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Soutenir un-e survivant-e d’agression sexuelle

Cette brochure a été faite grâce au travail accompli en collaboration par UBUNTU et Men Against Rape Culture.
mardi 15 juin 2010 par anik

Si vous êtes une personne qui vit et évolue sur cette planète, vous connaissez quelqu’un qui a survécu à une agression sexuelle. Le nombre de femmes, hommes et personnes trans (c’est-à-dire des personnes qui ne rentrent pas dans un système de genre binaire mâle/femelle) qui subissent des agressions sexuelles est inconnu, ceci à cause des phénomènes de silence culturel, mise en doute de la parole de la personne, et de la peur d’encore plus de violence autour du viol.

UNE LITANIE POUR LA SURVIE

Pour celles d’entre nous qui vivent sur le rivage
debout sur le rebord constant de la décision
cruciale et seule
pour celles d’entre nous qui ne peuvent pas se laisser aller
aux rêves fugaces du choix
qui aiment dans l’embrasure des portes allant et venant
aux heures entre les aubes
regardant à l’intérieur et à l’extérieur
à la fois avant et près
cherchant un maintenant qui peut engendrer des futurs
comme le pain dans la bouche de nos enfants
pour que leurs rêves ne reflètent pas la mort des nôtres.
 
Pour celles d’entre nous
sur qui on a imprimé la peur
comme une ligne fine au centre de notre front
apprenant à craindre le lait de notre mère
car par cette arme
cette illusion d’une certaine sécurité à trouver
ceux aux pieds lourds espéraient nous réduire au silence
Pour nous toutes
ce moment et ce triomphe
Nous n’étions jamais censées survivre
 
Et quand le soleil se couche nous avons peur
il pourrait ne pas se lever le matin
quand notre ventre est plein nous avons peur
de l’indigestion
quand notre ventre est vide nous avons peur
de ne plus jamais manger
quand nous sommes aimées nous avons peur
que l’amour disparaisse
quand nous sommes seules nous avons peur
que l’amour ne revienne jamais
et quand nous parlons nous avons peur
que nos mots ne soient pas entendus
ni bienvenus
mais quand nous sommes silencieuses
nous avons toujours peur
 
Il est donc meilleur de parler
en se rappelant
nous n’étions jamais censées survivre
 
Audre Lorde

VOUS CONNAISSEZ DES SURVIVANT-E-S [1].

Si vous êtes une personne qui vit et évolue sur cette planète, vous connaissez quelqu’un qui a survécu à une agression sexuelle. Le nombre de femmes, hommes et personnes trans (c’est-à-dire des personnes qui ne rentrent pas dans un système de genre binaire mâle/femelle) qui subissent des agressions sexuelles est inconnu, ceci à cause des phénomènes de silence culturel, mise en doute de la parole de la personne, et de la peur d’encore plus de violence autour du viol.

Cependant, beaucoup estiment qu’au moins une femme sur quatre sera violée au cours de sa vie aux USA [2] . En ce qui concerne les femmes, le viol est une épidémie qui sévit dans le monde entier. Les estimations en ce qui concerne les hommes sont plus basses mais tout aussi peu fiables.
Pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons plus tard, il est quasi impossible de faire des estimations quant aux violences sexuelles subies par les personnes trans ; on sait néanmoins qu’elles sont fréquentes.

Tout ça pour dire : vous connaissez des survivant-e-s. Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des gens qui comptent pour vous et que vous aimez.

Puisque vous prenez du temps pour comprendre l’importance des agressions et l’impact émotionnel, psychologique, spirituel et physique qu’elles ont sur les gens leur vie durant, des personnes qui ont survécu à une agression se tourneront vers vous pour être comprises. Et c’est logique : dans notre culture remplie de silence, n’importe qu’elle personne qui prend position ouvertement est identifiée comme quelqu’un à qui on peut confier des informations personnelles dont peu d’autres auront jamais connaissance.

La liste de principes qui va suivre a été faite dans le but de vous aider à soutenir quelqu’un dans son processus « d’aller mieux », au cas où vous vous trouveriez dans une situation où vous pourriez le faire.

