdallah libérable depuis 1999 mais toujours détenu). Longtemps ignorés par l’extrême gauche, ils sont emprisonnés pour certains d’entre eux depuis 24 ans ! La défense de leurs conditions de détention et de leur identité politique ne sont pris en charge que par des comités "spécialisés" alors que le traitement qu’il leur est fait préfigure bien souvent un durcissement général des mesures carcérales. Après l’isolement prolongé, ce sont les prisonniers politiques qui aujourd’hui font les frais de par son effet rétroactif de la scandaleuse loi dite de rétention de sureté. En abolissant en 81 le statut de prisonnier politique, le pouvoir criminalisait purement et simplement toute activité politique qui ne se situait pas dans le stricte champ institutionnel. Aujourd’hui, des militants engagés dans le soutien aux sans papiers sont jetés en prison sans motifs sérieux et subissent dés leur interpellation les traitements spéciaux de la section antiterroriste du parquet. Le NPA devra aussi se mobiliser pour exiger l’abrogation de toutes les lois dites anti-terroristes (celle de septembre 1986 entre autres), l’abolition des tribunaux d’exception, et une amnistie pour les prisonniers politiques révolutionnaires.

Ce petit inventaire, non exhaustif, nous semble démontrer la nécessité d’un travail sérieux sur toutes ces questions dans le cadre d’une commission prison répression du NPA. Cette commission devra faire aussi le bilan du passé. Bien que ce terrain d’intervention ait été largement occulté, notamment depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, une activité unitaire de masse sur la répression et sur les prisons a déjà existé. Le secours rouge au début des années 70 arrivait à faire travailler ensemble trotskistes, maoïstes, libertaires et inorganisés alors que la bataille idéologique et la concurrence politique entre groupes gauchistes battait son plein. Ce mouvement national, doté d’un secrétariat indépendant des organisations, avait su tisser un réseau fourni de correspondants locaux, de cabinets d’avocats au service des luttes. Le CAP (Comité Action Prison) réussit à animer en liaison avec les prisonniers des révoltes coordonnées sur plusieurs prisons. Il avait su également se doter d’un journal (très bien fait pour l’époque) qui était diffusé à l’entrée des parloirs.

Enfin, cette commission devra aider les militants du NPA à ne pas se trouver démunis s’ils étaient confrontés à la répression. Il ne s’agit pas d’entourer d’un halo de mystère nos activités, au demeurant tout à fait légales, mais de se préparer dans notre fonctionnement à des moments plus compliqués de notre militantisme. Il n’est pas interdit pour comprendre l’utilité d’une telle démarche de lire ou relire Victor Serge "Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression" et de se dire qu’il serait temps de se pencher sur l’élaboration d’une brochure actualisée.
En espérant vivement vous avoir convaincus du bien fondé de la mise en place d’une commission prison répression et que vous ferez remonter vos réflexions aux structures concernées du NPA.

Fraternellement
Jean-Marc NPA Marseille
Alain NPA Paris 13

Source : action directe


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