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La souveraineté alimentaire est nécessaire à la vie en commun

De Leonor Hurtado et Kab Lajuj B’atz’
mardi 28 septembre 2010 par anik

Il y a plus d’un demi-siècle, Mahatma Gandhi a conduit une multitude d’Indiens à la mer pour fabriquer du sel —au mépris du monopole par l’Empire Britannique sur cette ressource essentielle au régime alimentaire des gens. L’action a catalysé le mouvement fragmenté de l’indépendance indienne et marqué le début de la fin du pouvoir britannique sur l’Inde. Depuis lors, l’acte de “fabrication de sel” fut répété à maintes reprises, sous beaucoup de formes, par des mouvements populaires en quête de libération, de justice et de souveraineté : Cesar Chavez, Nelson Mandela et les Zapatistas ne sont que les quelques exemples les plus frappants. Notre mouvement alimentaire — un mouvement qui s’étend sur tout le globe — veut obtenir la souveraineté alimentaire des monopoles qui dominent nos systèmes alimentaires avec la complicité de nos gouvernements. Nous sommes puissants, créatifs, engagés et divers. Notre heure de fabriquer du sel a sonné.

Un mouvement pour « la souveraineté alimentaire - le contrôle démocratique du système alimentaire par le peuple, les droits de tout le monde à une nourriture saine, culturellement adéquate produite à travers des méthodes écologiques et durables, et le droit des gens de définir eux-mêmes leurs systèmes alimentaires et agricoles » – s’édifie de chaque coin du globe.

Ces mots viennent de la déclaration de l’alliance nord-américaine pour la souveraineté alimentaire, lors du deuxième forum social nord-américain, à Détroit, en juin dernier.

Selon notre concept spirituel Maya, la souveraineté alimentaire est beaucoup plus que produire, transformer et consommer notre propre nourriture. La souveraineté alimentaire répond à notre vision cosmique de comprendre la vie comme un tout, comme une part de la nature et de l’univers. Notre vie est ancrée dans des valeurs, des principes et des règles qui supportent la culture, la «  convivence » entre les peuples, notre équilibre avec la nature, et la protection de la richesse commune pour le bénéfice des communautés, des nations et les personnes qui ne sont pas encore nées. Nous essayons de construire une synthèse entre la spiritualité et le comportement.

La souveraineté alimentaire c’est produire ensemble suffisamment de nourriture pour tous, pour notre bien-être, ce qui inclut respecter l’environnement. C’est produire notre nourriture avec la bénédiction de notre mère Terre, notre père Ciel, notre sœur Eau et notre frère Soleil. C’est être repu et en paix si je sais que vous êtes tous aussi repus. Votre bien-être est aussi important que le mien, parce que vous faites partie de ma vie comme je fais partie de la vôtre.

Pour nous, la souveraineté alimentaire est une partie essentielle de notre idéal social : vivre bien. Les concepts et pratiques de bonne vie des peuples indigènes traditionnels consistent à garantir que toute personne a suffisamment de biens pour vivre et partager en harmonie, en respectant et en bénissant toutes les ressources qui nous permettent de produire et de vivre. Vivre bien refuse, rejette, que certains auront plus que suffisamment en même temps que d’autres n’auront pas suffisamment et de ce fait souffriront. Puisque vous êtes mon autre moi-même, je suis capable de vivre bien quand vous êtes capables de vivre bien aussi. Vivre bien est être en paix et heureux avec moi-même, avec les autres peuples, avec la nature et l’univers. La souveraineté alimentaire est l’essence du vivre bien.

Notre concept de la souveraineté alimentaire est adéquat et nous le défendons. Le cœur du Ciel et le cœur de la Terre, avec tous leurs éléments et leurs énergies, aiment toutes les personnes de la même manière, créent le miracle de la vie et de toute notre diversité. Nous le reconnaissons, nous le respectons, et nous construisons la vie en harmonie avec cette bénédiction : vivre bien pour tous. Quoique les ressources de la Terre puissent produire suffisamment de conditions matérielles pour établir une société juste et honorable, le système capitaliste ne le permet pas. Ce système exploite les travailleurs, le racisme y est structurellement incorporé, il nie l’accès à la terre pour les paysans, et trompe notre jeunesse. Il est comme « Xibalbá », l’enfer, car les capitalistes ne sont pas de vraies personnes, puisqu’ils ont le pouvoir d’exercer autant de violence et d’injustice.

La mère Terre permet que les arbres poussent, invoquent la pluie et purifient l’air. Les arbres et la végétation produisent de la nourriture et de l’abri aux oiseaux, aux abeilles, aux daims, loups et toutes les créatures vivantes. La mère Terre nous donne de l´ombre, de la nourriture, de l’eau, de la musique et tout ce dont nous avons besoin pour être heureux et vivre bien. De son côté, le système capitaliste promouvait le pillage global de la terre, de l´eau et des gens. L´agriculture industrielle nous vole nos connaissances, notre culture et les graines des communautés indigènes. Ils transforment nos graines en hybrides ou en transgéniques et les déclarent comme de leur propriété. Ils ont eu l´audace de le faire avec notre maïs, notre propre chair.