Sachez que ceci n’est qu’une liste d’idées, de suggestions. Chaque individu-e réagit à une agression sexuelle de façon différente, et nos relations varient de personne à personne.
Généralement, beaucoup de ces conseils seront utiles, mais si vous trouvez qu’ils ne marchent pas bien, parlez à quelqu’un qui pourrait vous soutenir et voir comment continuer à soutenir le/la survivant-e de la façon dont ille a besoin.
Bien sur la communication avec la personne survivante elle-même est la clé ; demandez-lui ce qu’elle veut ou ce dont elle a besoin. Si vous prenez la parole pour condamner les agressions sexuelles, des survivant-e-s viendront chercher un soutien auprès de vous.

Principe n°1 : LA SANTÉ ET LA SÉCURITÉ D’ABORD

Assurez-vous que la personne que vous soutenez ne soit pas en danger. Si elle l’est, essayez de trouver comment vous pouvez l’aider à en sortir. Protéger sa vie est votre priorité.

Une fois que sa sécurité est assurée (au moins à ce moment-là), essayez de voir si elle a des besoins physiques dont on doit s’occuper. Le viol est un acte de violence traumatisant physiquement. Ce n’est pas du sexe et le corps n’y répond pas toujours comment il répondrait à un acte sexuel. Assurez-vous qu’il n’y ait pas de complications physiques imminentes.

A cause d’un principe que nous discuterons plus tard, il se peut qu’il n’y ait rien que vous puissiez faire pour assurer la sécurité ou le bien-être physique de la personne. Dans ce cas, continuez d’essayer de voir comment vous pouvez soutenir la personne et l’encourager à trouver un endroit sur.

Principe n°2 : RESTITUER LE CHOIX

Le viol est une prise de pouvoir et un vol du choix. Une personne qui commet un viol, vole ce qui est peut-être le droit le plus fondamental que chacun-e possède, droit que l’on vole régulièrement aux femmes, aux personnes racisées [3] , aux personnes trans et aux enfants : le droit de disposer de son corps. Ce vol du choix a des impacts qui peuvent durer toute une vie.

Afin d’aider une personne à aller mieux, vous devez immédiatement lui permettre de faire des choix pour elle-même. Est-ce qu’elle veut s’asseoir ? Être debout ? Soda ? Jus d’orange ? Eau ? Même les choix les plus anodins doivent immédiatement lui appartenir. Ceci participe à rendre un peu du pouvoir qui a été volé par le/la violeur-euse . Même les choix les plus anodins doivent immédiatement appartenir au/à la survivant-e.

Le même principe est vrai pour des choix plus large. Veux-tu aller te faire ausculter à l’hôpital ? Veux-tu appeler la police ? Ces décisions peuvent être particulièrement difficiles à prendre, alors soyez patient-e et aidez la personne que vous soutenez à voir ce qu’implique exactement ces choix. Les visites à l’hôpital et les déclarations à la police peuvent souvent faire autant violence que l’agression elle-même et peuvent ne pas du tout constituer une option safe [4] pour des personnes de couleur et /ou trans. Beaucoup des organismes censés venir en aide aux survivnat-e-s de viol (comme la police, les hôpitaux et les centres d’aide au personnes qui ont subi/subissent des violences conjugales/agressions sexuelles) sont, au mieux, très mal préparés à s’occuper de personnes racisées, LGBQ [5] ou trans. Dans le pire des cas, ils empirent la situation par encore plus de violence et d’humiliation. Votre travail en tant qu’allié-e est de les aider à voir quelles sont les implications des choix qui peuvent être faits. Cependant, la personne doit avoir le pouvoir de prendre les décisions qu’elle veut, même si ce ne sont pas celles que vous auriez prises.

Faîtes attention aux questions très larges, aux questions ouvertes (comme « Qu’est-ce que tu veux faire ? »). Il se peut que vous ayez à proposer ou suggérer des choix qui aide la personne à récupérer de son propre pouvoir. Même le fait de faire des choix simples peut-être difficile. Vous devez comprendre cela. Parfois ces choix peuvent donner un grand sentiment de pouvoir, parfois c’est tout le contraire.

Ces choix inclus bien sûr les marques d’affection ou de réconfort physiques. Ne présupposez-pas que prendre la personne dans les bras est approprié. Ne présupposez pas qu’être proche physiquement va aider. Demandez et laissez vous guidez.

Principe n°3 : CROIRE !

Être cru-e est visiblement le facteur principal d’un processus « d’aller mieux » sain pour une survivant-e. Dans une grande majorité des cas, le/la violeur-euse ne croira pas le/la survivant-e, l’hôpital ne le/la croira pas, la police ne le/la croira pas et ses ami-e-s et sa famille ne le/la croira pas. Vous devez le faire.

