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Le Silence

By John Zerzan
vendredi 8 octobre 2010 par anik

Le silence était en général, à des degrés divers, un moyen d’isolement. Aujourd’hui c’est l’absence de silence qui rend le monde actuel vide et isolant. Ses réserves ont été envahies et épuisées. La Machine continue d’avancer mondialement et le silence est l’endroit restreint où le bruit n’a pas encore pénétré.

La civilisation est une conspiration de bruits, désignés pour couvrir les silences inconfortables. Wittgenstein qui honorait le silence a compris la perte de notre relation avec le silence. Le présent non-silencieux est une période d’évaporation de l’attention temporaire, d’érosion de la pensée critique, et une moindre capacité pour ressentir les expériences profondemment. Le silence, comme l’obscurité, est difficile à obtenir, mais le cerveau et l’esprit ont besoin de sa substance.

Il existe évidemment beaucoup d’aspects variés du silence. Il y a des silences imposés ou volontaires de peur, de chagrin, de conformité, de complicité (par exemple : la formulation de la "conscience-SIDA" "silence=mort ), qui sont souvent des états en corrélation. Et la nature a été progressivement mise sous silence ; comme cela a été décrit dans le texte prophétique de Rachel Carson : Le Printemps Silencieux. La nature ne peut être mise au silence définitivement. Cependant, ce qui explique en longueur pourquoi certains pensent qu’il doit être détruit : "il y a une mise au silence de la nature, y compris de notre propre nature" conclut Heidegger. [1], et nous avons besoin de laisser ce silence, en tant que silence, parler. Il parle encore très souvent après tout plus fort encore que les mots.

Il n’y aura pas de libération des humains sans la résurrection du monde naturel, et le silence est tout à fait pertinent pour cette affirmation. Le grand silence de l’univers engendre une crainte silencieuse, sur laquelle le romain Lucretius a médité durant le 1er siècle avant JC : "Tout d’abord, admirez la couleur claire et pure du ciel, et tout ce qu’il contient : les étoiles qui vagabondent partout, la lune, le soleil et ses lumières d’une brillance incomparable. Si tous ces éléments apparaissaient aux mortels aujourd’hui pour la première fois, s’ils apparaissaient à leur vue soudainement et inopinément, que pourrait-on décrire qui soit plus merveilleux que cette totalité, et quelle serait l’existence que l’imagination de l’homme aurait le moins osé concevoir ?" [2]

Sur terre, la nature est emplie de silences. L’alternance des saisons est le rythme du silence ; la nuit, le silence descend sur la planète, quoique bien moins maintenant. La description de Max Picard est presque un poème : " La forêt est comme un grand réservoir duquel le silence coule en une rivière fine et lente qui remplit l’air avec ses luminosités. La montagne, le lac, les champs, le ciel - ils semblent tous attendre un signe pour déverser leur silence dans les objets de bruits dans les cités des hommes." [3]

Le silence n’est "pas la simple absence de quelque chose d’autre." [4] En fait, nos désirs se retournent vers cette dimension, ses associations et ses implications. Derrière les recherches du silence se cache le souhait d’un nouveau début sensoriel et culturel.

Le Zen enseigne que "le silence ne change jamais.." [5]
Mais notre attention peut être améliorée si nous nous détournons de l’universalisation errante de la dernière modernité. Le silence est sans aucun doute une spécificité culturelle, et par conséquent il est vécu différemment. Cependant, comme Picard le souligne, il peut nous confronter avec "les débuts originels de toutes les choses." [6] et il nous présente les objets directement et immédiatement. Le silence est primaire, assignant son existence à lui-même ; ainsi c’est une connection au royaume des origines.

Dans la technosphère basée sur l’industrie, la Machine a presque réussi à éliminer la tranquillité. Une histoire naturelle du silence est nécessaire pour ces espèces en danger. La modernité rend sourds. Le bruit, tout comme la technologie, ne doit jamais se retirer - et ne le fait jamais.

