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L’été sans épilation

Lu sur M.I.E.L Mouvement International pour une Ecologie Libidinale
mercredi 28 juillet 2010 par anik

Nous luttons pour revaloriser la pilosité naturelle ; contre le fait que s’impose, aux femmes - et bientôt aux hommes - l’obligation normative d’éliminer les poils naturels. Ceci concerne la pratique de l’épilation (s’arracher les poils) - ou du rasage (se trancher les poils) - qu’elle soit partielle ou intégrale.

Pourquoi résister à l’épilation ?

1.1. Intérêt de la question de l’épilation

Nous sommes tous concernés !

N’y a-t-il pas des combats plus importants ?

D’abord dans notre société TOUTES les femmes sont confrontées à la question de l’épilation (la pratique ou le regard des autres) et ce dans leur vie quotidienne et durant toute leur vie : ce n’est donc pas une mince affaire ! Or nous ne connaissons pas d’association féministe qui se préoccupe de cela.

Il existe certes des enjeux plus importants dans la lutte féministe mais pour mener à bien les luttes il faut mobiliser. Il faut donc des femmes (et des hommes) qui soient "conscientes" et non "aliénées". Nous ne pensons pas que la cause féministe puisse être beaucoup soutenue par les femmes qui n’ont à l’esprit que leur régime minceur ou leur épilation-maillot et dont la seule lecture est leur magazine féminin.

Notre action vise à "décoloniser les esprits" comme le dit justement une de nos correspondantes.

"L’embrigadement du corps est la condition de la soumission des esprits" Jean-Marie Brohm

Pourquoi l’épilation plutôt que la chirurgie esthétique ?

En effet la chirurgie esthétique est une atteinte plus lourde au corps de la femme et elle est l’effet de la même propagande.
Nous avons choisi l’épilation car :

* elle touche beaucoup plus de femmes et se répète tout au long de la vie
* elle n’est pas tant sous-tendue par une démarche pathologique (non acceptation de son propre corps) que par le conformisme
* elle est beaucoup moins objet de controverse

Nous aurions pu aussi nous intéresser à la norme de désodorisation, qui pousse à considérer que toute odeur corporelle est nécessairement mauvaise.

1.2. S’épiler est nuisible

Argumentaire

Mis à part l’impact symbolique et idéologique de l’épilation, qui est d’une importance politique capitale, s’arracher ou se couper les poils n’a objectivement (c’est à dire du point de vue dermatologique) QUE des inconvénients.

Un argumentaire médical en faveur de la conservation des poils a été développé par une sexologue, Catherine Solano, au cours de l’émission de télévision "C’est au programme" sur la TV France 2 le 22 mars 2007, Lire le Compte-rendu détaillé.

S’épiler (ou se raser) :
- ça dessèche la peau (les poils ont pour fonction de réguler l’humidité de la peau) ;
- ça fragilise la peau et favorise les infections ;
- ça empêche la diffusion et/ou la production des phéromones ;
- ça fait mal (cire, laser) ;
- ça blesse (rasoir) ou cela occasionne des rougeurs, des boutons...
- ça cause des démangeaisons quand les poils repoussent ;
- ça enlaidit : les poils d’origine sont beaux et doux mais les repousses le sont moins, sans compter la multiplication des poils incarnés ;
- ça fait perdre du temps : pendant qu’on fait ça, on ne fait pas autre chose de plus intéressant ou de plus utile (s’instruire, agir, se faire des amis...) ;
- ça coûte cher (appareils, institut, cire, crèmes) ;
- ça pollue : industrie des crèmes dépilatoires et rasoirs jetables.

Les pseudo-arguments utilisés pour justifier l’épilation n’ont aucune valeur, ils relèvent de l’obscurantisme

Ils disent (les marchands, dans leurs magazines féminins ou masculins) : "les poils ce n’est pas esthétique"
Depuis quand ? Est-ce à eux de définir les critères esthétiques ? Cette idée dévalorise le corps des femmes, leur beauté à l’état naturel.

Ils disent : "les aisselles non épilées ça pue"
Ils ne connaissent pas le savon ? Ils ne savent pas non plus que les poils ont justement pour fonction de réguler la sudation... et que les déodorants (et l’arrachage des glandes sébacées à la base du poil) suppriment les phéromones indispensables à une communication harmonieuse. Penser que toute odeur corporelle est nécessairement une mauvaise odeur relève aussi d’un conditionnement.

Ils disent : "s’épiler c’est prendre soin de soi"
S’abîmer la peau, c’est cela prendre soin de son corps ?