Même avec un-e allié-e qui le/la croit, beaucoup de survivant-e-s passent leur vie à se débattre autour de ce qu’ille aurait pu faire pour empêcher ce que quelqu’un d’autre leur a fait. C’est votre travail de lui assurer qu’elle a fait ce qu’elle avait à faire pour survivre. Notre culture n’affirmera pas cela, et ainsi faisant, ne la croira pas.

Une femme qui est agressée est sujette aux notions sexistes portées par notre société sur les femmes et la sexualité. Si une femme est active sexuellement, alors c’est une « trainée ». Si les gens continuent à voir le viol comme un acte sexuel ; les survivantes seront alors par conséquent taxées de « trainées ». On l’a tou-te-s entendu. « Elle a eu ce qu’elle méritait . » ; « Qu’est-ce qu’elle faisait dans sa chambre de toute façon ? Elle devait bien le vouloir. » ; « A quoi elle s’attendait en sortant habillée comme ça ? ». Il n’y a rien qu’une femme ait pu faire qui puisse justifier qu’un homme la viole. Ceci mérite d’être répété : il n’y a rien qu’une femme, un homme, un-e trans, ou un-e enfant n’aie pu faire qui puisse justifier qu’un homme l’a violé.

A cause des stéréotypes racistes, les femmes racisées sont sujettes à cette dynamique d’une façon particulièrement violente. Les corps des femmes racisées sont vus comme exotiques, sexuels par nature et même comme des territoires dangereux qui doivent être contrôlés. Quand des hommes violent des femmes racisées, le « elle l’a bien cherché » résonne fortement, même au sein des communautés ethniques ou culturelles minorisées (en fait, la plupart des viols se déroulent au sein même des groupes raciaux, pas entre eux). Ceci doit être attaqué.

Un homme qui se fait agressé est sujet aux notions sexistes et homophobes portées par notre société sur les hommes et la sexualité. Puisqu’un homme est toujours censé être dominant, un homme qui se fait violé n’est sûrement pas un « vrai » homme. Sa douleur est quelque chose dont il doit avoir honte car sinon il sera taxé d’ « homo » ou de « féminin » et notre culture nous dit que ces deux identités sont inacceptables pour des hommes. Les hommes qui survivent à des viols en prison doivent faire face à cela en plus de la vision de la société qu’il a eu « ce qu’il méritait ». Tout cela contribuera à son silence.

Notre culture homophobe enseigne aux hommes hétéros à détester être confrontés à la sexualité d’hommes gay, bi ou queer, car elle déclenche leur propre peur d’être eux-mêmes gay, ou pas des « vrais » hommes. Ces peurs conduisent au viol homophobe d’hommes et femmes homo/bi/queer et au viol transphobe de personnes que l’on découvre être trans ou présume être homo/bi/queer car illes ne peuvent pas être facilement catégorisé-e-s comme "homme" ou "femme". Un viol est un viol, et ses survivant-e-s doivent être cru-e-s et soutenu-e-s. Les survivant-e-s trans doivent souvent faire face à la double difficulté d’avoir à prouver non seulement ce qui s’est passé mais également qui illes sont. Leurs papiers d’identité ne reflètent souvent pas le nom ou le genre choisis par des personnes trans. Ceci crée encore plus de silence et de vulnérabilité face à la police, aux hôpitaux et aux différents organismes. Ne remettez jamais en question l’identité de genre d’une personne trans.

A cause de l’homophobie mentionnée plus haut, il y a beaucoup de silence autour des agressions sexuelles qui se produisent au sein des communautés LGBTQ. Tout comme les communautés ethniques minorisées, elles subissent des attaques de l’extérieur en permanence. Les personnes LGBTQ, les personnes racisées et d’autant plus les personnes LGBTQ racisées peuvent être encore plus poussées au silence par la pression au sein même de leurs communautés, pour éviter d’exposer son linge sale publiquement ou pour se protéger des menaces extérieures. Les pressions venant de l’intérieur comme de l’extérieur qui créent ce silence et font que les gens ne sont pas cru-e-s doivent être combattues.