Pour Picard, rien n’a autant modifié le charactère humain que la perte du silence. [7] Thoreau appelait le silence "notre asile inviolable" un refuge indispensable qui doit être défendu. [8] Le silence est nécessaire contre le bruit qui s’amplifie. Il est craint par la culture de masse manipulative, de laquelle il reste éloigné, un moyen de résistance précisemment parce qu’il n’appartient pas à ce monde actuel. Beaucoup de choses peuvent être encore entendues contre les fondations du silence ; ainsi une voie est ouverte, une voie d’autonomie et d’imagination.

"Les sens éclosent dans le silence" écrit Jean-Luc Nancy [9] Il faut l’approcher et l’expérimenter physiquement, sans le séparer du monde, dans le coeur silencieux du moi. Il peut illuminer notre incarnation, une étape qualitative éloignée des machines de hallmark qui travaillent si résolument à nous dissocier de nos corps. Le silence peut se révéler une grande aide pour nous dégager de l’information maladive, prédominante et addictive en vogue dans la société. [10] Il nous offre l’espace pour être présent à nous même, pour entrer en contact avec ce que nous sommes. Présents à la réelle profondeur du monde dans un espace de technologies toujours plus fin, toujours plus plat.

Le rapport de la philosophie vis à vis du silence est généralement obscur, et on peut l’évaluer comme tous ses autres échecs habituels. Socrate considérait que le silence faisait partie du royaume du nonsense, alors qu’Aristote revendiquait que rester en silence provoquait des flatulences.
 [11]
En même temps cependant, Raoul Mortley constatait "une insatisfaction grandissante avec l’usage des mots", "une augmentation énorme du language du silence" dans la grèce antique. [12]

Bien plus tard, Pascal était terrifié par le "silence de l’univers". [13] et Hegel disait clairement que ce qui ne pouvait pas être parlé était simplement mensonger, que le silence était une déficience qui devait être surmontée. Schopenhauer et Nietzsche ont tous les deux souligné la valeur essentielle de la solitude, en divergeance avec l’anti-silence Hegel entre autres.

Un commentaire sur Ulysse et les sirènes (de l’odyssée d’Homer) par Horkheimer et Adorno est à juste titre célèbre. Ils décrivent les efforts des sirènes pour détourner Ulysse de son voyage comme celui d’Eros qui essaie de maintenir les forces répressives de la civilisation. Kafka pensait que le silence aurait été un moyen bien plus irrésistible que chanter. [14]

"La phénoménologie commence dans le silence" selon Herbert Spiegelberg. [15], les constructions étant ses notions fondatrices. Ou comme l’exprimait Heidegger, il existe un mode de penser plus profond et plus rigoureux que la pensée conceptuelle, et une partie inclue un lien primordial entre silence et compréhension. [16] Le Postmodernisme, et Derrida en particulier, rejette la conscience largement répandue de l’inadéquation du langage, affirmant que des espaces de silence dans un discours, par exemple, sont des barrières de compréhension et de pouvoir. En fait, Derrida fustige avec force "la violence du silence primitif et pré-logique", dénonçant le silence comme un ennemi nihiliste de la pensée. [17] Tant d’antipathie vigoureuse démontre la surdité de Derrida à la présence et à la grâce, et le silence menaçant s’impose à une personne pour qui le symbolisme est tout. Wittgenstein comprenait que quelque chose se répand sur tout ce qui est exprimable. C’est le sens de la dernière ligne célèbre du Traité Logique-Philosophique : "De ce que l’on ne peut pas dire, on doit rester silencieux." [18]

Le silence peut-il être considéré, approché sans réification, dans le ici et maintenant ? Je pense qu’il peut être un moyen ouvert de renforcement des connaissances, une condition génératrice. Le silence peut aussi porter une dimension de peur, de chagrin et même de folie et de suicide. En fait, il est assez difficile de réifier le silence, de le fixer dans aucun élément non-vivant. Parfois la réalité que nous interrogeons est muette ; un indice de la profondeur du silence omniprésent ? L’étonnement pourrait être la question qui donne les meilleurs réponses, silencieusement et profondemment.

