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De la domination allemande (ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas)

par Frédéric Lordon
samedi 6 juillet 2013

L’Allemagne prendra-t-elle bientôt conscience du ressentiment croissant dont elle est l’objet – non pas seulement dans les pays du Sud, dont, par une sorte de « racisme économique », elle se moque comme d’une guigne, mais au cœur même de l’Europe, et notamment en France ? Car tous les cantiques à la sacralité du « couple franco-allemand » n’empêcheront pas que quelques vérités pénibles finissent par faire leur chemin, d’abord dans les marges, où il est plus facile de les assigner à leur condition de réprouvées, mais bientôt beaucoup plus largement. L’Europe supposément communauté de peuples égaux est sous la domination d’un seul – avec, il est vrai, la validation passive du poltron décisif, la France –, voilà la disgracieuse réalité européenne présente. Encore faut-il ne pas se tromper lorsqu’on parle de « domination allemande », car si le fait lui-même est avéré, la nature du fait demande à être précisée [1]

Et d’abord que veut dire « l’Allemagne » ? Car ce ne sont pas toujours les mêmes entités qui se trouvent engagées dans les divers énoncés auxquels peuvent donner lieu l’idée de « domination de l’Allemagne ». Parle-t-on de domination industrielle ? Ce n’est pas la domination de l’Allemagne-nation, c’est la domination de l’Allemagne-capital, comprendre : du capital allemand – et ça n’est pas tout à fait pareil. En proie à leurs élans de puissance caractéristiques, et en cela semblables à leurs homologues de tous les autres pays, les entreprises allemandes s’efforcent d’éliminer leurs concurrents, luttent pour la capture de la plus grande part de marché et, conformément à la pure et simple logique (en tant que telle a-nationale) du capital [2], cherchent systématiquement l’avantage compétitif susceptible de leur assurer la suprématie économique. Il n’est besoin d’aucune hypothèse supplémentaire pour rendre raison de ce fait, besoin d’invoquer aucune pulsion nationale de domination, puisque en l’occurrence la pulsion de domination est inscrite au cœur même de la logique du capital et, portée par les entités privées du capital, se suffit amplement à elle-même. Aussi peut-on dire qu’il y a assurément projection de puissance des pôles capitalistes allemands, mais hors de tout projet national de puissance.

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