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Afghanistan : L’Otan malmenée

Par Nicolas MOSCOVICI
lundi 25 août 2008 par anik

Selon les autorités afghanes, 76 civils ont été tués suite à une frappe de la coalition internationale vendredi, dans le district de Shinland. Une bavure, démentie par l’armée américaine, qui a provoqué l’émoi dans le pays. Dans un communiqué, le président Hamid Karzaï a condamné ce bombardement. La colère de la population est elle montée d’un cran.

Le ton monte entre Kaboul et les forces de l’Otan présentes en Afghanistan. "Le président Hamid Karzaï condamne les frappes aériennes non coordonnées menées vendredi par les forces de la coalition dans le district de Shinland de la province d’Herat, qui ont conduit à la mort d’au moins 70 personnes, dont des femmes et des enfants", dévoile en effet ce samedi un communiqué diffusé par le palais présidentiel. Comme une réponse à ce qui apparaît comme une nouvelle bavure des forces armées étrangères regroupées au sein de l’Isaf (Force internationale d’assistance et de sécurité), déployée en Afghanistan depuis 2001.

Pour le ministère afghan de l’Intérieur, dix-neuf femmes, sept hommes et cinquante enfants de moins de quinze ans ont péri dans un bombardement aérien qui visait des activistes taliban. Ce bilan, très précis, a été démenti, de manière bien plus floue, par l’US Army. Celle-ci affirme, sans fournir de chiffres, que, si des civils ont bel et bien été tués, les victimes étaient toutes des terroristes islamistes. Le haut-commandement américain a par ailleurs annoncé qu’une enquête serait ouverte pour faire la lumière sur ce nouvel épisode sanglant.

L’armée afghane rejetée

Sur le terrain, la colère contre la présence de forces militaires étrangères prend de l’ampleur parmi la population afghane. Dans le district touché par ce dernier bombardement, des centaines de personnes sont descendues dans la rue afin de réclamer le départ des Américains. "Nous continuerons notre manifestation jusqu’à ce que la communauté internationale nous écoute et conduise les auteurs de cette attaque devant la justice", a déclaré un habitant à Reuters. Signe de la tension qui règne dans la région, l’armée afghane, qui était venue fournir de l’aide aux blessés, a été chassée à coup de pierres. "Les gens ont refusé l’aide et ont commencé à lancer des pierres aux soldats en disant : L’armée afghane est notre ennemie, nous ne voulons rien de nos ennemis", a ajouté la même source.

Prise très au sérieux, l’affaire est remontée jusqu’aux oreilles de l’ONU. Dans un communiqué, Kai Eide, représentant des Nations unies en Afghanistan, a pris note des bilans contradictoires tout en souhaitant que la lumière, soit faite, "complètement et rapidement", sur ce drame. "Les nations unies ont toujours clairement dit que les victimes civiles n’étaient pas acceptables. Cela détériore la confiance du peuple afghan", a ajouté Eide, conscient que ces derniers événements ne constituent pas un cas isolé.

Les Français pour le retrait

Toujours selon l’ONU, depuis le début de l’année, 255 civils auraient en effet trouvé la mort dans des raids conduits par l’Isaf et/ou l’armée afghane. Le bilan interpelle et donne du grain à moudre aux détracteurs de l’opération "Liberté immuable" mise en place par Washington, avec l’aval de l’ONU, suite aux événements du 11-Septembre 2001. Après avoir réussi à chasser les taliban de Kaboul, l’Isaf, soit plus de 50 000 soldats, se voit depuis de longs mois confrontée à un ennemi invisible et parfaitement opérationnel. La France en a fait la cruelle expérience en début de semaine en perdant dix hommes au combat. A ce jour, la communauté internationale est d’ailleurs incapable de prendre la mesure de la rébellion talibane, au point que les voix réclamant le retrait des forces étrangères d’Afghanistan se font de plus en plus entendre.

En France par exemple, selon un sondage paru dans Le Parisien suite à la mort des dix militaires, - dont certains de leurs camarades, blessés dans l’embuscade, se sont dits victimes de "tirs amis" de la part de l’Otan -, 55% des personnes interrogées souhaite que Paris se désengage d’Afghanistan. Une voie que Nicolas Sarkozy ne suivra pas, lui qui, après avoir ordonné le renforcement du contingent français sur place, a fait part de sa détermination à poursuivre le combat contre les taliban. Peut-être futur homme fort des Etats-Unis, Barack Obama a également martelé, tout au long de sa tournée mondiale, que la lutte contre le terrorisme mondial passait par la consolidation de l’armée américaine en Afghanistan. Pour une efficacité qui reste encore à démonter : ce samedi, dix nouveaux civils afghans ont été tués dans l’explosion d’une bombe au bord d’une route de la province de Kandahar. Ailleurs dans le pays, deux autres attentats ont
causé la mort d’au moins six autres personnes.

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