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Mont-de-Marsan La fin de l’arme nucléaire sur la Base aérienne 118

Un article du journal Sud Ouest de Arnauld Bernard
samedi 18 juin 2011 par anik

Depuis 47 ans, elles étaient là, à une centaine de mètres des premières habitations. Pas vraiment cachées, mais pas vraiment visibles non plus. Juste discrètes. Depuis un demi-siècle, la Base aérienne 118 de Mont-de-Marsan abritait, dans un quartier hautement sécurisé, des bombes, puis des missiles nucléaires.

Depuis hier, ce n’est officiellement plus le cas. Officiellement, car dans les faits, il y a déjà plusieurs semaines que le Commissariat de haute sécurité nucléaire est venu récupérer discrètement ses ogives. Par quels moyens ? Impossible d’en savoir plus.

Une page s’est tournée, et pour le personnel de la base, plus rien ne sera comme avant. Seuls les Hercules C 135 utilisés pour ravitailler les chasseurs-bombardiers Mirage 2 000 N seront encore sur place, témoins du glorieux passé de la base.

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On peut en effet quasiment dire que la force de dissuasion française a vu le jour dans ses hangars. Le commandant du Dams (le dépôt atelier pour munitions spéciales) et dont le nom devra désormais rester secret, vivait hier une journée un peu particulière : « C’est une journée historique, pour moi comme pour la BA 118. C’est en effet dans ce hangar que le 8 octobre 1964, a eu lieu la première prise d’alerte opérationnelle de la force de dissuasion française. Cela signifiait que 24 heures sur 24, un Mirage IV de l’escadron de bombardement "Gascogne" se trouvait en bout de piste, prêt à décoller. »

Ce fut aussi, pendant cette période où la politique étrangère française était dictée par la Guerre froide, un message envoyé au monde entier : la France était en capacité de délivrer une arme nucléaire et d’infliger à un éventuel agresseur des dommages supérieurs à l’intérêt escompté. Cette veille durera jusqu’en 1975, date à laquelle le dispositif opérationnel fut modifié en profondeur.

Mais le départ de la bombe atomique de la base de Mont-de-Marsan ne signifie pas une baisse d’activités. Il s’agit juste d’une réorganisation. Le capitaine Pitard-Bouet, l’officier des relations publiques des forces aériennes stratégiques, ne veut pas verser dans la nostalgie : « Ce départ de l’arme nucléaire de Mont-de-Marsan est la conséquence logique de la modernisation du dispositif. Un nouveau système est mis en place, mais cela n’enlève rien à l’avenir de la BA 118. Pendant un demi-siècle, la vie des militaires a été rythmée par les exercices d’entraînement de sécurité nucléaire. Ce qui est curieux, c’est que les Montois n’ont pris conscience de la présence d’armes nucléaires sur la base que depuis ces vingt dernières années. Nous ne cherchions pas à faire des mystères, mais je crois que, depuis le début des années 1990, nous avons beaucoup plus communiqué sur une question qui était devenue plus sensible. Mont-de-Marsan restera de toute façon une base majeure. »

Hommage au personnel

Le général Fouilland, le chef des forces aériennes stratégiques, a tenu à rendre hommage au personnel du dépôt atelier pour munitions spéciales, qui a participé à des exercices d’entraînement pendant toutes ces années de veille stratégique : « Travailler dans un dépôt de munitions nucléaires, c’est souvent travailler dans l’ombre. Les médias parlent souvent des engagements extérieurs avec des armées conventionnelles, sur des théâtres d’opération à l’étranger. Mais au quotidien, le travail de veille est une tâche ingrate et oubliée, bien que d’une importance primordiale pour la Défense nationale. »

Désormais, seules les bases d’Istres (13), Saint-Dizier (10) et Avord (18) posséderont encore un dépôt de munitions nucléaires.


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