"Le silence est tellement précis" dit Mark Rothko, [19] une phrase qui m’a intrigué pendant des années. Trop souvent nous perturbons le silence, seulement pour exprimer des détails qui ne tiennent pas en compte la signification générale de ce dont nous faisons partie, ni de combien de façons existent pour la détruire. Dans l’hiver Antartique de 1933, Richard Byrd enregistrait : "j’ai fait ma promenade journalière à 4 heures de l’après-midi... je me suis arrêté pour écouter le silence... le jour était mourrant, la nuit naissante - mais dans une paix immense. Ici se trouvaient des processus impondérables et des forces de l’univers, harmonieux et silencieux." [20] Combien est révélé dans le silence au travers des forces et des mystères de la nature vivante.
Annie Dillard apporte également une belle réponse au vacarme : "A un certain point on parle aux forêts, à la mer, aux montagnes, au monde. Mainenant je suis prête. Maintenant je vais m’arrêter et je resterais pleinement attentive. On fait le vide en soi et on attend, à l’écoute."
 [21]

Ce n’est pas seulement le monde naturel qui est accessible au travers du silence. Cioran démontrait les secrets dans le silence des éléments, décidant que "Tous les objets ont un langage que nous pouvons déchiffrer en silence total." [22]
Dans l’Etre des Souvenirs du Corps ; Davis Michael Levin nous conseille "d’apprendre à penser à travers nos corps...nous devrions écouter en silence les expériences vécues par nos corps." [23] Et dans la sphère interpersonnelle, le silence est le résultat d’empathie et d’être compris, sans mots et bien plus profondemment qu’autrement.

Les natifs américains semblent avoir toujours placé de grandes valeurs dans le silence et ses expériences directes. Dans les cultures indigènes en général, le silence signifie respect et discrétion. Il est au coeur de la quête des visions, de la période solitaire de jeûne et de proximité avec la terre pour découvrir son chemin de vie et son but. L’inuite Norman Hallendy attribuait plus de clairvoyance à l’état silencieux de conscience appellé inuinaqtuck qu’aux rêves. [24] Les chamanes indigènes considéraient très souvent le silence comme une aide à la sérénité et à l’espoir, alors que le calme est requit pour avoir du succès dans la chasse. Ces besoins à être attentifs et calmes pourraient bien avoir été la clé des origines de l’appréciation du silence par les indigènes.

Le silence remonte jusqu’à la présence de la communauté originelle, avant que le symbolisme compromette à la fois le silence et la présence. Il précède ce que Levinas appellait "l’unité de la représentation". [25] qui oeuvre toujours à silencier le silence et à le remplacer par les structures symboliques du vagabondage. La racine latine de silence : silere, ne rien dire est lié au mot sinere : permettre d’être dans un lieu.
Nous sommes attirés vers ces endroits où le langage tombe le plus souvent, et d’une façon cruciale, en silence. Heidegger appréciait le royaume du silence, ainsi que Hölderlin, un des points de références les plus importants de Heidegger, tout spéciallement dans ses derniers Hymnes. [26] Le désir insatiable qu’exprimait Hölderin si puissamment concernait non seulement un silence originel, dans son intégrité, mais aussi une compréhension croissante que le langage doit toujours admettre ses origines perdues.

Un siècle et demi plus tard, Samuel Beckett utilisait le silence comme une alternative au langage. Dans le dernier enregistrement de Krapp et ailleurs, l’idée que tout langage est un excès de paroles est fortement suggéré. Beckett se plaint que "dans la forêt des symboles", il n’y a jamais de calme mais le regret de ne pas dépasser le langage pour le silence. [27] Northrup Frye découvre l’objectif du travail de Beckett. [28] [29]

Nos plus importantes incarnations, êtres reliés à cette terre, réalisent au mieux les limites du langage et en même temps, l’échec du projet de représentation. Dans cet état il est plus facile de comprendre l’épuisement du langage, et le fait que nous nous situons toujours à la distance d’un mot de l’immédiateté. Kafka a commenté ce sujet dans "La Colonie Pénale" où la presse écrite se dédoublait en instrument de torture. Pour Thoreau, "comme la société la plus sincère s’approche toujours plus près de la solitude, ainsi le meilleur discours finallement se termine dans le silence." [30] Au contraire, la société de masse bannit les chances d’autonomie, tout comme elle censure le silence.