Elles/Ils disent : "ça fait la peau douce"
Lorsque l’on est caressé sur la peau, les poils participent de la sensation. Lorsqu’on les a enlevé on perd cette dimension de la sensation. De plus lorsqu’on se rase il faut le faire quasiment tous les jours pour avoir la peau "douce" sinon ça râpe et pique.

Elles disent : "toutes mes amies le font"
Celles qui ne le font pas le cachent et n’osent pas le dire, quand à celles qui le font beaucoup le font par contrainte ou conformisme. Brisez le consensus apparent et vous rallierez de plus en plus de femmes à votre cause.

Elles/Ils disent : "c’est une question de respect des autres"
_Pour un intégriste, une femme qui sort dans la rue sans foulard lui manque de respect !
Qui est intolérant ? Ceux qui montrent du doigt et regardent de travers les femmes naturelles. Respectez le choix de celles qui n’ont pas envie d’abîmer leur corps ni de se plier à cette norme sociale.

Elles disent : "je le fais pour mon homme"
Le leur a-t-il vraiment demandé ? Les femmes surestiment le nombre d’ hommes qui n’ aiment plus les poils. De plus pour la plupart des jeunes hommes c’est une opinion a priori : ils n’ont jamais vus de poils sur un corps de femme ! Beaucoup d’hommes sont aussi aliénés par cette norme. Mais cela n’est pas irréversible...

Croyez vous vraiment que le fait de n’avoir pas de poils sous les aisselles diminue la transpiration ? Dans ce cas pourquoi utilisez-vous des déodorants ?
En fait c’est exactement l’inverse : avoir des poils diminue la transpiration !
Petit rappel basique de physique et de physiologie :
- Les aisselles sont une cavité où l’air circule peu, elles s’échauffent plus vite que le reste de la surface du corps. Cette augmentation de température produit la sudation.
- Lorsqu’un liquide (la transpiration) s’évapore cela absorbe la chaleur.
- Les poils absorbent la transpiration et lui permettent ainsi de s’évaporer progressivement ce qui réduit la chaleur des aisselles : c’est un mécanisme naturel, sélectionné par l’évolution.
- La chaleur est ainsi régulée, la transpiration reste modérée.
Que se passe-t-il en l’absence de poils ?
- La transpiration n’étant pas fixée elle coule et s’absorbe plus bas dans les vêtements : elle ne refroidit plus les aisselles.
- Les aisselles s’échauffent encore plus et donc la transpiration s’accroît !

Les poils ne servent à rien, ils sont un résidu de nos ancêtres primates. FAUX !
Les êtres humains ont des poils sur toute la surface du corps sauf sur la paume des mains et sous la plante des pieds. Leurs poils sont développés à des endroits où les singes n’ont guère de poils (zone génitale) ! La pilosité humaine est donc spécifique, elle n’est pas un résidu. Au contraire elle a été sélectionnée par l’évolution. Or n’est sélectionné que ce qui remplit une fonction.

- Comme nous l’avons vu les poils des aisselles interviennent dans la régulation de la température. Les poils des bras et des jambes se hérissent lorsque l’on a froid pour ralentir la circulation de l’air.
- Les poils réagissent aussi au degré d’humidité, ils protègent la peau contre la déshydratation en se couchant.
- Les poils ont des terminaisons nerveuses associés : ils permettent d’anticiper d’une fraction de seconde un choc : utile si par exemple on va toucher un objet blessant ou brûlant. Les poils augmentent les sensations lors des caresses.
- Pubis et aisselles sont des zones d’émission de phéromones sexuelles : se sont les glandes sébacées (à la base du poil) qui les produisent et les poils joueraient un rôle dans leur fixation et dans leur transmission. Ces phéromones jouent un rôle essentiel dans la communication olfactive et dans l’attraction sexuelle.
- Enfin des chercheurs de L’Oréal (sic) viennent de découvrir que la base du poil abrite aussi des cellules souches embryonnaires servant à la réparation des tissus.
Bref d’un point de vue physiologique, couper un poil, ou pire l’arracher, n’a que des inconvénients.

On nous dit qu’après s’être épilée la femme augmente son estime de soi. S’épiler serait donc bénéfique ?
Voilà un bel aveu ! La femme avec ses poils naturels aurait donc une faible estime d’elle-même par rapport à son propre corps. Et pourtant il ne devrait y avoir aucune raison à cela. La faible estime de soi de la femme est socialement induite par le discours normatif et la publicité.
C’est bien ainsi que fonctionne la publicité : elle génère frustration ou baisse d’estime de soi pour pouvoir ensuite vendre à ses victimes des produits et des services pour combler ce déficit. Une fois de plus nous voyons comment la norme épilatoire dévalorise la femme, l’aliène à son propre corps !