Il y a un mythe culturel énorme autour des fausses accusations d’agression sexuelle et de viol. Historiquement, et encore aujourd’hui, les fausses accusations étaient/sont utilisées comme tactique raciste pour justifier le lynchage d’hommes racisés (en particulier d’hommes noirs) aux Etats-Unis. Il est nécessaire d’étudier, de comprendre et de prendre ce phénomène au sérieux. Selon la plupart des organismes légaux, le pourcentage de fausses accusations de viol aujourd’hui est égal, voire inférieur, au pourcentage de fausses accusations pour tous les autres crimes. Ce mythe est une tactique pour réduire les femmes au silence (en particulier les femmes racisées), les hommes gay/bi/queer, les personnes trans et tou-te-s les autres survivant-e-s.

Le fait que vous croyiez un-e survivant-e est essentiel. il n’y a rien qu’un-e survivant-e a pu faire qui légitime en quoi que ce soit la violence qu’ille a subi.

Principe n°4 : SE TAIRE ET SE LAISSER GUIDER

A moins que vous ayez vous-même subi une agression sexuelle, et même si c’est le cas, vous n’allez certainement pas comprendre la majorité de ce que la personne que vous soutenez ressent. Pour cette raison, si vous commencez à parler beaucoup lors de vos discussions, il y a de fortes chances que vous disiez des choses qui ne vont pas aider. Cela peut sembler dur, mais c’est malheureusement vrai. En gardant le silence et en laissant votre ami-e parler, vous vous empêchez d’ajouter à la conversation des éléments qui n’y ont pas leur place.

Encore plus important, en gardant le silence, vous laissez l’espace au/à la survivant-e qui lui permet de retrouver la possibilité de s’exprimer. Le viol réduit au silence, laisser l’espace au/ à la survivant-e pour qu’ille s’exprime et une façon de les soutenir qui lui redonne du pouvoir. Ille peut alors avoir le contrôle, parler et être écouté-e s’ille le désire. Le violeur n’a pas écouté. Vous le pouvez.

Culturellement, on ne donne passe assez de valeur au silence. Le silence peut aussi redonner beaucoup de pouvoir à des survivant-e-s d’agression sexuelle et à toutes les personnes qui sont confrontées à la violence dans notre culture.

Pour finir, ne jugez pas les moyens d’expression qui brise le silence. La personne peut avoir besoin d’exploser de rage, de pleurer, elle peut avoir besoin d’écrire, de nettoyer la maison de fond en comble. Elle peut avoir besoin de faire n’importe quoi d’autre que de penser ou parler de ce qu’elle a traversé. Il y a un nombre illimité de réactions possibles et elles méritent toutes d’être respectées et soutenues. A part dans les cas de menace de suicide ou d’autres comportements auto-destructeurs, toutes les émotions que les survivant-e-s expriment doivent être acceptées et soutenues.

Principe n°5 : PAS DE VIOLENCE SUPPLÉMENTAIRE

Ce principe est particulièrement adressé aux hommes dont un-e ami-e, membre de leur famille ou amant-e a été agressé-e par un autre homme.

Est-ce que casser la gueule au violeur va oblitérer le fait que le viol ait eu lieu ? Est-ce que sa douleur fera que celle du/de la survivant-e disparaisse ? Est-ce que le/la survivant-e a besoin d’essayer de calmer un autre homme violent qui pête les plombs ? Probablement pas.

Puisque les hommes bio commettent une énorme majorité (certain-e-s estiment plus de 99%) des agressions sexuelles, les hommes qui soutiennent un-e survivant-e doivent être particulièrement conscients de l’impact de la violence masculine. C’est la violence masculine qui cause le viol et non qui y met fin. Vos actions doivent aller dans le sens de mettre une fin à la violence masculine.

Si les femmes, qui constituent la majorité des survivant-e-s, décident de réagir collectivement en faisant appel à la violence ou demandent le soutien d’hommes qui les soutiennent de participer à des actions violentes, c’est aux femmes et aux survivantes elles-même de décider ce qu’elles veulent. Aux hommes qui soutienne un-e survivant-e : il est absolument essentiel de mettre de côté vos désirs de gratification masculine et que vous mettiez fin au cycle de la violence masculine.

Ce viol, même si vous pensez autrement, n’a rien à voir avec vous. Il ne s’agit pas d’un autre homme qui abîme quelque chose qui vous appartient, il ne s’attaque pas à votre virilité. Ce n’est ni votre responsabilité, ni votre droit de venir faire le vigile et de prendre les choses en main. Ceci est une vision des choses très masculine, et il n’y a pas de place pour votre égo dans cette situation.