Hölderlin imagina que le langage nous fixe dans le temps, mais que c’est le silence qui nous en protège. Le temps s’amplifie dans le silence ; il ne semble pas courir mais simplement être. Diverses temporalités semblent proche de perdre leur limites ; le passé, le présent, le future sont moins divisés. Mais le silence est une construction variable, pas une uniformité ni une abstraction. Ses qualités ne sont jamais vraiment éloignées de ses contextes ; tout comme il est l’espace de la non médiation. A l’opposé du temps, qui fut pendant si longtemps une mesure d’éloignement, le silence ne peut pas être projeté dans l’espace ni converti en un intermédiaire d’échanges. C’est pourquoi le silence peut être un refuge contre la perpétuité du temps. Gurnemanz, au début de l’ouverture de Parsifal de Wagner chante "ici le temps devient espace." Le silence évite cette dynamique primaire de domination.

Ainsi nous voici, avec la Machine qui nous engloutie dans ses divers assauts contre le silence et s’incruste autrement plus encore profondemment. La note de musique que les américains du nord chantonnent ou chantent est un B naturel ( Si ), ce qui correspond à la tonalité de nos 60 cycles par seconde de notre courant alternatif électrique. En europe c’est le G dur ( Sol ) qui est "naturellement" chanté, correspondant aux 50 cycles par seconde du courant alternatif électrique de ce continent. Dans la mondialisation, avec l’homogénisation de la Zone des Bruits, nous risquons d’être bientôt plus encore "en harmonie". Se réfère Pico Ayer. [31]. [32]

Nous avons besoin de refuser le hurlement de la standartisation, ses ’informations bruyantes et tourmentées, ses modes de "communication" superficiels. Un NON à l’implacable, colonisatrice, pénétration du non-silence, poussée avec force dans chaque non-espace. Le raquette croissant mesuré par décibels élevés et ses pollutions atteignent la masse mondiale décadente - Don DeLill’s White Noise.

Le silence est un reproche à tout cela, et un espace pour nous reconstituer. Il se renforce dans la nature, et peut nous aider à nous recentrer pour les luttes qui achèveront les dépréciations. Le silence est un outil puissant de résistance, la note inaudible qui pourrait annoncer l’insurrection. C’était pas exemple, ce que les maitres esclavagistes redoutaient le plus [33] dans différentes traditions spirituelles d’Asie. le muni qui fait le voeux de silence est la personne des plus grandes capacités et d’indépendance - celui qui n’a pas besoin d’un maitre pour l’illumination. [34]

Les passions les plus profondes sont nourries d’usages et de profondeurs silencieux. Par quels autres moyens pourrions nous exprimer plus significativement le respect pour la mort, transmettre au mieux l’amour intense, expérimenter nos plus profondes pensées et visions, savourer plus directement l’espace pas encore pollué ?
Dans ce monde accablé de chagrins, selon Max Horkheimer, "nous devenons plus innocents" au travers de la tristesse. Et peut être plus ouverts au silence - qui devient réconfort, allié et puissant refuge.

Source : Green Anarchy

Traduit par anik

[1Martin Heidegger, What is a Thing ? (Chicago, Henry Regnery Company, 1967), p. 288

[2Quoted in Pierre Hadot, The Veil of Isis, translated by Michael Chan (Cambridge, MA : Bellknap Press, 2000), pp 212-213.

[3Max Picard, The World of Silence (Chicago : Henry Regnery Company, 1952), p. 139.

[4Bernard P. Dauenhauer, Silence : the Phenomenon and Its Ontological Significance (Bloomington : Indiana University Press, 1980), p. vii.

[5Chang Chung-Yuan, Original Teachings of Ch’an Buddhism (New York : Vintage, 1971), p. 12.

[6Picard, op.cit., p. 22

[7Ibid., p. 221.

