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« Nous emploierons tous les moyens, y compris les moyens légaux. »

samedi 27 avril 2013 par Thierry Lodé

Apparemment, ce vieux monde est de plus en plus pourri. Pourtant, il n’y
a rien à espérer de sa décrépitude contrairement à ce que les
écologistes et gauchistes clament. Ce n’est pas la fin du capitalisme,
ni du rapport marchand. Car le monde marchand sait parfaitement recycler
l’exploitation qu’il mène, aussi bien que réinsérer la soumission
durable et en perdant leur travail, les salariés et les chômeurs perdent
aussi leur condition d’existence.

Non, ce qui est de plus en plus nauséeux, c’est l’assurance avec
laquelle les patrons sans scrupules gèrent leurs bénéfices et leur
mainmise sur nos vies. Les salariés le découvrent brutalement, ils ne
sont que des outils qu’on peut mettre au rebut dés qu’une solution
compétitive est possible pour le profit. Et les exploiteurs n’affichent
ni la honte, ni les scrupules attendus par la morale gaulliste et
l’éthique de gauche.

Cependant, par malheur, les immolés ne mettent pas le feu au bon endroit.
La détresse de ceux qui découvrent leur prolétariat est parfois aussi
poignante que leur lutte. Ce n’est pas simple de se savoir condamné au
salariat perpétuel. Alors, les gauchistes prétendent piloter les « 
masses  » dans cette adversité. Passant, sans fard, d’un patronat
paternaliste à un guide communiste, les salariés peuvent longtemps
attendre une aide de leurs syndicats bureaucratiques quand ils ne pourront
obtenir que les miettes que les « partenaires sociaux » leur partagent.
Quant au fondement si manifestement libéral des indignés et autres « 
dégageurs » d’oligarchies visibles, il contribue largement à
discréditer l’expression du mécontentement désarmé. Peut-être même
jusqu’à dégoûter de l’esprit de protestation chez nombre de pauvres.

Pourtant, jamais une idée anarchiste aussi forte que la critique des
organisations centralisées n’est devenue aussi flagrante. Partout, le
monde s’est éclairé de rébellions sans chef. Jusqu’aux « indignés
 » de Wall-Street ou d’ailleurs, qui ont découvert la capacité à se
parler ensemble et à prendre place sur, voire même à occuper des espaces
marchands. Bien sûr, il y a encore des petits leaders. Bien sûr, il
existe toujours des prétendues avant-gardes. Bien sûr, un grand désarroi
reste suspendu face au vide sidéral de cette contestation libérale. Mais
partout, l’exploitation du monde marchand est devenue si manifeste que
les chefs, les religions ou les divertissements ont du mal à le protéger.

Aussi, je pense qu’il ne faut pas être bégueule sur ce que ces
révoltes auto-conduites nous apprennent de l’évolution de la question
sociale. Certains d’entre nous ont pris le pli de se passer des médias
officiels pour reconstruire des débats alternatifs tant les journaux
confisquent le réel. D’autres continuent d’essayer de distiller dans
la presse ou ailleurs des positions anti-autoritaires discutant la faiblesse
des conflits actuels. En fait, nous le savons, tous les moyens sont bons
pour évincer le fascisme ordinaire et éclairer la confusion des
marchands. Chacun peut faire selon ses propres moyens. Woodie Guthrie
annonçait que même sa guitare était une machine antifasciste.

Bien que l’autonomie et la liberté fassent tout autant l’objet d’une
propagande mensongère répétée par les journalistes à gages, la misère
devient très visible. Le détournement du bavardage officiel en révèle
souvent l’essentiel, depuis la pauvreté jusqu’à l’exaspération. A
chaque fois que nous glissons un mot dans le brouhaha organisé des
marchandises et des distractions, il peut faire écho pour tous ceux qui
découvrent souvent la réalité crue de leurs conditions. On peut
longtemps disserter sur les limites de toutes ces actions ou chicaner sur
l’exigence d’un assaut collectif, un futur grand soir collectif qui ne
vient toujours pas combler les rêves des insurrectionnalistes. Mais
l’important est de diffuser la richesse anti-autoritaire, même primitive,
de chaque insurrection personnelle.

Le mouvement des occupations s’étend à travers de maigres mobiles
immédiats comme le droit au logement, la lutte contre l’expropriation
des terres, les protestations contre les banques ou la réappropriation de
l’espace public. Pourtant, l’occupation reste l’espace où nous
pouvons porter la voix, où le combat individuel recherche son unanimité.
Si l’actuel germe de mouvement des occupations, comme celui de la ZAD,
expérimente des possibles libertaires, chaque lutte peut ouvrir de
nouvelles prises de paroles. Loin de constituer une impulsion sans but ni
perspectives ou de dévoiler la réaction de petits commerçants de la
drogue, les petites mutineries des banlieues constituent déjà une
expression politique spontanée contre la pression quotidienne de
l’économie et les intimidations policières. Que ces jacqueries ne
revendiquent pas de négocier, n’empêche nullement d’y lire une
exaspération contre les contraintes maintenues par les multiples promesses
d’un pseudo-avenir économique.

Bien qu’il ne faille pas attendre que l’insurrection s’épanouisse
dans chaque lutte individuelle, prendre la parole s’avère plus que
jamais un acte important de l’émancipation populaire. C’est ce qui
perturbe l’agencement policé des comportements et les explications
officielles. Ici commence le monde libertaire. Bien sûr, l’aptitude à
fédérer ces combats individuels dans une colère commune ne surgit pas
facilement. Mais, ne serait-ce pas déroutant de rester étouffés quand
les idées anarchistes se disséminent de plus en plus contre la société
des marchands ?

Soyons partout et le plus souvent possible. Et nous le serons, non pas pour
suivre les injonctions anticapitalistes des commandeurs des croyants, mais
simplement parce que l’injustice est intolérable, parce que
l’exploitation est insoutenable, parce que ce vieux monde est
insupportable.

Thierry Lodé


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