La mère Terre est un être vivant dont tous les composants ont de multiples interconnexions et doivent vivre en harmonie. Les êtres humains font partie de ce tissu cosmique et n’en sont pas les propriétaires, comme le proclame le capitalisme et comme il nous l’impose. La terre, l’eau, l’air, les graines et le travail des personnes sont des composants sacrés de la vie qui nous bénéficient à tous. Mais le capitalisme a transformé tout cela en biens de consommation et à peine quelques corporations puissantes les commercialisent pour leur propre bénéfice, faisant que des milliards de personnes dans le monde souffrent de la faim, du manque de toit, d´eau ou d’un travail décent, leur interdisant de vivre comme des personnes á l´encontre de leurs droits.

Pour nous, la nourriture a toujours été une bénédiction et un droit des personnes. Planter, récolter, préparer et partager la nourriture a toujours été une activité sacrée pour nous. Nous devenons des personnes quand nous produisons et nous partageons. Mais le capitalisme à transformé la nourriture en un bien de consommation propriété de quelques corporations. La nourriture industrielle que ces corporations produisent est une mauvaise nourriture ; elle produit les maladies cardiaques, le diabète, l’obésité et bien d’autres. Elle contamine l’environnement et nos propres corps. Et tout cela est le résultat du fait que le capitalisme ne cherche pas à nourrir les personnes et n’a aucune valeur spirituelle ; son seul objectif est de générer d’énormes profits.

Pour notre croissance spirituelle, nous devons travailler ensemble et défendre les droits des personnes. Le cœur du Ciel et le cœur de la Terre m’ont donné un cœur, un esprit et un corps. Mon intégrité exige d’agir et de défendre la justice, la liberté et la beauté. Les corporations égoïstes et méchantes font de terribles choses à la mère Terre et à toutes les créatures vivantes. C’est pour cela que ma vie, mon amour et ma compassion m’exigent de défendre la mère Terre, mes sœurs et mes frères. Je sais que c´est la chose juste que je dois faire avec ma force spirituelle.

Je sais qu’il n’est pas suffisant de prier pendant que d’autres personnes souffrent. Il n’est pas suffisant de remercier et de bénir le cœur du Ciel et le cœur de la Terre, si les corporations capitalistes font du mal aux personnes et détruisent les ressources qui nous donnent la vie. Ce n´est pas suffisant, parce que je sais qu’il est possible de changer ce système injuste et j’ai un cœur, un esprit et un corps avec lesquels agir. Je suis engagée et je pense que nous devrions tous agir, nous organiser et défendre nos droits. Il est nécessaire que vous et moi, nous tous, défendions nos sœurs et nos frères qui sont exploités, oppressés et objets de discrimination. Nous devons défendre leur droit à la nourriture. Leurs droits sont mes droits !

Notre force spirituelle nous guidera.
Notre force spirituelle nous donne une raison pour vivre, pour donner le mieux de nous, pour aimer et pour partager. À cause de notre compréhension spirituelle de la vie et de l’amour, nous prenons une position politique et nous nous battons pour elle, de telle manière que notre bataille spirituelle est aussi une bataille politique. Pour agir de manière efficace nous savons que notre bataille pour la souveraineté alimentaire est une opportunité pour joindre nos forces et défendre notre mère Terre, nous-mêmes et toutes les créatures vivantes.

La souveraineté alimentaire et la manière dont les gens peuvent rétablir la relation véridique de respect et de révérence pour les forces éternelles de la nature. C’est la manière pour se rejoindre et de se valoriser les uns les autres, et valoriser notre travail. Nous partagerons avec nos sœurs et nos frères le contenu spirituel de notre engagement pour la souveraineté alimentaire, parce que ce contenu inspire notre unité, notre connaissance et notre capacité. Nous, et tous les gens de bien, nous renforcerons notre croissance spirituelle en défendant la mère Terre.

La défense de la souveraineté alimentaire s’assume en étant conscient de notre importance et de notre capacité comme personne. Elle nous donne la dignité dans notre vie en respectant et en bénissant toutes les choses vivantes. Nous savons qu’une fois que les personnes ont acquis leur dignité individuelle elles insisteront sur leurs droits de vivre mieux et personne ne les retiendra. Nous renforcerons leur propre souveraineté et alors elles s’engageront à assurer leur propre souveraineté alimentaire. Les personnes chercheront à organiser tout le monde dans leur communauté, avec beaucoup de foi et de conviction, pour appuyer des actions qui incluent l’intégration des droits au travail, les droits des immigrants et la justice alimentaire, la valorisation des femmes comme première source d’alimentation, la libération des ressources de la terre et de l´eau pour la production de nourriture et de modes de vie soutenables, la création de nouvelles structures de propriété coopérative de la terre et de la production, traitement et distribution alimentaire, si notre croyance devient universelle, elle révolutionnera les idéaux sociaux et éliminera l’exploitation et le manque de respect envers la mère Terre.

Nous diffuserons notre parole : nous demandons un monde dans lequel tout le monde puisse vivre bien, à le contrôle de sa propre nourriture et aux personnes ne puissent mettre de la nourriture dans sa bouche et ce faisant blesser des personnes ou l’environnement.

Il est temps de nous mettre en marche et de faire notre propre sel !


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