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Wangari Maathai, « La femme qui plantait des arbres »

mardi 27 septembre 2011 par anik

« Avant la colonisation, les communautés africaines tiraient de la nature leur inspiration, leur nourriture, leur sens de la beauté et leur spiritualité. Leur mode de vie durable et de qualité se passait de sel, de savon, de matières grasses, d’épices, de sodas, d’une consommation quotidienne de viande et d’autres « biens » qui ont accompagné l’apparition des « maladies des riches » W.M

Née en 1940 à Nyeri - au pied du mont Kenya -, originaire de la tribu des Kikuyu, Wangari Maathai est fille d’agriculteurs. Après des études universitaires aux Etats-Unis où elle est la première femme africaine à obtenir un doctorat de biologie, elle poursuit ses études en Allemagne, puis à l’université de Nairobi où elle obtient un doctorat e nanatomie. Elle sera ensuite la première femme en charge d’une chaire universitaire (biologie vétérinaire) à Nairobi.

En 1977 ; elle fonde le Green Belt Movement (Mouvement de la ceinture verte, destiné à lutter contre la déforestation, facteur de sécheresse et de pauvreté pour les populations locales. Elle obtient le prix Nobel alternatif en 1984 pour sa « contribution au bien-être de l’humanité ». En 2002, Wangari Maathai est élue députée avec 98 % des voix... Elle siège au Conseil consultatif des Nations unies pour le désarmement et dans plusieurs organisations internationales traitant de l’environnement.

Les communautés africaines n’avaient jamais commercialisé leur relation à la nature (...) Aujourd’hui elles sont menacées par la mondialisation, la privatisation et le biopiratage.

On persuade ces communautés que leur relation avec la nature est dénuée de valeur et constitue un obstacle à leur développement. Du temps des colons, les sociétés africaines étaient qualifiées d’arriérées, leurs croyances pécheresses, leurs pratiques agricoles inefficaces, leurs système tribaux absurdes, leurs normes culturelles barbares et sauvages. Mais Wangari Maathai est persuadée du contraire : « Je connais, par le témoignage de mes grands-parents, les bienfaits de la période précédant le colonialisme. Les chefs de tribus étaient tenus de rendre des comptes. Les gens mangeaient à leur faim : leur histoire et leur vision du monde étaient véhiculées dans leurs riches traditions orales. Leur cohabitation avec les autres créatures et la nature était harmonieuse et ils veillaient à leur protection ».

La perte du mode alimentaire indigène et l’oubli des méthodes culturales ont contribué à l’insécurité alimentaire et à la diminution de la biodiversité.

Consciente de cette dérive, Wangari Maathai crée le Green Belt Movement (GBM) avec pour objectif de planter des millions d’arbres à travers l’Afrique pour stopper les ravages du déboisement du continent : un modèle unique, exemplaire, repris ensuite dans une dizaine de pays africains (Tanzanie, Ouganda, Malawi, Lesotho, Ethiopie, Zimbabwe...).

En près de trente ans, cette organisation a soutenu la plantation de plus de 30 millions d’arbres fournissant du combustible, de la nourriture, du bois de construction. Elle a ainsi permis de faire revivre des milliers d’emplois dans la campagne en assurant un revenu à au moins 80 000 Kenyans (dont 90 % de femmes), leur permettant d’assurer l’éducation des enfants et leurs besoins domestiques. « ... Et l’arbre devint un symbole de la lutte pour la démocratie au Kenya. »

Au fil des années, l’organisation se développe et allie projets de protection de la biodiversité, éducation des populations à l’environnement et promotion des droits des femmes et des enfants.

Dans le cadre du Mouvement de la ceinture verte, Wangari Maathai développe dans les villages un «  programme civique d’éducation à l’environnement ».

Le premier jour, raconte-t-elle, nous demandons aux femmes d’énumérer les problèmes qu’elles rencontrent dans leurs communautés. Elles évoquent la nourriture, l’eau, l’insécurité, la scolarisation trop chère. Elles débordent d’enthousiasme en pensant qu’on va résoudre tout cela.

Le deuxième jour, nous leur demandons d’où viennent ces problèmes. Elles blâment tout le monde, sauf elles-mêmes. Nous leur expliquons que certains problèmes sont politiques ou sociaux et qu’ils seront seulement réglés en élisant des politiciens plus honnêtes, d’où la nécessité pour elles de voter. Mais on ajoute qu’elles peuvent aider à résoudre une partie des problèmes écologiques.

Le troisième jour, nous identifions les solutions : creuser un fossé, aménager une terrasse, planter des arbres. Cette prise de conscience, par la pédagogie et l’analyse, leur évite d’être découragées par l’ampleur des problèmes.

Ainsi, les femmes sont invitées à jouer un rôle plus préventif dans la société. Par l’éducation, le planning familial, la recherche d’une alimentation saine et la lutte contre la corruption, le GBM a ouvert la voie au développement.

Mais Wangari Maathai, personnalité controversée, ne fait pas l’unanimité dès lors qu’elle tient certaines déclarations sur l’excision, le sida..... c’est une activiste turbulente...

La sauvegarde des arbres est si viscéralement vitale pour Wangari Maathai qu’elle a laissé entendre qu’elle pourrait quitter son poste ministériel pour retourner sur le terrain : « Je préfère renoncer à mes responsabilités que de voir nos forêts détruites »

Article publié dans Voix rebelles du monde - décembre 2005 - Attac 04 BP 56, 04301 Forcalquier Cedex

Bibliographie : Pour l’amour des arbres, Paris, l’Archipel, 2005 Sites : www.greenbeltmovement.org

www.afrik.com

Source : passerellesud


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