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L’ennemi intérieur La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine

De Mathieu RIGOUSTE
samedi 1er mai 2010 par anik

La France des années 2000, comme de nombreux pays, a vu se confirmer un modèle de contrôle censé protéger la population contre la prolifération, en son sein, de « nouvelles menaces » : islamisme, terrorisme, immigration clandestine, incivilités, violences urbaines… Et pour justifier cet arsenal sécuritaire, un principe s’est imposé : désigner l’« ennemi intérieur ». Cette notion évoque la guerre froide, quand cet ennemi était le communisme. Et surtout les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie, quand l’armée française a conçu la « doctrine de la guerre révolutionnaire », afin d’éradiquer au prix des pires méthodes la « gangrène subversive pourrissant le corps national ».

Si cette doctrine a été évacuée officiellement depuis lors par l’État, certains de ses éléments clés auraient-ils contribué à façonner cette grille de lecture sécuritaire qui présente les populations immigrées issues de la colonisation comme les vecteurs intérieurs d’une menace globale ? C’est ce que montre Mathieu Rigouste dans ce livre rigoureusement documenté, en s’appuyant notamment sur un corpus d’archives conservées à l’École militaire.
Retraçant l’évolution des représentations de l’ennemi intérieur dans la pensée d’État depuis les années 1960, il explique comment, des territoires colonisés d’hier aux quartiers populaires d’aujourd’hui, la Ve République a régénéré un modèle d’encadrement fondé sur la désignation d’un bouc émissaire socio-ethnique. À travers l’étude minutieuse des étapes de la lutte antimigratoire et de la structuration de l’antiterrorisme, il révèle l’effrayante évolution du contrôle intérieur, de ses dimensions médiatiques et économiques, ainsi que la fonction de l’idéologie identitaire dans la mise en œuvre du nouvel ordre sécuritaire.

Si cette doctrine a été évacuée officiellement depuis lors par l’État, certains de ses éléments clés auraient-ils contribué à façonner cette grille de lecture sécuritaire qui présente les populations immigrées issues de la colonisation comme les vecteurs intérieurs d’une menace globale ? C’est ce que montre Mathieu Rigouste dans ce livre rigoureusement documenté, en s’appuyant notamment sur un corpus d’archives conservées à l’École militaire.
Retraçant l’évolution des représentations de l’ennemi intérieur dans la pensée d’État depuis les années 1960, il explique comment, des territoires colonisés d’hier aux quartiers populaires d’aujourd’hui, la Ve République a régénéré un modèle d’encadrement fondé sur la désignation d’un bouc émissaire socio-ethnique. À travers l’étude minutieuse des étapes de la lutte antimigratoire et de la structuration de l’antiterrorisme, il révèle l’effrayante évolution du contrôle intérieur, de ses dimensions médiatiques et économiques, ainsi que la fonction de l’idéologie identitaire dans la mise en œuvre du nouvel ordre sécuritaire.

écouter aussi Mathieur Rigouste :

et lu aussi sur le site Alternative Libertaire :

La « doctrine de la guerre révolutionnaire » (DGR) élaborée à l’occasion des guerres coloniales dans les années 1950-1960, forme encore le corpus, non seulement de la pensée sécuritaire actuelle, mais aussi des méthodes plus que jamais en usage. Celles-ci étaient jadis employées en situation contre-insurrectionnelle : exceptions juridiques, déplacements des populations, contrôle statistique, manipulation des médias… Pour Mathieu Rigouste, la réponse aux « nouvelles menaces » (terrorisme islamique ou émeutes dans les quartiers) est sur le fond, l’extension des bonnes vieilles recettes militaires utilisées en Algérie.

Dans une langue nerveuse et enlevée, toujours très précis et passionné, l’auteur décrit les méthodes de la DGR conçues et expérimentées par l’armée française à une époque où elle faisait école dans le monde entier, notamment aux États-Unis. Il montre comment, après l’Algérie, elle est importée et adaptée en métropole pour faire face aux « pro-rouges » et autres agitateurs. La société étant par nature instable, il faut « protéger la population, l’amener à s’immuniser contre la subversion, et pour cela, restreindre ses droits ».

De « méthode » contre-subversive, la DGR va devenir une idéologie du contrôle fondée sur trois principes directeurs.

1. Protéger : ethniquement et socialement identifiable, doué d’une psychologie différente du « bon » Français naturellement rationnel, mesuré, et ami de l’ordre, l’ennemi intérieur prend aujourd’hui encore les traits de « l’indigène-partisan » d’hier, entièrement tendu vers la subversion du pays qui l’accueille. L’immigré remplacera l’indigène insurgé comme menace à l’intégrité occidentale. Le 11 septembre 2001 en fera un terroriste en puissance.

2. Immuniser : par la manipulation de l’information et la propagande d’état continuelle, l’opinion est endormie, habituée à des mesures d’exception « reformulées » périodiquement pour devenir permanentes.

3. Restreindre ses droits : tous les gouvernements qui se succèdent depuis De Gaulle s’emploieront à définir et répondre à la menace intérieure : soviétique, identitaire, terroriste, anarcho-autonome… jusqu’au délit d’entrave à l’état d’exception qui nous frappe aujourd’hui – le délit de solidarité.

L’ouvrage, riche et très documenté, vient parfaitement compléter les réflexions de Laurent Bonelli (La France a peur, 2008), de Laurent Mucchielli (La frénésie sécuritaire, 2008) ou de la Ligue des droits de l’homme (Une société de surveillance ?, 2009). On trouvera dans L’Ennemi intérieur de quoi améliorer sa compréhension de l’origine de la violence d’état actuelle et des arguments pour enrichir sa pratique militante.


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