Principe n°6 : CONNAÎTRE SES LIMITES

Vous ne pouvez pas sauvez tout le monde. Un-e survivant-e peut seulement se remettre en point au niveau qui lui est possible à un moment donné. Si une personne que vous aimez a été agressée, il faut que vous réalisiez que, d’une certaine façon, vous avez été agressé-e également. Vous ne pouvez pas être tout et tout le monde tout le temps. Assurez-vous de trouver du soutien pour vous aussi. Beaucoup conseillent même d’être suivi psychologiquement ou de suivre une thérapie de groupe quand on soutien quelqu’un qui s’est fait agressé.

Encouragez (en faisant attention) la personne que vous soutenez à élargir son réseau de soutien. De nombreuses personnes trouvent beaucoup de réconfort dans des groupes de soutien composés de personnes qui vivent ou ont vécu la même chose ou dans une variété d’autres formes de soutien. Il est rare de savoir exactement comment soutenir de façon appropriée une autre personne dans ce processus qui peut durer toute une vie si on ne dispose pas d’une aide quelconque.

Vous ferez des erreurs lors de ce processus. Ne vous flageller pas, ne disparaissez pas parce que vous n’êtes pas parfait-e. Vous ne le serez pas. Agissez avec sensibilité et intégrité.

Faites attention à vous. Vous n’êtes d’aucune aide au/à la survivante si vous vous tuez à la tâche.

Principe 7 : RESTER IMPLIQUÉ-E ET RESTER FLEXIBLE

Se remettre d’une agression sexuelle ne se fera pas en une journée. Cela signifie qu’il y aura des hauts et des bas, des bonnes périodes et de périodes difficiles. Un-e survivant-e peut passer par beaucoup de ces phases au cours d’une seule journée. Votre présence et votre stabilité tout au long de ces transitions est fondamentale.

Le processus d’ « aller mieux » de chaque personne est différent. N’abandonnez pas quelqu’un s’il semble que les choses ne vont pas s’améliorer tout de suite. Essayer autre chose. L’impact positif que vous aurez/pouvez avoir et plus important que ce que vous pensez, alors ne vous éloignez pas et ajustez le mode de soutien que vous apportez quand il devient clair que vous en avez besoin.

Principe n°8 : IL NE S’AGIT PAS DE VOUS.

Même si vous êtes vous même un-e survivant-e d’agression sexuelle, dans cette situation il ne s’agit pas de vous. Il arrive souvent que quand des gens offrent leur soutien à des proches, illes se retrouvent à essayer de régler leurs propres problèmes que ce soit avec, ou indirectement, par la personne qui a été violentée. Il peut s’agir d’abus passés que vous avez subis ou auxquels vous avez assistés, de la colère par rapport à ce qui est arrivé à quelqu’un à qui vous tenez, de l’inquiétude quant à comment votre relation avec la personne va être affectée, d’un désir de vengeance motivé par votre égo, de n’importe quoi d’autre. En réagissant de cette façon vous n’aidez personne, vous ne faîtes que prendre de la place avec vos propres préoccupations qui devraient être centrées sur celles de la personne qui essaye de survivre à ce qu’elle a traversé.

Si, pour les raisons citées précédemment (en particulier si vous êtes vous-même un-e survivant-e), vous n’arrivez pas à mettre de côté vos propres préoccupations afin de soutenir cet-te individu-e, soyez honnête vis à vis de ça. N’essayer pas de soutenir quelqu’un si ce n’est pas quelque chose dont vous êtes réellement capable. Continuez à vous guérir et travaillez à aider la personne que vous aimez à trouver d’autres personnes qui sont plus capables de l’aider pour l’instant.

Une façon de contrôler cela est de faire attention à ce que vous dîtes et à comment vous vous comportez. Réfléchissez à ce que vous faîtes et à pourquoi vous le faîtes avant de le faire. Réfléchissez à pourquoi vous voulez dire ce que vous voulez dire. Assurez-vous qu’il ne s’agit pas d’un besoin que vous avez, peu importe à quel point vous pensez qu’il est légitime.