[8Henry David Thoreau, “A Week on the Concord and Merrimack Rivers,” in The Works of Thoreau, edited by Henry Seidel Canby (Boston : Houghton Mifflin, 1946), p. 241.

[9Jean-Luc Nancy, Listening, translated by Charlotte Mandell (New York : Fordham University Press, 2007), p. 26.

[10I first encountered this term in Ted Mooney’s novel, Easy Travel to Other Planets (New York : Farrar Straus & Giroux, 1981).

[11Aristotle, Works of Aristotle, translated by S. Forster, Vol. VII, Problemata (Oxford : Clarendon Press, 1927), p. 896, lines 20-26.

[12Raoul Mortley, From Word to Silence I (Bonn : Hanstein, 1986), p. 110.

[13Blaise Pascal, Pensées, edited by Phillipe Seller (Paris : Bordas, 1991), p. 256.

[14Franz Kafka, Parables, cited in George Steiner, Language and Silence (New York : Atheneum, 1967), p. 54.

[15To put phenomena or objects somehow first, before ideational Herbert Spiegelberg, The Phenomenological Movement, Vol. Two (The Hague : Martinus Nijhoff, 1969), p. 693

[16Martin Heidegger, “Letter on Humanism,” Basic Writings (San Francisco : Harper San Francisco, 1992), p. 258

[17Jacques Derrida, Writing and Difference, translated by Alan Bass (Chicago : University of Chicago Press, 1978), p. 130.

[18Ludwig Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus (London : Routledge, 1974), p. 89.

[19Quoted in James E. B. Breslin, Rothko : A Biography (Chicago : University of Chicago Press, 1993), p. 387

[20Quoted in Hannah Merker, Listening (New York : HarperCollins, 1994), p. 127.

[21Annie Dillard, Teaching a Stone to Talk (New York : HarperPerennial, 1982), pp 89-90.

[22E. M. Cioran, Tears and Saints, translated by Ilinca Zarifopol-Johnson (Chicago : University of Chicago Press, 1995), p. 53

[23David Michael Levin, The Body’s Recollection of Being (Boston : Routledge, 1985), pp 60-61.

[24Norman Hallendy, Inuksuit : Silent Messengers of the Arctic (Toronto : Douglas & McIntyre, 2000), pp 84-85.

[25Emmanuel Levinas, Proper Names, translated by Michael B. Smith (Stanford CA : Stanford University Press, 1996), p. 4

[26Emery Edward George, Hölderlin’s “Ars Poetica” : A Part-Rigorous Analysis of Information Structure in the Late Hymns (The Hague : Mouton, 1973), pp 308, 363, 367.

[27Samuel Beckett, “German letter” dated 9 July 1937, in C.J. Ackerley and S.E. Gontorski, The Grove Companion to Samuel Beckett (New York : Grove Press, 2004), p. 221.

[28to lie in nothing other than the restoration of silence.

[29Northrup Frye, “The Nightmare Life in Death,” in J.D. O’Hara, editor, Twentieth Century Interpretations of Malloy, Malone Dies, and The Unnamable (Englewood Cliffs, NJ : Prentice-Hall, 1970), p. 34.

[30Thoreau, op.cit., p. 241

[31my growing sense of a world that’s singing the same song in a hundred accents all at once

[32Pico Ayer, The Global Soul (New York : Knopf, 2000), p. 271.

[33Mark M. Smith, Listening to Nineteenth-Century America (Chapel Hill : The University of North Carolina Press), p. 68. See also Thomas Merton, The Strange Islands (New York : New Directions, 1957) ; specifically, this passage from “The Tower of Babel : A Morality” : Leader : Who is He ? Captain : His name is Silence. Leader : Useless ! Throw him out ! Let Silence be crucified !

[34Alex Wayman, “Two traditions of India––truth and silence,” Philosophy East and West 24 (October 1974), pp 389-403. 33 Max Horkheimer, Dawn and Decline : Notes 1926-1931 and 1950-1969 (New York : Seabury Press, 1978), p. 140.


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