Le rasage est pratiqué avant les opérations médicales pour des raisons d’hygiène. C’EST FINI !
Chirurgiens et sage-femmes avaient pris l’habitude de raser les poils autour des zones à opérer (ou autour de la vulve pour l’accouchement) car ils pensaient que les poils pouvaient poser un problème d’hygiène. Ces pratiques ont été abandonnées par la plupart des praticiens car non seulement il n’y avait aucun fondement à cette croyance mais surtout ils se sont aperçus que les risques d’infection augmentaient car le rasage (ou l’épilation) fragilise la peau !

L’abandon de l’épilation est préconisé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
Extraits du rapport Les soins liés à un accouchement normal : guide pratique
(réf : WHO/FRH/MSM/96.24) :
- § 2.2 "La préparation à l’accouchement lors de l’admission dans un hôpital ou un centre de santé inclut souvent plusieurs gestes systématiques comme la prise de température, du pouls et de la tension artérielle et un lavement suivi du rasage de tout ou partie des poils du pubis. [...] Le rasage du pubis (Johnston et Sidall 1922, Kantor et al. 1965) est censé réduire les infections et faciliter la suture mais cela n’est pas prouvé. Les femmes sont gênées lorsque les poils repoussent et le risque d’infection n’est pas réduit. Le rasage systématique pourrait même accroître le risque d’infection par le VIH et le virus de l’hépatite, pour le dispensateur de soins et pour la femme. [...] En conclusion [...] Les deux derniers gestes, lavements et rasage du pubis, sont considérés depuis longtemps comme superflus et ne devraient être effectués qu’à la demande de la femme."
- § 6.2. "Pratiques qui sont à l’évidence nocives ou inefficaces et qu’il convient d’éliminer
2.Rasage systématique du pubis (2.2)."

L’hirsutisme : une norme flottante
En termes médicaux, on appelle hirsutisme la conséquence d’un dérèglement hormonal se manifestant par une pilosité "sur-abondante".
Or nous avons reçu plusieurs témoignages selon lesquels des médecins ont émis à tord un diagnostic d’hirsutisme pour des femmes qui étaient simplement non épilées (avec une pilosité moyenne). Tout simplement parce de nos jours les médecins ne voient plus guère de poils sur le corps des femmes qu’ils examinent.
Ceci montre que :
- en absence de dosage hormonal, l’hirsutisme devient un écart à une moyenne perçue, cela fonctionne comme une norme ;
- l’aliénation au poil est telle que même certains professionnels en sont victimes.

1.3. L’épilation participe de la répression de la sexualité

L’épilation : un enjeu féministe et lié à la sexualité

* L’épilation rend symboliquement le femme mineure et la désexualise car le poil, apparaissant à la puberté, est un signe de maturité sexuelle ;
* L’épilation (d’autant plus si elle est intégrale) banalise l’image d’un corps désirable de petite fille : ne banalise-t-elle pas la pédophilie ?
* Symboliquement la touffe de poil des aisselles renvoie aux poils pubiens (on peut le lire sous la plume d’écrivains ou commentateurs notamment du XIXème siècle) donc l’enlever est une dé-érotisation. Il en va de même pour les poils qui dépassent du maillot. De plus l’épilation et la désodorisation suppriment les phéromones (dimension olfactive de l’érotisme).
* S’épiler (ou se maquiller...) c’est "se FAIRE belle". Autrement dit cela signifie que la femme naturelle est laide (c’est une des idées les plus misogyne qui soit !).
* Cette norme est sexiste puisqu’elle demande aux femmes de faire des efforts qui ne sont pas demandés aux hommes. Mais cela change...
* Depuis des siècles prédomine dans les représentations médicales et psychologiques l’idée que la femme est incontrôlable, hystérique et plus proche de la nature que l’homme. Ces idées perdurent dans "l’inconscient collectif". Les hommes ont toujours cherché a contrôler les femmes. Contraindre leur corps en est un des moyens, il est d’autant plus efficace que la femme s’autodiscipline.
* C’est une lutte féministe pour le droit à disposer de son corps et à en préserver l’intégrité. Les féministes ont obtenu des avancées sur le plan légal mais on peut craindre un recul insidieux par le biais de cette "colonisation des esprits" (aliénation). Aujourd’hui, pour une femme, ne pas s’épiler les aisselles est devenu un acte militant !

Note : attention à vous les hommes ! La propagande épilatoire cherche à conquérir de nouvelles parts de marché : vous êtes leur nouveau coeur de cible. Sur l’épilation des hommes lire le communiqué de l’édition 2007.

Lire la totalité de l’article.


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