Principe n°9 : TRAVAILLER POUR COMPRENDRE LE PROCESSUS DE SURVIE

La cause principale de PTSD [6] aux USA, entre autres maladies mentales, est l’agression sexuelle. Des mouvements, contacts physiques, lieux ou mots qui rappellent au/à la survivant-e un moment précis ; des films ou chansons qui font allusions ou décrivent des agressions sexuelles, des situations inhabituelles ou qui ne sont pas sécurisantes : tous ces phénomènes peuvent littéralement faire revivre l’agression au/à la survivant-e. Faîtes attention lorsque ces situations se produisent et faîtes ce que vous pouvez pour éliminer votre participation à celles-ci quand vous êtes auprès de la personne que vous soutenez. Quand vous voyez ce comportements chez des ami-e-s que vous ne savez pas être des survivant-e-s, procédez avec prudence et comprenez que c’est ce qui peut être en train de se passer.

Si vous êtes le/la partenaire sexuelle d’un-e survivant-e, que vous ayez été leur partenaire avant, pendant ou après le moment de l’agression, faites particulièrement attention lors de vos rapports sexuels. Parfois, la personne ne voudra pas avoir de rapports physiques qu’ils soient sexuels ou même juste affectueux. D’autres fois, l’activité sexuelle lui permettra de retrouver beaucoup de pouvoir. Soyez patient-e et permettez-lui de fixer le rythme et le type d’activités dans lesquelles vous vous engagez. Soyez conscient-e-s que des actions en apparence anodines peuvent faire vriller le/la survivant-e.

Lisez des livres sur les agressions sexuelles et la psychologie du processus de survie. Comprenez les implications à long terme et travaillez à aider la personne que vous aimez à guérir.

PRÉCISIONS

Rien de tout ça ne constitue une recette magique. Croyez en vous ; croyez en votre ami-e. Prenez conscience que le viol est lié aux problème du pouvoir, de l’oppression et du contrôle et que le soutien doit donc se faire en donnant, aimant et partageant. Ce ne sera pas facile, mais avec le temps, vous et votre ami-e grandirez et apprendrez plus que vous ne pouvez l’imaginer. Considérez ce document comme une aide qui peut vous guider au cours de ce processus, mais sachez que vous pouvez avoir à constituer votre propre liste de choses à faire.

Collectif

P.S.

Traduction : Soaz

Contact : combiendefois4ans (at) gmail (point) com
ou enrageuses (at) pimienta (point) org

À propos de MARC (Men Against Rape Culture) :

Men Against Rape Culture (hommes contre la culture du viol), est une organisation multi-raciale et antiraciste basée à Durham (Caroline du Nord, USA) qui se consacre à mettre fin à l’épidémie de la violence masculine en l’attaquant à la racine. Nous éduquons, organisons, créons et vivons d’une façon qui cherche à proposer des alternatives à une culture qui privilégie certain-e-s, qui en opprime beaucoup, et qui limite nos choix à tou-te-s.

MARC peut être contacté sur marc_nc[at]riseup.net
ou en ligne sur http://www.menagainstrapeculture.org/

À propos de UBUNTU :

UBUNTU est un mouvement basé à Durham, mené par des femmes de couleur et survivantes d’agressions sexuelles, qui se consacre à la création d’un monde sans violence sexuelle. Nous transformons la douleur et la rage engendrées par la persécution vécue et revécue dans notre communauté en "aller mieux" [7] , en création de réseaux, en incarnant et exigeant la responsabilité d’une communauté démocratique et un changement social créatif. Notre travail, ainsi que le modèle de notre mouvement est centré sur un amour transformatif et solidaire.

pour contacter UBUNTU, veuillez écrire à ubuntuNC[at]gmail.com.

[1Ndt : Le terme « survivant-e » est la traduction de « survivor », le mot n’est pas encore très employé en français pour faire référence à des personnes ayant subi des agressions, mais il l’est largement aux USA notamment.
J’ai choisi de faire porter les genres masculin et féminin à tous les termes (là où en anglais on peut choisir des termes neutres). Il semble néanmois pertinent de rappeler que 96% des personnes qui violent sont des hommes et que 91% des personnes qui subissent des viols sont des femmes...
Toutes les notes sont de la traductrice

[2En France, les statistiques donnent le chiffre d’une femme sur cinq...

[3Le terme en anglais est « people of color »

[4C’est-à-dire qui garantit la sécurité des personnes à tous niveaux.

[5Lesbienne Gay Bi Queer.

[6Post-Traumatic Stress Disorder, en français : le syndrome de stress post-traumatique.

[7J’ai choisi ce terme pour traduire « healing », littéralement « guérison » qui en français a une dénotation beaucoup plus physique, alors qu’en anglais ce mot décrit aussi une guérison mentale ou psychologique, le verbe, « to heal », donne l’idée de « se remettre de »...


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